4 janvier 2019
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« Félix et la source invisible » par Eric-Emmanuel SCHMITT
Editions : Albin Michel
Parution : Janvier 2019
227 pages
17 €
Une fois de plus E-E Schmitt séduit par la sincérité de son humanisme. Car comment rester indifférent à sa dernière héroïne, Fatou, sénégalaise exilée à Belleville, vouée au bon fonctionnement de son commerce mais néanmoins ruinée par faute de négligence de l’administration française ? Son histoire tourne au tragique quand Fatou réalise l’ampleur du désastre de sa situation financière, elle qui a tout fait pour protéger son petit Félix. Ni les antidépresseurs de la médecine ni les billets versés aux marabouts ne se révèlent utiles pour lui redonner goût à la vie ? Plus qu’un retour en Afrique c’est une plongée dans ses racines, dans une communion de pensée avec ses ancêtres, dans un contact physique avec sa terre, avec son fleuve, avec ceux qui l’aiment, dont elle a besoin. Car vouloir se battre seule face à l’animosité ambiante, à la guerre tribale comme à la suprématie de la technocratie ne peut perdurer. « Boire à la source invisible », est le seul recours possible auquel invite l’auteur, pieuse devise aussi animiste que chrétienne…Livre à la fois humoristique et spirituel où l’imagination africaine vient égayer le rationalisme français ! B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
31 décembre 2018
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« Dix-sept ans » par Eric Fottorino
Editions : Gallimard
Parution : Octobre 2018
263 pages
20,50 €
Ce livre est un parfait exemple de la résilience selon Boris Cyrulnik. Eric, le narrateur est un enfant né hors mariage qui a toujours eu du mal à comprendre sa mère jusqu’au jour où celle–ci lui révèle ne s’être jamais remise d'une éducation psychorigide qui lui imposa un avortement d’une petite-fille née après lui. Alors l’auteur-narrateur met en scène cette jeune-fille de dix-sept ans, qu’il n’a jamais appelée maman mais Lina, trop jeune pour enfanter et surtout pour être abandonnée successivement par deux hommes qu’elle aima en toute innocence. Ce roman, autobiographique ou non, reste prétexte à révéler ce qu’un enfant ressent sans jamais comprendre : l’autoritarisme du matriarcat encouragé par une église caricaturée. Heureusement l’histoire demeure très belle, le narrateur met ses pas dans ceux de sa mère exilée sciemment d’un voisinage suspicieux. Plus que jamais le visage voilé de tristesse de sa mère rejaillit devant ses yeux tandis qu’il erre dans le Nice où il naquit. Des rencontres impromptues, des découvertes de bonnes actions qui compensent des erreurs inexcusables permettront-elles à Lima de pardonner et à Eric de retrouver sa propre identité qui lui a été volée ? Car c’est la complexité humaine que dépeint ici Eric Fottorino, cet enfer pavé de bonnes intentions quand les préjugés passent avant l’amour maternel…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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27 décembre 2018
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« LE SILLON » par Valérie Manteau
Editions : Le Tripode
Parution : Juillet 2018
262 pages
17 €
Prix Renaudot des Lycéens 2018
Une escapade amoureuse à Istanbul pour rejoindre un amant turc se transforme peu à peu en une étude de la société stambouliote. Car plus que la voix de l'auteur, ce sont celles des journalistes, des artistes et des étudiants qui résonnent. « Il faudrait être tordu pour faire des enfants dans ce pays », « je n’ai aucune intention de crever pour ce pays » : derrière cette tonalité légère et un style indirect libre sans ponctuation, un sujet grave, celui de l’intelligentsia d'Istanbul tiraillée entre l’Europe et l’Asie, entre intégrisme et dictature, entre le quartier bobo de Cihangir et celui de la mosquée de Tophane, entre le passé et l’avenir. La narratrice déambule dans les rues, se plonge dans les mémoires de Hrank Dink, journaliste turc-arménien dans l' "Agos", le "Sillon", assassiné en 2007. Rien n’est plus comme autrefois : personne n’est en sécurité, et les femmes plus que toutes, les loyers sont exorbitants, les salaires inexistants, la place Taksim à l’heure du négationnisme retentit de « nous sommes tous arméniens », les féministes parlent dans le vide, les touristes sont absents, plaider pour la paix est un délit …La liste des mécontentements et des emprisonnements est longue, car rien ne semble possible dans ce pays que ce soit la liberté, l’art ou même l’amour. Alors tout le monde veut en partir, sauf la narratrice qui veut comprendre. L’amant séduisant cherche-t-il à sortir du sillon national ou à s'y calfeutrer? Tient-il vraiment à retenir cette Française désemparée, plus voyeuriste qu’utile? Livre plein d’intérêt qui dévoile la Turquie actuelle…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
18 décembre 2018
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« Nous, les vivants »par Olivier Beys
Editions : Albin-Michel
Parution : Août 2018
180 pages
16 €
Jonas le narrateur est un pilote d’hélicoptère argentin chargé de ravitailler le refuge Maravilla, à plus de 4000m d’altitude au dessus du village Uspallata que la cordillère des Andes enserre de tous côtés. Bien peu d’Uspallatais ont exploité l’intérieur de ces montagnes et Jonas fait partie de ceux-ci. Dès les premières pages le lecteur ressent l’enfermement de ce village privé du monde et du soleil à cause de ses barres rocheuses, sentiment d’enfermement qui va croissant au fur et à mesure que l’hélicoptère s’élève dans le ciel et que Jonas découvre dessous lui un gouffre apocalyptique. Et si le pilote et l’hélicoptère ne font plus qu’un quand le vent et la neige se lèvent, il y a un moment où la machine rend l’âme et l’homme ne peut que se réchauffer aux piscos. C’est là qu’intervient le gardien du refuge et son client passager, un dénommé Jésus, ingénieur chilien chargé de vérifier les frontières dans les pas duquel Jonas devra mettre les siens s’il veut être sauvé. Mais les épreuves se multiplient, et le lecteur perd pied, ne sachant plus s’il s’agit d’une aventure intérieure ou d’un cauchemar infini. Livre magnifique qui rappelle Frison-Roche, Rebuffat, Saint –Exupéry, voire même le Jonas de la Bible, comme si les forces surnaturelles avaient pour rôle de rappeler à l’homme sa petitesse et sa fragilité…
Published by brigitte clavel-delsol
13 décembre 2018
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« NOS VOYAGES INTÉRIEURS vers une renaissance au Japon » par Claire & Reno MARCA
Editions : Flammarion
Parution : Septembre 2018
219 pages
25 €
Ce livre de Claire & Reno Marca est une splendeur picturale et poétique. Si les peintures de Reno et les récits de Claire parus aux éditions La Martinière séduisent les globe-trotters depuis plus de dix ans , « Nos voyages intérieurs » offre une dimension inespérée. Ce dernier ouvrage parvient à cerner à travers les paysages rencontrés la substance même de la vie, celle que Reno a failli perdre mais à laquelle Claire s’est accrochée. La plume de Claire court à toute allure. La cadence du crayon et du pinceau de Reno, affaibli par deux cancers successifs, parviendra-t-elle à la suivre lors de cette échappée au Japon? La sensibilité à fleur de peau de ces deux époux a toujours extirpé l’essentiel des pays traversés autour de la mer d'Arabie. Le lecteur ressent l'effluve des parfums adoucir les remous menaçants des rivières et des vents, les enthousiasmes et craintes s’alterner, car la simplicité d’expression et l’authenticité des sentiments sont de rigueur quand le cauchemar s’immisce dans le rêve. Bien plus qu’une aventure de voyageurs et une simple récapitulation de souvenirs, il s’agit d’une pensée qui s’interroge sur la nature de l’espace, du temps, de l’humain, un livre d’amoureux, si amoureux de la planète que celle-ci devient leur raison d’être en même temps que leur bouée de sauvetage. Le Japon qui les accueille est « un vrai baume végétal ». Les peintures de Reno se multiplient de nouveau, leurs couleurs retrouvent leur gaieté initiale en même temps que Claire acquiert la paix intérieure. Et si la plante du « sang-dragon » aux vertus thérapeutiques n’est jamais esquissée par le peintre elle reste le symbole de ce graal qui fait autant courir que grandir…
B.C D.
Published by brigitte clavel-delsol
11 décembre 2018
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« Les Suprêmes » par Edward Kelsey Moore
Editions : Actes Sud
Parution : Mai 2015
414 pages
9,70 €
Odette, Clarisse et Barbara sont trois amies qui s’adorent. A force de partager leurs rires et leurs secrets elles ont tissé entre elles des liens indéfectibles et renforcé leur courage. Odette est la bonté même et n’a peur de rien. Peu lui importe s’il faut payer un copain pour lui servir de cavalier, si sa grand-mère aveugle lui coud des robes horribles . Elle est née dans un sycomore, aime la vie, son mari, son métier de « dame de cantine en chef », soigne son cancer à la marijuana et s’efforce d’être toujours gaie et intègre devant ceux qu’elle aime. Clarisse se console avec son piano pour oublier du mieux qu’elle peut les infidélités de son mari. Barbara « fille de gouttière aux yeux de chat » est la plus belle mais la plus malheureuse, partagée entre sa bible et la vodka. Toutes trois Afro-américaines, elles sont si battantes et rieuses que dans leur petite ville de Plainview on les nomme « les suprêmes ». Le style de l’auteur leur ressemble, le moindre détail de la vie a son importance, le décor est celui de l’Amérique des années 60, les sentiments sont pathétiques, l’auteur est un fin psychologue qui se lance dans une véritable fresque sociologique, jamais ennuyeuse et toujours mouvementée. Livre détendant qui reflète avec humour l’éternel féminin dans sa détresse et sa tendresse… Le lecteur ne sera pas étonné d’apprendre qu’une suite à cet épais roman vient de paraître sous le titre « Les Suprêmes chantent le blues », tant leur vocation est de chanter l’existence.
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
8 décembre 2018
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« La nuit des béguines » par Aline KINER
Editions : Liana Levi
Parution : Août 2017
321 pages
22 €
Si le béguinage est toujours resté un mode de vie un peu flou, Aline Kiner révèle sa complexité de façon séduisante. Elle réussit à faire un roman passionnant à partir de maints détails historiques où prédomine un désir de vérité, un « miroir d’âme simple » qui reflète le cœur de bien des femmes. En1310, à l’heure de l’Inquisition, après la condamnation de cinquante-quatre Templiers, Marguerite Porete est condamnée au bûcher en tant qu’écrivain hérétique place de Grève par l’évêque Guillaume de Paris. A partir de cet événement se développe toute l’angoisse de ces femmes pieuses mais avides d’indépendance intellectuelle. Tenues sous le joug d’une église inconditionnelle, elles réagissent face à leurs épreuves personnelles, les unes avec violence comme Maheut, les autres avec douceur comme Isabeyl ou naïveté comme Ade. Car accueillir une épouse en fuite ou se lancer dans la traduction des livres de Marguerite Porete est un grand risque que personne n’ignore et néanmoins qu’acceptent les béguines. Mais qui est ce frère Humbert, franciscain à la recherche de Maheut, qui s’adoucit petit à petit au contact des béguines, jusqu’à les compromettre ? De même Giacomo le commerçant ne subit-il pas la même séduction ? Les Béguines seraient-elles les seules à donner un nouvel élan de chrétienté et à refléter la flamboyance des âmes face à « l’ange exterminateur », le démon qui sépare les êtres nés pour être ensemble? Très joli livre qui résume la résistance des femmes face à la folie du monde.
Brigitte Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
7 décembre 2018
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« Henri de Rothschild, un humanitaire avant l’heure » par Nadège Forestier
Editions : Cherche Midi
Parution : Août 2018
228 pages
20 €
Si Henri de Rothschild multiplie ses initiatives caritatives, la fortune familiale n’en est pas l’unique raison. Nadège Forestier, son arrière-petite-fille, l’atteste en toute objectivité, sans excès d’affectivité ni de fierté. L’exemple de son père fondateur d’une thalassothérapie pour tuberculeux et le puritanisme de sa mère imprègnent H. de Rothschild d’une hiérarchie de valeurs indéniable. Il sera médecin et cette décision irrévocable l'incite non seulement à prodiguer des soins médicaux mais aussi à encourager la recherche scientifique. Il œuvre à la stérilisation du lait, ouvre un dispensaire pour enfants vite trop étroit avant de construire la polyclinique Marcadet à Paris. L’héritage de deux immenses fortunes va-t-il lui faire perdre son âme? Entrepreneur inlassable, ses initiatives se multiplient, qu'elles soient philanthropiques, industrielles ou artistiques. Il crée la société anonyme des automobiles Unic (cf photo), apporte son aide financière à Pierre et Marie Curie, fonde Isabey parfum, Montsavon, Maille moutarde, invente le chocolat en poudre, inaugure les jus de fruits en bouteille, procure de l’ambrine pour les grands brûlés... La guerre finie, une passion pour le bateau le décide à faire le tour du monde qui va renforcer son esprit d’ouverture, déjà concrétisé par l’acceptation du mariage de sa fille avec un catholique. Il a tous les talents, écrivain à succès il devient directeur du théâtre de Pigalle. Le secret de sa réussite n’est autre que la devise familiale à laquelle il n'a jamais dérogé: " Concordia, Integritas, Industria". Livre qui plonge le lecteur dans une époque qu’Henri de Rothschild sut traverser avec grandeur, utilisant face aux antisémites "le silence du dédain", s'efforçant avant tout de contribuer à l'amélioration du niveau de vie de ses contemporains et à la renommée de la France comme le reconnut le roi du Portugal, son invité...
BCD
Published by brigitte clavel-delsol
26 novembre 2018
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« Infinition de l’heure » par Denis Clavel
Editions : Esope Chamonix
Parution : 4ème trimestre 2018
"L'infinition ...c'est un mot suivi d'un silence en l'honneur de rien
comme on respire ce qui s'offre à l'heure du couchant..."
Denis Clavel ne veut surtout pas expliquer l’inexplicable. Ce qu’il veut c’est partager le présent par une suite ininterrompue de phrases sans ponctuation, harmonieuses ou dissonantes, adoucies de peintures à l’huile aux teintes pastel. « L’infinition de l’heure », c’est le présent qu’il faut recevoir, lui-même « cadeau du temps », avec tout son imprévu et son irréversibilité. Le poète invite à ne pas se laisser cerner mais au contraire à s'ouvrir jusqu'à emporter l'esprit dans un espace qui échappe à la compréhension habituelle. L’important c’est « le geste de vivre » qui sans le savoir « s’inspire de l’au-delà », c’est l'accueil bien plus que l'attente. L’homme ne serait autre qu’une étoile qui ne se voit pas le jour et « prépare l’ouvrage de sa nuit », car c’est dans le jour d’aujourd’hui qu’est la naissance de soi. Selon Denis Clavel, la poésie est du registre de l'intime, et non de la philosophie qui avance dans le domaine de la spéculation où seul ce qui est probable est admis. On reconnaît l’homme empreint de créativité et sa ressemblance avec ses peintures aux lumières furtives. Au lecteur de le suivre ! Il trouvera un guide dans « le jardin de Talèfre », annexe du livre où il découvre que « Quand la fleur est coupée l’extase n’existe plus / L’œuvre réconcilie l’être et son silence »…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
24 novembre 2018
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« La révolte » par Clara Dupont-Monod
Editions : Stock
Parution : Août 2018
242 pages Celui-ci nous fait découvrir la bonté
1850 €
Aliénor d’Aquitaine a inspiré plus d’un roman. Mais qui mieux que le fils préféré peut parler de sa mère? C’est le pari que fait Clara Dupont-Monod en confiant sa plume à Richard Cœur de Lion. Un style intimiste magnifique vient renforcer le romanesque sans porter tort à la véracité de l’histoire. Car la psychologie de chacun des personnages historiques est révélée avec art et justesse. La piété excessive du roi de France, premier mari d’ Aliénor, opposée à l’esprit de conquête du roi d’Angleterre, le père de Richard, sont en effet bien la cause première non seulement du divorce d’ Aliénor préférant un guerrier à un moine mais surtout de « la première guerre de cent ans ». Aliénor comprenant vite l’erreur de son choix ne ploiera jamais. Richard la montre telle qu’elle fut : qu’elle soit chef de guerre ou prisonnière, elle reste toujours reine. L’auteure ne s’arrête pas là, ajoute les aveux et les regrets des protagonistes comme pour montrer l’éternel humain, à savoir la rivalité des époux qui se ressemblent, ce fanatisme guerrier qui mène à la ruine et surtout « l‘histoire de toutes les mères à la fierté inquiète, qui firent de leur mieux, sûres de vaincre les tragédies ». Très beau roman historique qui donne envie d’aller se recueillir à l’abbaye de Fontevraud où reposent cette femme trois fois reine, ce Plantagenêt qui aima la France bien maladroitement et ce fils bien nommé, au cœur de lion…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2018