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3 février 2016 3 03 /02 /février /2016 16:53

 

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2016

202 pages

 

Le style de Pauline-Gaïa  Laburte  est alerte comme le petit Ritzy, tonique comme le climat valaisan, prometteur comme le prénom de baptême du jeune  Petrus Theodolus César Ritz. Le lecteur rentre d’emblée dans cette biographie même s’il ne porte pas grand intérêt à l’histoire de l’hôtellerie du XIXème siècle. Ce jeune paysan suisse déborde de tant d’ambition  qu’il communique son plaisir à découvrir les richesses du grand monde et les façons de  le satisfaire. La  clé de voûte de la  réussite est le Client et ce sera sa devise. Cireur de chaussures ou de parquets, groom ou serveur, maître d’hôtel ou directeur général, peu importe.  Le  Paris d’Haussmann avec son Exposition universelle le passionne, mais il ne s’y enferme pas. Il parcourt l’Europe entre stations balnéaires et villégiatures de montagne, de Lucerne à Cannes en passant par Prague et Trouville, séduit princes  et célébrités. Ni l’épidémie  de choléra de 1876  ni le tremblement de terre de 1887 ne l’empêchent de réaliser ses rêves, de multiplier ses palaces, de sauver de la faillite  le   Grand Hotel de Monaco et le Savoy de Londres. Mais l’argent est un veau d’or, l’épuisement veille, la tête se brouille, il dessine des plans d’hôtels à n’en plus finir. La vie est un tourbillon,  emporte César Ritz, mais laisse derrière lui  une image de luxe aux quatre coins du monde. Le style de l’auteur ressemble à son protagoniste : précis, énergique, fantaisiste, tragique, en un mot séduisant.

Brigitte Clavel Delsol

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28 janvier 2016 4 28 /01 /janvier /2016 11:52

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2015

19 €

 

A l’heure où l’église catholique est critiquée de toute part, un livre sur l’Inquisition n’a guère d’attrait. Et pourtant ce petit carme espagnol arrivé à Rome en 1598 pour suivre des « leçons d’Inquisition » est des plus attachants. Le lecteur est  tout en  phase avec lui, du début à la fin, pour détecter en toute humilité les  horreurs morales  dont sont responsables les confortatori au nom de la Sainte Cause et constater les tortures innommables infligées aux hérétiques ou à ceux susceptibles de l’être. Le rythme adopté par Sandor Marai au début du livre est très lent, les phrases  s’embourbent dans les forces du mal contaminées par la peur.  Rome se réjouit quand a lieu un  autodafé  car le peuple  est comme l’Eglise,  préfère la foi aveugle à la connaissance, l’obéissance à la liberté de penser.  Mais le miracle est une chose qui existe.  Giodarno Bruno, l’apostat récalcitrant, ne meurt pas pour rien. A peine est-il mort que son excellence le cardinal  de la Sainte Inquisition de Rome le regrette déjà et réalise que « la persuasion patiente et bienveillante » est plus efficace que le fanatisme religieux. Le petit carme s’enfuit mais ne trouve pas d’avantage la chaleur du Christ en Helvétie où se déchirent calvinistes et luthériens. Ce livre magnifique éclaire les limites de la nature humaine qui, en toute bonne conscience, impose son pouvoir au lieu de brûler d’amour pour l’humanité. Car Sandor Marai savait de quoi il parlait : hongrois d’origine, il souffrit du fascisme et du stalinisme, et écrivit ce livre en 1974 avant de se suicider, désespéré par tant d’indignité. Belle opportunité  pour nous qu’ Albin Michel  le réédite cette année, au moment où Daech apparaît comme la folie résurgente des hommes ! 

Brigitte Clavel Delsol

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25 janvier 2016 1 25 /01 /janvier /2016 09:30

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2015

141 pages

14,50 €

Palmyre est morte, mais Paul Veyne l’immortalise. Sa  dédicace en dit long : ce livre est dédié à  Khaled-al-Assad, archéologue, directeur général des Antiquités de Palmyre de 1963 à 2003, assassiné pour « s’être intéressé aux idoles ». En fait d’idoles, il s’agissait des chefs-d’œuvre architecturaux  et artistiques qui furent rasés par Daech en Août 2015. Et Paul Veyne de guider  le lecteur  dans les rues de Palmyre et dans son passé historique, au temps où les sanctuaires des dieux  Bêl et Baalshamîn se dressaient  comme le Saint-Marc de Venise : fiers de leurs colonnes, des irrigations alentour, des caravaniers et des princes-marchands. A la fois tribu syrienne et cité hellénisée, la culture hybride de Palmyre fit toute sa grandeur. Vraie cité de l’Empire, elle avait besoin de Rome et ses légions contre les razzias perses, de même que Rome avait besoin de sa cavalerie lourde de lanciers bardés de fer qui fit la gloire d’Odainath et de son épouse Zénobie. Ainsi Palmyre est restée toujours elle-même, libre, multiculturelle, inventive et créatrice. Alors la voix de l’historien s’élève contre cet anéantissement non justifié, si ce n’est  par la haine de la liberté.

Brigitte Clavel Delsol

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19 janvier 2016 2 19 /01 /janvier /2016 19:27

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Avril 2015

343 pages

21,50 €

 

 

Daniel Picouly n’a rien oublié des couleurs de la Martinique de ses ancêtres. Les Amazones sont des  maîtresses femmes, amies du roi du Dahomey en exil, plus fortes que la fièvre jaune  et les trafiquants  de rhum, prudentes face aux  menaces de la montagne Pelée,  conscientes de la supériorité feinte des Blancs face aux  sentiments d’infériorité des Noirs. L’humour et l’autodérision dictent ces pages  où les superstitions contrastent par leur pittoresque naïveté avec  la guerre de 14-18 qui réclame sans pitié des soldats créoles, parmi lesquels se trouve Jean Jules Joseph, le grand-père du narrateur. Celui-ci, aimant depuis sa tendre enfance Aurore, la fille du plus riche planteur de l’île, a plus d’un ennemi jaloux et sera accusé à tort de crimes crapuleux. Ce sont précisément ces accusations injustifiées que découvre son petit-fils. Car Jean Jules Joseph a porté toute sa vie un secret si douloureux  qu’il est devenu comme son iguane, incapable de crier sa révolte, mais prêt à souffrir en silence par amour pour ceux  qu’il aime. Un beau voyage  pour ceux qui rêvent de Martinique, une belle conclusion : on peut aimer deux fois…

Brigitte Clavel Delsol

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12 janvier 2016 2 12 /01 /janvier /2016 14:50

 

Editions : Odile Jacob

Parution : Janvier 2013

289 pages

23,90 €

L’explication de la Bible  par A. Laferrère est brillantissime. Après une telle lecture, impossible  d’accuser le judaïsme et le christianisme de tyrannie, car la Bible se révèle être  quête de vérité pour devenir creuset de liberté. Après que « Le livre des Juges » ait  montré qu’un pouvoir faible ne peut pas fonctionner, les «  Livres de Samuel » reconnaissent les dangers d’une monarchie totalitaire. En effet, en mettant  en évidence la part du mal dans la nature humaine, le pouvoir des dirigeants eux-mêmes  se doit d’être  non seulement surveillé mais  limité.  C’est ainsi que naissent  la légitimité du droit de l’individu unique et  son devoir de défendre sa dignité ainsi que la survie du groupe auquel il appartient. Car, créée à l’image du Dieu  créateur, l’humanité est appelée à changer le monde, à l’améliorer, à distinguer le bien du mal, et même à l’enrichir en mêlant les liens du sang. Aux leçons de morale du livre des « Proverbes » qui ne garantissent pas le bonheur ici-bas succède  la sagesse intime de « l’Ecclésiaste » pour finir par le « Cantique des Cantiques», le plus beau poème qui ait jamais été écrit.  Alors le règne de la  Loi se voit renforcé par la Règle d’Or de Jésus, les Dix  Commandements  par les Béatitudes, le Royaume des Cieux par le résultat du travail des hommes. La première Eglise de Jérusalem va peu à peu  s’ouvrir aux Gentils, et ce, grâce à St Paul, opposé au repliement de l’Eglise sur elle-même, mais fervent défenseur de son ancrage dans la société. Ainsi le lecteur acquiert la certitude que  « partie à la recherche de Dieu, la Bible a trouvé la  liberté ».

Brigitte Clavel Delsol    

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10 janvier 2016 7 10 /01 /janvier /2016 09:54

 

 

Editions : Robert Laffont

Parution : Février 2015

237 pages

19 €

         L’automne 1793 est le moment le plus tragique de la guerre de Vendée et c’est  cette période  qui inspire  Y. Viollier  comme elle insuffla à Pierre-Jean David,  célèbre sculpteur du XIXème siècle plus communément appelé David d’Angers, la réalisation de la célèbre statue du général vendéen Bonchamps.  La démarche narrative de Y. Viollier  ressemble à la construction de cette sculpture. L’histoire  évolue au même  rythme que le buste de Bonchamps. Deux récits en un, la vie du sculpteur et la vie du général, un chef d’œuvre littéraire qui égale en beauté ce marbre de David, même si David a du mal à le réaliser. Car il arrive que l’inspiration lui fasse défaut : au souci de perfection du sculpteur s’ajoute une immersion de souvenirs, une enfance malheureuse, un père alcoolique révolutionnaire épargné de la mort par le général qui fit grâce aux cinq mille soldats  républcains prisonniers dans l'église de Saint-Florent-le-Viel. Y. Viollier ressuscite à merveille ce fait historique trop souvent oublié. Il invite le lecteur à aller admirer cette statue où la  miséricorde trancende la haine,  comme le marbre la terre glaise.  Magnifique.

Brigitte Clavel Delsol

 

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8 janvier 2016 5 08 /01 /janvier /2016 08:18

 

Editions : Albin Michel

 

Parution : janvier 2016

263 pages

19,80 €

Estimation : 4,5/5

 

 

C’est une Sylvie  Germain toujours éveillée aux problèmes du monde que le lecteur retrouve   dans son dernier roman. Sa  fusion avec la nature  pleine de  poésie et sensualité ne l’empêche pas de voir la part d’animalité dans l’homme qui est à l’origine d’une  barbarie impitoyable toujours  au nom d’appartenances politiques ou religieuses. Si  elle invite « à la table des hommes », c’est pour révéler la nécessité de  la prise de conscience des forces du mal et susciter une renaissance personnelle. Son protagoniste s’appelle Babel, nom de la confusion. Car Babel ne comprend rien au monde ni à aucun  langage. C’est un être innocent, un enfant sauvage, qui  jouit de son insouciance  jusqu’au jour où il devient conscient de  la cruauté des hommes et devient Abel, comme le juste. Mais pour cela, il doit  se réapproprier le monde, ne pas avoir honte d’appartenir au rang d’adultes, car si beaucoup sont des prédateurs, d’autres l’ont sauvé par leur amour.  Joutes oratoires ou silence sage, fuite ou volte face devant le tragique de la vie et la finitude humaine, rien n’échappe à Abel.  Et quand un commando surgit et extermine ses amis, il s’oblige à ne penser qu’aux beautés de la vie, à la corneille fidèle, à la mère courageuse, au ciel étoilé. Car l’important ce n’est pas de plaire à ses semblables ni de vouloir exister à leurs yeux, c’est de se souvenir de ce qui a été reçu, de s’émerveiller  plus que de comprendre, de rendre grâce plus que de pleurer… Livre magnifique et plein d’originalité, où un léger souffle spirituel suffit à balayer la bestialité de l’homme. 

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6 janvier 2016 3 06 /01 /janvier /2016 21:13

 

 

Date de parution : 1833

 

 Baudelaire n’avait pas tort de voir en Balzac plus un visionnaire qu’un observateur réaliste, communément appelé « historien des mœurs ». Dans « Le médecin de campagne » tous les sujets abordés  sont à l’ordre du jour : les erreurs de jeunesse, le mensonge mondain, la nécessité d’une vie harmonieuse, la  religion comme lien entre matérialisme et spiritualité, les bienfaits de la nature... Le docteur Benassis appartient au genre de protagonistes inoubliables: sa philanthropie  sans borne, humblement justifiée par un remords qui le tue,  crée en lui une force imaginative pour améliorer la vie de ses concitoyens.  Car au fin fond de l’Isère, après la chute de Napoléon, règne la misère. Mais Bénassis, nommé maire, et non élu, comme il était d’usage au XIXème, est convaincu que le bonheur  est le résultat du labeur personnel. Travailler est  le seul moyen pour l’homme de permettre à  son corps  de s’alimenter pour mieux nourrir sa pensée, acquérir sa dignité et finir par  prier. « Je ne suis pas un homme d’Etat !...Il ne faut que du bon sens pour améliorer le sort d’une commune, d’un canton ou d’un arrondissement… ».  Car selon lui consommer sans produire est un vol social et une dépravation organisée. A bon entendeur, salut ! En attendant, son village n’est pas atteint par la monotonie du bonheur, mais revit grâce à lui,  profondément heureux en apparence comme en réalité… Cette histoire n’est pas une utopie : elle pourrait être est celle de nombreux villages de France ….

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23 décembre 2015 3 23 /12 /décembre /2015 22:42

Editions : P.O.L

Parution : Août 2015

316 pages

17 €

Estimation : 4,5 / 5

 

 

La richesse du style de Nathalie Azoulai  prouve ce qu'elle veut démontrer: l'étude de l'âme humaine est le meilleur remède à tous les maux. Une déception amoureuse d'une dénommée Bérénice suffit à lui rappeler les affres universelles de l'amour chantées par Racine et à rédiger une magnifique biographie de notre plus grand auteur de tragédies. L'atmosphère de Port Royal marque le jeune orphelin plus attiré par la culture antique que par la religion janséniste. Eternellement écartelé entre le sens austère du devoir et les plaisirs de la vie, la rédaction des vers le grise encore plus que le vin. Mais rien ne l'épargne. Il tombe dans les filets de célèbres comédiennes qu'il aime autant qu'elles le feront souffrir, les faveurs du roi tournent comme le soleil , quand un frère Corneille meurt l'autre rivalise encore avec lui, les tourments de la mère abbesse sa tante ressuscitent les chants de Didon puis laissent place à ceux de la Maintenon. Seul Nicolas Boileau reste l' ami fidèle et seul l'espoir de la postérité posthume estompe l'angoisse du poète. Ce qui importe c'est le jeu de la versification , le rythme musical , le passage de la prose à la poésie, de la tirade au dialogue, et même du cantique au silence. Car impossible de mieux réconforter l'homme quand il est rongé tout à la fois par l'innocence et la culpabilité. Et c'est ainsi que  Racine  apaise un monarque  et console toutes les Bérénice...Livre d'une grande qualité littéraire qui a bien mérité le prix Médicis 2015.

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19 décembre 2015 6 19 /12 /décembre /2015 16:48

 

Editions : Folio

Réédité en 2015

155 pages

6,40 €

 

Sans doute cet ouvrage  a-t-il été réédité cette année pour faire passer son  message intemporel ! Le paysage est celui d’une France rurale sous la botte allemande où la pauvreté de la terre s’ajoute à la  dureté de l’existence. C’est  alors avec douleur que le lecteur suit la vie de deux  femmes qui souffrent en silence sans avoir la possibilité d’être entendues  ni la capacité de s’exprimer. L’une est la mère défunte du narrateur, qui n’est autre que l’auteur lui-même, l’autre  sa mère adoptive, auxquelles celui-ci dédie ce livre. La première est accusée de schizophrénie, tandis que la seconde se noie dans le travail. Aucune tendresse ne sera jamais manifestée au petit paysan avant qu’il rejoigne « l’école d’enfants de troupe » où la sévérité ne fait qu’accroître ses craintes et scrupules de ne rien valoir. A défaut de pouvoir s’exprimer, le jeune homme  bâillonné court à sa perte, se révolte, tombe dans  la haine, la violence et la désespérance.  Alors, heureux celui qui,  comme Charles Juliet, avant de tomber en « lambeaux », se réfugie dans la lecture et l’écriture, étudie le sens des  mots avec précision,  cherche la sincérité de l’expression, la justesse de la phrase,  et découvre que la conquête du langage va de paire avec celle de la vie ! La lumière jaillit, une renaissance a lieu, le savoir est un privilège qui se doit d’être transmis… D’où un récit à la deuxième personne du début à la fin, car c’est  à tous ceux « jamais remis de leur enfance », « jamais aimés », « jamais écoutés » que Charles Juliet dédie aussi ce livre pour que, comme lui, ils parviennent à gagner leur liberté …

Brigitte Clavel Delsol

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