Overblog Tous les blogs Top blogs Littérature, BD & Poésie
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
26 novembre 2018 1 26 /11 /novembre /2018 19:14
"Infinition de l'heure" par Denis Clavel

« Infinition de l’heure » par Denis Clavel

 

 

Editions : Esope  Chamonix

Parution : 4ème trimestre 2018

 

 

 "L'infinition ...c'est un mot suivi d'un silence en l'honneur de rien

comme on respire ce qui s'offre à l'heure du couchant..."

Denis Clavel ne veut surtout pas expliquer l’inexplicable.  Ce qu’il veut c’est partager le présent par une suite ininterrompue de phrases sans ponctuation, harmonieuses ou dissonantes, adoucies de peintures à l’huile aux teintes pastel.  « L’infinition de l’heure », c’est le présent qu’il faut recevoir, lui-même « cadeau du temps »,  avec tout son imprévu et son irréversibilité. Le poète invite à ne pas se laisser cerner mais au contraire à s'ouvrir jusqu'à emporter l'esprit dans un espace qui échappe à la compréhension habituelle. L’important c’est  « le geste de vivre » qui sans le savoir « s’inspire de l’au-delà », c’est l'accueil bien plus que l'attente. L’homme ne serait autre qu’une étoile  qui ne se voit pas le jour  et « prépare l’ouvrage de sa nuit », car c’est dans le jour d’aujourd’hui qu’est la naissance  de soi. Selon Denis Clavel,  la poésie est du registre de l'intime, et non de la philosophie qui  avance dans le domaine de la spéculation où seul ce qui est probable est admis. On reconnaît  l’homme empreint de créativité  et sa ressemblance avec ses peintures aux  lumières furtives. Au lecteur de le suivre ! Il trouvera un guide dans « le jardin de Talèfre », annexe du livre  où il découvre que « Quand la fleur est coupée l’extase n’existe plus L’œuvre réconcilie l’être et son silence »…

B.C.D.

Partager cet article
Repost0
24 novembre 2018 6 24 /11 /novembre /2018 08:45
« La révolte » par Clara Dupont-Monod

« La révolte » par Clara Dupont-Monod

 

Editions : Stock

Parution : Août 2018

242 pages Celui-ci nous fait découvrir la bonté

1850 €

 

 

 

Aliénor d’Aquitaine a inspiré plus d’un roman. Mais qui mieux que le fils préféré peut parler de sa mère? C’est le pari que fait Clara Dupont-Monod en confiant sa plume à Richard Cœur de Lion. Un style intimiste magnifique  vient renforcer le romanesque  sans porter tort à la véracité de l’histoire. Car la psychologie de chacun des personnages historiques est révélée avec art et justesse.  La piété excessive du roi de France, premier mari d’ Aliénor, opposée à l’esprit de conquête du  roi d’Angleterre, le père de Richard,  sont en effet bien la cause première non seulement du divorce d’ Aliénor préférant un guerrier à un moine  mais surtout de « la première guerre de cent ans ». Aliénor comprenant  vite l’erreur de son choix ne ploiera jamais. Richard la montre telle qu’elle fut : qu’elle soit chef de guerre ou prisonnière, elle reste toujours reine. L’auteure ne s’arrête pas là, ajoute les aveux  et les regrets des protagonistes comme pour montrer l’éternel humain, à savoir la rivalité des époux qui se ressemblent, ce fanatisme guerrier qui mène à la ruine et surtout « l‘histoire de toutes les mères à la fierté inquiète, qui firent de leur mieux, sûres de vaincre les tragédies ». Très beau roman historique qui donne envie d’aller se recueillir à l’abbaye de Fontevraud où reposent cette femme trois fois reine,  ce Plantagenêt qui aima la France bien maladroitement  et ce fils bien nommé, au cœur de lion…

B.C.D.

Partager cet article
Repost0
19 novembre 2018 1 19 /11 /novembre /2018 16:45
« Concours pour le Paradis » par Clélia RENUCCI

« Concours pour le Paradis » par Clélia RENUCCI

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2018

266 pages

« Concours pour le Paradis » est un bien beau voyage dans la  Venise éternelle. Le 20 Décembre 1577 le Palais des Doges brûle et il s’agit de restituer à la Salle du Grand Conseil l’immense toile du Paradis  qui a toujours fait la fierté de la ville. Alors Clélia Renucci ouvre  les portes des bureaux des serviteurs de la république comme celles des ateliers des peintres où chacun a ses idées, ses prétentions, ses faiblesses, son destin. Un souci politique entre une réhabilitation mariale ou laïque  fait osciller  le grand doge et ses conseillers qui ont bien du mal à s’entendre sur le nom des lauréats du concours pour mener à terme ce projet. La querelle entre les partisans du colorito vénitien contre le desegno florentin aiguise de nouveau  la rivalité des artistes. L’esprit de concurrence se transforme en jalousie entre Jacopo Tintoret  et Véronaise l’étranger, détruit l’amitié du jeune Domenico Tintoret et Francesco Bassano, s’immisce jusque dans le cœur des égéries, sans parler de la suspicion de Rome,  l’inquisitrice de la Sérénissime.  La prouesse de l’auteur est d’être parvenue à rendre les honneurs à qui de droit et  brosser à merveille les techniques de cet art qui font éternellement rêver des toiles  vénitiennes. Livre à mettre dans ses bagages pour Venise ! B.C.D.

 

 

 

Partager cet article
Repost0
15 novembre 2018 4 15 /11 /novembre /2018 20:18
« Un hosanna sans fin » par Jean d’Ormesson

« Un hosanna sans fin » par Jean d’Ormesson

`

 

Editions : Héloïse d’Ormesson

Parution : Août 2018

141 pages

14 €

 

 Si la jeunesse d’aujourd’hui  ne se reconnaît pas en Jean d’Ormesson, elle ne peut nier la truculence avec laquelle l’auteur cerne  les problèmes  existentiels.  L’incompréhension  de la création du monde, l’énigme de la naissance et de la mort, le mystère de Dieu, ne gâchent en rien, selon lui, les délices de la vie « toujours trop courte ». Son livre posthume rédigé jusqu’à son dernier souffle est d’un style  très concis,  justifié par  l’intensité  de sa réflexion sur un vide qu’il a toujours comblé du mieux qu’il pouvait. Il est « le créé incréé » de Marie Balmary, non plus l’homme écrasé par la finitude humaine, mais animé d’un esprit curieux, toujours en recherche et créatif. « Grâce à Dieu, je vais mourir » n’est plus un oxymore. Mais où se trouve la source de  cette gaieté inépuisable, de cette « trace éclatante » qui éclaire mieux que sciences et religions ? C’est dans le tout dernier mot de ce livre-testament  que Jean d’Ormesson nous fait sa plus belle révélation, voulant  encore une dernière fois « dire malgré tout que cette vie fut belle »...

B.C.D.

Partager cet article
Repost0
14 novembre 2018 3 14 /11 /novembre /2018 09:31
"Salina" par Laurent GAUDÉ

"Salina" par Laurent GAUDÉ

 

Editions : Actes Sud

Parution : Octobre 2018

149 pages

16, 80 €

 

 

Salina pleure et crie depuis sa naissance. Enfant sacrifiée, arrachée des siens pour apaiser les malheurs du destin, victime de coutumes superstitieuses et immuables, elle épouse, à défaut de l'homme aimé, la vengeance et la haine. Mais, par son récit dans le récit, et donc deux points de vue,  le style de Laurent  Gaudé est si envoûtant que le narrateur omniscient et Malaka le conteur  ne font qu’un avec  elle. Ils partagent le sel de ses larmes et le sang versé de son  corps. Salina ne cède pas à la faiblesse,  sa déchéance apparente n’est que  physique, et la profondeur de  sa détresse est telle que portée à son paroxysme le drame devient mystique. Seules les hyènes  respectent le corps de Salina et font transparaître une faible lueur d’espoir en une possible  protection surnatuelle. Car  seul un miracle peut sauver Salina  de l'errance éternelle. Celui-ci aura-t-il lieu pour qu’elle  ait droit au repos du cimetière ? Une chaleur torride semblable à celle du « Soleil des Scorta », le  désert d’une Afrique tribale comme dans « La Mort du roi Tsongor »   inspirent à L. Gaudé un   style sobre et sensuel qui lui permet d'aborder avec grandeur le sujet délicat de  la résistance au mal et du repos possible de l’âme quand elle est parvenue au bout de sa vocation, à savoir défendre la vie qui lui a été volée…

B.C.D.

Partager cet article
Repost0
7 novembre 2018 3 07 /11 /novembre /2018 14:11
« La neuvième heure » par Alice McDermott

« La neuvième heure » par Alice McDermott

 

 

 

Editions : Quai Voltaire

Parution : Août 2018

282 pages

22,50 €

 

La neuvième heure pour les moniales c’est la prière de l’après-midi. Pour Annie,  jeune veuve de Jim qui s’est suicidé, c’est l’heure qu’elle passe avec  M. Costello, dont l’épouse est une grabataire aigrie car amputée. Alors ce sont des péchés mortels qui frappent   Jim et Annie selon les Petites  Sœurs des Pauvres malades  de Brooklyn. Peu importe ! Celles-ci ont une solution pour le salut de ce couple : la petite Sally en sacrifiant sa vie sauvera l’âme condamnée de ses parents ! Mais «  Dieu ne se laisse pas duper » et Sally non plus ! Certes toutes ces religieuses portent secours sans compter leur peine, et si elles lavent les corps elles ont bien l’intention de laver aussi les âmes, ce qui implique une rigoureuse obéissance aux lois de l’Eglise.  Le roman est alors prétexte à montrer du doigt non seulement l’intolérance des ecclésiastiques mais leur responsabilité dans la déviance aux règles trop exigeantes. Car si sœur Saint Sauveur  veut falsifier un suicide en mort naturelle et si  sœur Jeanne détourne les yeux d’un crime, toutes deux  le font avec les meilleures intentions du monde. Profondément féministe pour laquelle « la vie d’une femme est un sacrifice de sang », catholique révoltée contre l’ordre établi, Alice McDermott a pour unique postulat  la conscience personnelle. Roman très plaisant à lire, où chaque personnage donne l’impression de se débattre dans un malheur inéluctable tandis que les Petites Sœurs  semblent être les derniers intermédiaires entre le ciel et la terre …B.C.D.

Partager cet article
Repost0
3 novembre 2018 6 03 /11 /novembre /2018 11:03
« La gloire des maudits » par Nicolas d’Estienne d’Orves

« La gloire des maudits » par Nicolas d’Estienne d’Orves

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Juin 2017

519 pages

23,50€

 

Deux  plumes dans la main de Nicolas d'Estienne d'Orves, l’historienne et la fabulatrice qui s’entremêlent du début à la fin du roman. Quand s’ouvrent à Gabrielle Valeria   les portes des  plus beaux salons du Paris d’après-guerre, réservés aux échappés des purges de la Libération, un chemin labyrinthique l’amène à découvrir un monde souterrain insalubre. Qui est Sidonie Porel, égérie que tout le monde vénère mais qu'elle suspecte d'usurpation littéraire  et de la disparition de deux femmes, Jacqueline Chaumard et Mila ? Dans son sillage le lecteur retrouve plein de personnages célèbres,   moitié vrais, moitié inventés,  que  la naïve Valeria décide de rejoindre à ses risques et périls. Ce sont les « maudits », ceux qui, pour se venger, font flotter des « zones d’ombre ». Sans honte ils osent raviver des « je vous hais », se font prendre sans complexe dans les filets d’une « mante religieuse » mais  aiment passer pour les seigneurs de l’art et  les prédateurs de l’industrie cosmétique.  Qu’ils soient raffinés ou dévoyés, tous essaient de survivre par n’importe quel moyen. L’honnêteté n’est plus de rigueur, la franchise de leur combat politique les a ruinés. Alors ils se cachent, prennent des pseudonymes, tournent leur veste pour accéder à des postes de hauts fonctionnaires, ou se font gendres pour faire fortune. La force de l’auteur réside dans la beauté de ses  descriptions  du palais Royal et de Paris sous la neige et dans l’étude de la nature humaine si complexe, capable du pire comme du meilleur…Alors la vengeance devient normalité  et la survie héroïque!  Roman dont le niveau atteint les hauteurs de Colette et le père de Maigret !

B.C.D.

Partager cet article
Repost0
30 octobre 2018 2 30 /10 /octobre /2018 10:35
« Lèvres  de pierre » par Nancy Huston

« Lèvres  de pierre » par Nancy Huston

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Août 2018

230 pages

19,80 €

 

 

Quelle incongruité de vouloir comparer la jeunesse  d’une intellectuelle de gauche livrée trop jeune à elle-même à celle d’un dictateur sanguinaire! C’est pourtant l'exercice littéraire que s’est efforcée de réaliser Nancy Hutson, belle opportunité  pour dénoncer la fragilité de certains êtres qui font  la proie des plus forts. Belle occasion aussi de s’opposer à l’impérialisme, de révéler l’exploitation des indigènes autant par les clercs de l’Eglise que par les colons, en un mot de paver l’enfer de bonnes intentions ! Tel est l’exploit  de l’auteur. Elle entremêle utopie et réalité, militantisme destructeur et reconstruction mythique. Elle s’inspire de la ressemblance dans le combat de deux êtres, Pol Pot, le dictateur, et Dorrit, une autre elle-même,  qui à force de vouloir changer la nature humaine  et ses institutions, se heurtent au mur de la folie meurtrière  pour l'un et à la dépression morale pour l’autre.  Car tous deux encore très jeunes ont été dévoyés et une fois  sous  l’égide d'intellectuels  de gauche se sentent  alors  appelés à fomenter une révolution radicale, l’un en libérant le Cambodge, l’autre en libérant la condition féminine. Le lecteur connaît la suite: l’extermination par Pol Pot de  plus d’un million de Cambodgiens, et l’obsession libertaire de cette  féministe  qui va jusqu’à bannir le mariage, prôner l’homosexualité, et défendre la loi du genre. Alors pourquoi le livre se termine-t-il  sur un paradoxe, celui du mariage et de la bonne conscience de ces deux personnages ?  N. Huston a démontré ce qu’elle voulait: tout est faux-semblant dans l’existence,  il faut embrasser la vie avec un coeur et des lèvres de pierre.   Et si sa plume a le même talent d’écriture que Françoise Sagan, il a aussi son pessimisme amer  qui n'engendre que des bonjour tristesse...

B.C.D

Partager cet article
Repost0
23 octobre 2018 2 23 /10 /octobre /2018 09:54
« Le village en cendres »  par Shen Fuyu

« Le village en cendres »  par Shen Fuyu

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2018

277 pages

20 €

C’est à travers une série d’anecdotes dans  le  « village en cendres » de son enfance que   l’auteur  nous fait découvrir la Chine des années 50.  C’est l’époque où l’Etat  collectivise les biens des villageois, supprime les réfractaires et désigne d’autorité des responsables. Chaque nouvelle est construite avec le même ton  et la même unité d’action. Dayu, le narrateur, est le petit-fils du charpentier, celui qui l’éclaire sur les rivalités des hommes, leurs désirs de vengeance, leur attachement aux us et coutumes devenu dérisoire à l’arrivée des temps modernes. La nature humaine dans sa totalité est parfaitement dépeinte à travers chacun des habitants, que ce soit le fabriquant de tofu ou de lanternes, le maçon ou le barbier. L’auteur n’oublie rien, ni le culte infini pour les arbres et les fleurs, ni la fidélité aux traditions religieuses comme aux êtres qu’ils chérissent, ce  qui rend  ce livre  plus vrai que la vérité de son temps. L’oppression politique nourrit une inquiétude qui fragilise l’homme soucieux de transmettre la  dignité humaine. Et si parfois la ruse avive l’énergie des villageois, il en est de même pour l’auteur qui alimente avec ironie le réalisme de cette jolie fresque chinoise. Beau voyage dans la Chine d’hier qui permet de mieux comprendre celle d’aujourd’hui et prévoir celle de demain : une  économie bafouant  la liberté individuelle ne  peut engendrer que des cendres !

B.C.D.

Partager cet article
Repost0
17 octobre 2018 3 17 /10 /octobre /2018 08:38
"Nuit sur la neige" par Laurence Cossé

« Nuit sur la neige » par Laurence Cossé

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2018

142 pages

13,50 €

 

 

Comment ne pas céder à un si joli titre dont le clair obscur accompagne Robin et Conrad du début à la fin?  Le cadre est celui de  l’entre-deux guerres, de la montée du fascisme et du Front populaire, tandis que les examens, l’amitié et l’amour semblent être prioritaires  pour ces deux  étudiants  de la Prépa des Jésuites de Verbiest. Mais ceci n’est qu’une apparence. De même la beauté  des montagnes  comme celle de Clarie peuvent être un leurre. La menace de la mort est toujours existante. Un père a été tué à la guerre, un  cousin est appelé sous les drapeaux, le nazisme avance. Chacun réagit à sa façon, Conrad avec réalisme, Robin avec naïveté. La transformation  d’un petit village de montagne inconnu, du nom de Val d'Isère, en station de sports d’hiver laisse espérer  une ère nouvelle. Mais pour combien de temps ? Livre aussi divertissant qu’un joli film car les images sont fortes et les personnages secondaires aussi attachants que les deux protagonistes.   

Partager cet article
Repost0