26 novembre 2018
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« Infinition de l’heure » par Denis Clavel
Editions : Esope Chamonix
Parution : 4ème trimestre 2018
"L'infinition ...c'est un mot suivi d'un silence en l'honneur de rien
comme on respire ce qui s'offre à l'heure du couchant..."
Denis Clavel ne veut surtout pas expliquer l’inexplicable. Ce qu’il veut c’est partager le présent par une suite ininterrompue de phrases sans ponctuation, harmonieuses ou dissonantes, adoucies de peintures à l’huile aux teintes pastel. « L’infinition de l’heure », c’est le présent qu’il faut recevoir, lui-même « cadeau du temps », avec tout son imprévu et son irréversibilité. Le poète invite à ne pas se laisser cerner mais au contraire à s'ouvrir jusqu'à emporter l'esprit dans un espace qui échappe à la compréhension habituelle. L’important c’est « le geste de vivre » qui sans le savoir « s’inspire de l’au-delà », c’est l'accueil bien plus que l'attente. L’homme ne serait autre qu’une étoile qui ne se voit pas le jour et « prépare l’ouvrage de sa nuit », car c’est dans le jour d’aujourd’hui qu’est la naissance de soi. Selon Denis Clavel, la poésie est du registre de l'intime, et non de la philosophie qui avance dans le domaine de la spéculation où seul ce qui est probable est admis. On reconnaît l’homme empreint de créativité et sa ressemblance avec ses peintures aux lumières furtives. Au lecteur de le suivre ! Il trouvera un guide dans « le jardin de Talèfre », annexe du livre où il découvre que « Quand la fleur est coupée l’extase n’existe plus / L’œuvre réconcilie l’être et son silence »…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
24 novembre 2018
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« La révolte » par Clara Dupont-Monod
Editions : Stock
Parution : Août 2018
242 pages Celui-ci nous fait découvrir la bonté
1850 €
Aliénor d’Aquitaine a inspiré plus d’un roman. Mais qui mieux que le fils préféré peut parler de sa mère? C’est le pari que fait Clara Dupont-Monod en confiant sa plume à Richard Cœur de Lion. Un style intimiste magnifique vient renforcer le romanesque sans porter tort à la véracité de l’histoire. Car la psychologie de chacun des personnages historiques est révélée avec art et justesse. La piété excessive du roi de France, premier mari d’ Aliénor, opposée à l’esprit de conquête du roi d’Angleterre, le père de Richard, sont en effet bien la cause première non seulement du divorce d’ Aliénor préférant un guerrier à un moine mais surtout de « la première guerre de cent ans ». Aliénor comprenant vite l’erreur de son choix ne ploiera jamais. Richard la montre telle qu’elle fut : qu’elle soit chef de guerre ou prisonnière, elle reste toujours reine. L’auteure ne s’arrête pas là, ajoute les aveux et les regrets des protagonistes comme pour montrer l’éternel humain, à savoir la rivalité des époux qui se ressemblent, ce fanatisme guerrier qui mène à la ruine et surtout « l‘histoire de toutes les mères à la fierté inquiète, qui firent de leur mieux, sûres de vaincre les tragédies ». Très beau roman historique qui donne envie d’aller se recueillir à l’abbaye de Fontevraud où reposent cette femme trois fois reine, ce Plantagenêt qui aima la France bien maladroitement et ce fils bien nommé, au cœur de lion…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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19 novembre 2018
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« Concours pour le Paradis » par Clélia RENUCCI
Editions : Albin Michel
Parution : Août 2018
266 pages
« Concours pour le Paradis » est un bien beau voyage dans la Venise éternelle. Le 20 Décembre 1577 le Palais des Doges brûle et il s’agit de restituer à la Salle du Grand Conseil l’immense toile du Paradis qui a toujours fait la fierté de la ville. Alors Clélia Renucci ouvre les portes des bureaux des serviteurs de la république comme celles des ateliers des peintres où chacun a ses idées, ses prétentions, ses faiblesses, son destin. Un souci politique entre une réhabilitation mariale ou laïque fait osciller le grand doge et ses conseillers qui ont bien du mal à s’entendre sur le nom des lauréats du concours pour mener à terme ce projet. La querelle entre les partisans du colorito vénitien contre le desegno florentin aiguise de nouveau la rivalité des artistes. L’esprit de concurrence se transforme en jalousie entre Jacopo Tintoret et Véronaise l’étranger, détruit l’amitié du jeune Domenico Tintoret et Francesco Bassano, s’immisce jusque dans le cœur des égéries, sans parler de la suspicion de Rome, l’inquisitrice de la Sérénissime. La prouesse de l’auteur est d’être parvenue à rendre les honneurs à qui de droit et brosser à merveille les techniques de cet art qui font éternellement rêver des toiles vénitiennes. Livre à mettre dans ses bagages pour Venise ! B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2018
15 novembre 2018
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« Un hosanna sans fin » par Jean d’Ormesson
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Editions : Héloïse d’Ormesson
Parution : Août 2018
141 pages
14 €
Si la jeunesse d’aujourd’hui ne se reconnaît pas en Jean d’Ormesson, elle ne peut nier la truculence avec laquelle l’auteur cerne les problèmes existentiels. L’incompréhension de la création du monde, l’énigme de la naissance et de la mort, le mystère de Dieu, ne gâchent en rien, selon lui, les délices de la vie « toujours trop courte ». Son livre posthume rédigé jusqu’à son dernier souffle est d’un style très concis, justifié par l’intensité de sa réflexion sur un vide qu’il a toujours comblé du mieux qu’il pouvait. Il est « le créé incréé » de Marie Balmary, non plus l’homme écrasé par la finitude humaine, mais animé d’un esprit curieux, toujours en recherche et créatif. « Grâce à Dieu, je vais mourir » n’est plus un oxymore. Mais où se trouve la source de cette gaieté inépuisable, de cette « trace éclatante » qui éclaire mieux que sciences et religions ? C’est dans le tout dernier mot de ce livre-testament que Jean d’Ormesson nous fait sa plus belle révélation, voulant encore une dernière fois « dire malgré tout que cette vie fut belle »...
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
14 novembre 2018
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"Salina" par Laurent GAUDÉ
Editions : Actes Sud
Parution : Octobre 2018
149 pages
16, 80 €
Salina pleure et crie depuis sa naissance. Enfant sacrifiée, arrachée des siens pour apaiser les malheurs du destin, victime de coutumes superstitieuses et immuables, elle épouse, à défaut de l'homme aimé, la vengeance et la haine. Mais, par son récit dans le récit, et donc deux points de vue, le style de Laurent Gaudé est si envoûtant que le narrateur omniscient et Malaka le conteur ne font qu’un avec elle. Ils partagent le sel de ses larmes et le sang versé de son corps. Salina ne cède pas à la faiblesse, sa déchéance apparente n’est que physique, et la profondeur de sa détresse est telle que portée à son paroxysme le drame devient mystique. Seules les hyènes respectent le corps de Salina et font transparaître une faible lueur d’espoir en une possible protection surnatuelle. Car seul un miracle peut sauver Salina de l'errance éternelle. Celui-ci aura-t-il lieu pour qu’elle ait droit au repos du cimetière ? Une chaleur torride semblable à celle du « Soleil des Scorta », le désert d’une Afrique tribale comme dans « La Mort du roi Tsongor » inspirent à L. Gaudé un style sobre et sensuel qui lui permet d'aborder avec grandeur le sujet délicat de la résistance au mal et du repos possible de l’âme quand elle est parvenue au bout de sa vocation, à savoir défendre la vie qui lui a été volée…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
7 novembre 2018
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« La neuvième heure » par Alice McDermott
Editions : Quai Voltaire
Parution : Août 2018
282 pages
22,50 €
La neuvième heure pour les moniales c’est la prière de l’après-midi. Pour Annie, jeune veuve de Jim qui s’est suicidé, c’est l’heure qu’elle passe avec M. Costello, dont l’épouse est une grabataire aigrie car amputée. Alors ce sont des péchés mortels qui frappent Jim et Annie selon les Petites Sœurs des Pauvres malades de Brooklyn. Peu importe ! Celles-ci ont une solution pour le salut de ce couple : la petite Sally en sacrifiant sa vie sauvera l’âme condamnée de ses parents ! Mais « Dieu ne se laisse pas duper » et Sally non plus ! Certes toutes ces religieuses portent secours sans compter leur peine, et si elles lavent les corps elles ont bien l’intention de laver aussi les âmes, ce qui implique une rigoureuse obéissance aux lois de l’Eglise. Le roman est alors prétexte à montrer du doigt non seulement l’intolérance des ecclésiastiques mais leur responsabilité dans la déviance aux règles trop exigeantes. Car si sœur Saint Sauveur veut falsifier un suicide en mort naturelle et si sœur Jeanne détourne les yeux d’un crime, toutes deux le font avec les meilleures intentions du monde. Profondément féministe pour laquelle « la vie d’une femme est un sacrifice de sang », catholique révoltée contre l’ordre établi, Alice McDermott a pour unique postulat la conscience personnelle. Roman très plaisant à lire, où chaque personnage donne l’impression de se débattre dans un malheur inéluctable tandis que les Petites Sœurs semblent être les derniers intermédiaires entre le ciel et la terre …B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
3 novembre 2018
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« La gloire des maudits » par Nicolas d’Estienne d’Orves
Editions : Albin Michel
Parution : Juin 2017
519 pages
23,50€
Deux plumes dans la main de Nicolas d'Estienne d'Orves, l’historienne et la fabulatrice qui s’entremêlent du début à la fin du roman. Quand s’ouvrent à Gabrielle Valeria les portes des plus beaux salons du Paris d’après-guerre, réservés aux échappés des purges de la Libération, un chemin labyrinthique l’amène à découvrir un monde souterrain insalubre. Qui est Sidonie Porel, égérie que tout le monde vénère mais qu'elle suspecte d'usurpation littéraire et de la disparition de deux femmes, Jacqueline Chaumard et Mila ? Dans son sillage le lecteur retrouve plein de personnages célèbres, moitié vrais, moitié inventés, que la naïve Valeria décide de rejoindre à ses risques et périls. Ce sont les « maudits », ceux qui, pour se venger, font flotter des « zones d’ombre ». Sans honte ils osent raviver des « je vous hais », se font prendre sans complexe dans les filets d’une « mante religieuse » mais aiment passer pour les seigneurs de l’art et les prédateurs de l’industrie cosmétique. Qu’ils soient raffinés ou dévoyés, tous essaient de survivre par n’importe quel moyen. L’honnêteté n’est plus de rigueur, la franchise de leur combat politique les a ruinés. Alors ils se cachent, prennent des pseudonymes, tournent leur veste pour accéder à des postes de hauts fonctionnaires, ou se font gendres pour faire fortune. La force de l’auteur réside dans la beauté de ses descriptions du palais Royal et de Paris sous la neige et dans l’étude de la nature humaine si complexe, capable du pire comme du meilleur…Alors la vengeance devient normalité et la survie héroïque! Roman dont le niveau atteint les hauteurs de Colette et le père de Maigret !
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
30 octobre 2018
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« Lèvres de pierre » par Nancy Huston
Editions : Actes Sud
Parution : Août 2018
230 pages
19,80 €
Quelle incongruité de vouloir comparer la jeunesse d’une intellectuelle de gauche livrée trop jeune à elle-même à celle d’un dictateur sanguinaire! C’est pourtant l'exercice littéraire que s’est efforcée de réaliser Nancy Hutson, belle opportunité pour dénoncer la fragilité de certains êtres qui font la proie des plus forts. Belle occasion aussi de s’opposer à l’impérialisme, de révéler l’exploitation des indigènes autant par les clercs de l’Eglise que par les colons, en un mot de paver l’enfer de bonnes intentions ! Tel est l’exploit de l’auteur. Elle entremêle utopie et réalité, militantisme destructeur et reconstruction mythique. Elle s’inspire de la ressemblance dans le combat de deux êtres, Pol Pot, le dictateur, et Dorrit, une autre elle-même, qui à force de vouloir changer la nature humaine et ses institutions, se heurtent au mur de la folie meurtrière pour l'un et à la dépression morale pour l’autre. Car tous deux encore très jeunes ont été dévoyés et une fois sous l’égide d'intellectuels de gauche se sentent alors appelés à fomenter une révolution radicale, l’un en libérant le Cambodge, l’autre en libérant la condition féminine. Le lecteur connaît la suite: l’extermination par Pol Pot de plus d’un million de Cambodgiens, et l’obsession libertaire de cette féministe qui va jusqu’à bannir le mariage, prôner l’homosexualité, et défendre la loi du genre. Alors pourquoi le livre se termine-t-il sur un paradoxe, celui du mariage et de la bonne conscience de ces deux personnages ? N. Huston a démontré ce qu’elle voulait: tout est faux-semblant dans l’existence, il faut embrasser la vie avec un coeur et des lèvres de pierre. Et si sa plume a le même talent d’écriture que Françoise Sagan, il a aussi son pessimisme amer qui n'engendre que des bonjour tristesse...
B.C.D
Published by brigitte clavel-delsol
23 octobre 2018
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« Le village en cendres » par Shen Fuyu
Editions : Albin Michel
Parution : Septembre 2018
277 pages
20 €
C’est à travers une série d’anecdotes dans le « village en cendres » de son enfance que l’auteur nous fait découvrir la Chine des années 50. C’est l’époque où l’Etat collectivise les biens des villageois, supprime les réfractaires et désigne d’autorité des responsables. Chaque nouvelle est construite avec le même ton et la même unité d’action. Dayu, le narrateur, est le petit-fils du charpentier, celui qui l’éclaire sur les rivalités des hommes, leurs désirs de vengeance, leur attachement aux us et coutumes devenu dérisoire à l’arrivée des temps modernes. La nature humaine dans sa totalité est parfaitement dépeinte à travers chacun des habitants, que ce soit le fabriquant de tofu ou de lanternes, le maçon ou le barbier. L’auteur n’oublie rien, ni le culte infini pour les arbres et les fleurs, ni la fidélité aux traditions religieuses comme aux êtres qu’ils chérissent, ce qui rend ce livre plus vrai que la vérité de son temps. L’oppression politique nourrit une inquiétude qui fragilise l’homme soucieux de transmettre la dignité humaine. Et si parfois la ruse avive l’énergie des villageois, il en est de même pour l’auteur qui alimente avec ironie le réalisme de cette jolie fresque chinoise. Beau voyage dans la Chine d’hier qui permet de mieux comprendre celle d’aujourd’hui et prévoir celle de demain : une économie bafouant la liberté individuelle ne peut engendrer que des cendres !
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
17 octobre 2018
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« Nuit sur la neige » par Laurence Cossé
Editions : Gallimard
Parution : Juin 2018
142 pages
13,50 €
Comment ne pas céder à un si joli titre dont le clair obscur accompagne Robin et Conrad du début à la fin? Le cadre est celui de l’entre-deux guerres, de la montée du fascisme et du Front populaire, tandis que les examens, l’amitié et l’amour semblent être prioritaires pour ces deux étudiants de la Prépa des Jésuites de Verbiest. Mais ceci n’est qu’une apparence. De même la beauté des montagnes comme celle de Clarie peuvent être un leurre. La menace de la mort est toujours existante. Un père a été tué à la guerre, un cousin est appelé sous les drapeaux, le nazisme avance. Chacun réagit à sa façon, Conrad avec réalisme, Robin avec naïveté. La transformation d’un petit village de montagne inconnu, du nom de Val d'Isère, en station de sports d’hiver laisse espérer une ère nouvelle. Mais pour combien de temps ? Livre aussi divertissant qu’un joli film car les images sont fortes et les personnages secondaires aussi attachants que les deux protagonistes.
Published by brigitte clavel-delsol
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