27 juin 2018
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Editions : Bayard
Parution : Mars 2018
173 pages
16,90 €
Cet interview de Catherine Lalanne se révèle être une véritable autobiographie de la part de Yasmina Khadra. Celui-ci y livre ses souvenirs, ses réflexions et ses rêves avec toute l’authenticité et la simplicité qui le caractérisent. Si l’école militaire lui vola sa jeunesse, il ne se laissa pas impressionné par la censure algérienne qu’il sut détourner en prenant comme pseudonyme les prénoms de son épouse. Car Yasmina Khadra est admiratif des femmes qui puisent leur force dans leurs blessures et persuadé que « le malheur déploie sa patrie là où la femme est bafouée ». Toutes les épreuves rencontrées ne feront qu’accroître la sensibilité du poète et la volonté de l’écrivain. Rien n’arrêtera cet homme pour apporter un peu d’espérance autour de lui malgré les évènements tragiques qui frappent le monde. Et s’il juge supérieure la poésie à la littérature, la mission qu’il se donne à travers ses romans traduits dans le monde entier apporte une leçon de vie en même temps qu’un message de paix qui n’ont pas de prix. « Soyez heureux et généreux car ne sont essentiels dans la vie que les joies que l’on provoque et le mérite d’être utile aux autres», n’hésite-il-pas à répéter afin que la jeunesse de demain soit capable d’éviter les erreurs d’hier et d’aujourd’hui. Bravo à Catherine Lalanne pour une telle initiative!
B.C.D.
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2018
15 juin 2018
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Théâtre
Editions : Babel
Parution : Mai 2018
134 pages
6,80 €
Le message de Laurent Gaudé dans « Cendres sur les mains » est bouleversant. Il met en scène deux fossoyeurs chargés de brûler les morts que la guerre a laissés derrière elle. Désespérés par leur tâche ingrate et la solitude qui les entoure, ils ont le sentiment d’être morts eux-aussi jusqu’à l’arrivée d’une rescapée. Que fait cette folle à s’attarder sur tous ses morts ? Si le bonheur passé n’est plus, il persiste en elle et rien ne peut l‘effacer. Car « il n’y a pas un royaume des vivants et un royaume des morts » disait déjà Bernanos. C’est le sentiment que laisse cette pièce de théâtre où la rescapée finit par rendre l’éternité aux uns et ressusciter ceux-là mêmes qui se croyaient morts.
La pièce de théâtre qui suit, « Sofia Douleur », est crue et macabre, avec quelque ressemblance avec le théâtre libre de Brecht ou Ionesco. Car pas la moindre lueur d’espoir pour cet enfant mal aimée de trois femmes qui l’accouchent. Tout semble l’annihilée, que ce soit la famille, le sexe, l’église, la société. Un vide abyssal hante les humains. Seule une nounou, très ressemblante à celle d’Antigone, apporte quelque douceur. Sous l’amertume du style percerait un manifeste de l’absurdisme, si l’enfant ne finissait pas par trouver le nom qui lui fut ôté et n’est autre que Sofia. Beau manifeste pour la sagesse ! Mais qui veut d’elle quand on sait qu’elle est aussi Douleur ?…
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
13 juin 2018
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Editions : Actes Sud
Parution : Mars 2018
180 pages
18,50 €
Dans ce roman qui se situe dans les Andes péruviennes, François EMMANUEL se révèle autant peintre-géographe que fin psychologue. Ana est une archéologue sensée ramener au musée de Lima deux momies récemment découvertes. Mais le trajet est long sur les pistes caillouteuses, la chaleur accablante dans le véhicule de Ceferino, son « ange noir », Indien à la voix douce ou inconsciente, pour qui rien n’est jamais grave, même le dérapage de sa 4X4 dans un ravin qui fait sombrer Ana dans une totale inconscience. Alors la jeune archéologue remplace la vielle civilisation chachapoyas qui faisait l’objet de ses recherches par ce Pérou qui la perd, la soigne, l’aime et la protège. Rien ne peut lui faire oublier le beau Jairo, ni Marenta la donneuse de leçons , ni Joan l’amie expérimentée qui la met entre les mains du « curandero », celui qui soigne et qu’elle finit par confondre avec son grand-père. Si cette vieille civilisation d’outre-mer aide Ana à retrouver ses propres repères, c’est le narrateur par son écoute qui la sauve : en écrivant noir sur blanc ses confidences et les démêlés de sa vie, il prouve son souci de résilience dans ses allers retours entre les Andes et la maison de Villedieu et fait des paysages traversés le miroir d’une âme fragile qui peut se briser comme « la terre qui peut s’ouvrir à tout moment ». Ce livre est recommandé à tous ceux qui aiment les voyages autant que le rêve et la réalité … B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
31 mai 2018
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Editions : Quasar
Parution : Août 2017
174 pages
12 €
Ce livre hilarant est en fait très profond : il révèle l’urgence de comprendre le sens trop méconnu de l’Eglise et de la vocation sacerdotale. Un pauvre curé se sent bien seul au milieu des chicaneries des dames patronnesses, des mésententes entre progressistes et intégristes, de l’incompréhension de son supérieur et du nombre de tâches à remplir. Alors à l’insu de tous, celui-ci s’enferme, ou mieux il s’emmure comme les mystiques reclus du Moyen-Age auprès desquels les malheureux venaient confier leurs peines. Ses paroissiens feront-ils de même ? En tout cas cette réclusion rapporte beaucoup à la ville qui fait de son curé l’objet d’une attraction touristique autant que journalistique. Et si à son tour le doute venait à envahir le cœur de cette nouvelle star du sacerdoce? Livre plein d’humour et de vérité qui remet à l’heure les pendules des chrétiens souvent plus inquiets de leur performance que de leurs faiblesses, plus soucieux des apparences de la foi que de son essence… Livre à divulguer auprès de ceux qui souffrent de cette maladie de la rentabilité au détriment d’une confiance en la Providence. B.C.D.
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2017
30 mai 2018
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Editions : BoD=Books on Demand
Parution : Octobre 2017
232 pages
16,50 €
Comment un jeune chrétien peut devenir un grand prédicateur salafiste avant de servir le djihadisme, tel est le sujet abordé par Elie Saad sous forme de roman. Rien de bien nouveau sur cette jeunesse déracinée qui ne trouve pas sa place dans le monde occidental et voit en la religion chrétienne un bouc émissaire parfait. Ce que cherche à montrer l’auteur c’est le danger de toute religion quand le dogme prime sur la compassion. Voilà ce à quoi aura à faire face le jeune Cédric Destrongville une fois devenu orphelin et incarcéré par erreur judiciaire. C’est en effet en prison qu’il découvre la religion musulmane dont la simplicité doctrinale le séduit davantage que le mystère de la sainte Trinité. Cédric saura-t-il discerner le vrai du faux, écouter sa propre conscience plutôt qu’une idéologie imposée par des caïds qui lui font miroiter une grande mission à accomplir ? Saura-t-il percevoir la différence entre un silence christique et une propagande politique ? Et si l’erreur est inévitable pour ce jeune sans références, le dénouement fait penser au roman « Crime et châtiment » de Dostoïevski, où la paix intérieure ne peut venir qu’avec l’aveu des fautes personnelles et l’aide de personnes aimées autant qu’aimantes… Ainsi Elie Saad combat à sa façon pour la possibilité d’une entente inter-religieuse. Sera-t-il entendu ?
B.CLavel Delsol
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2017
28 mai 2018
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«Histoires véridiques de l'imposteur Giorgio del Giglio qui renia la foi chrétienne et prétendit servir Soliman le Magnifique » par Florence Buttay
Editions : Payot
Parution : Mars 2018
217 pages
21 €
Si l’on en croit le « Grand Voyage » de Giorgio del Giglio, celui-ci a tout du héros. Mais Florence Buttay, plus historienne que romancière, tient à restaurer la vérité sur un tel imposteur. En étudiant de près les manuscrits de ce voyageur de la Renaissance qui se targue de maintes expéditions, de multiples captivités et diverses obédiences, elle s’efforce de démêler le vrai du faux. Tour à tour vendeur d’esclaves ou esclave lui-même, vassal ou espion, crapuleux ou religieux, ce marginal arbore sans scrupule plusieurs patronymes, des origines familiales mythiques, des aventures extraordinaires imaginées, et se revendique autant chrétien que musulman. Mais pourquoi tant de fabulation, tant de descriptions erronées à partir de témoignages géographiques de l’époque plus que de ses propres aventures ? Giorgio a les talents de ses travers, nous dit Florence Buttay. La source de son inspiration se trouve dans la quête permanente d’une identité personnelle. Car, pour cet homme originaire de la petite île italienne Giglio, quelle différence à servir Côme de Médicis ou Soliman le Magnifique, si ce n’est de se faire valoir ? Et surtout quel intérêt d’envenimer des guerres entre l’empire ottoman et l’empire chrétien ? Car toute religion n’a-t-elle pas pour but le bonheur de l’homme ? Telles étaient déjà cinq siècles en arrière les réflexions d’un homme ordinaire qui n’aspirait qu’à l’harmonie du monde. Livre très intéressant de Florence Buttay, aussi original par son aspect historique que par sa véracité.
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2018
24 mai 2018
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1ère Edition : Noir sur blanc
Parution : 2016
Edition "J'ai lu"= 190 pages =6 €
Si l’ombre de nos nuits est plus noire que la nuit, si les flèches du mal atteignent le cœur de l’homme, Georges de La Tour parvient au travers de ses peintures à soulager la blessure, non pas en la dérobant, mais au contraire en projetant sur elle la lumière, en la rendant publique jusqu’à la faire connaître au roi lui-même. C’est ce que réalise la narratrice de ce roman. Alors qu’elle se trouve dans un musée devant le tableau de St Sébastien, la vie de de La Tour revient à son esprit. Tandis que la guerre et la peste faisaient ravage, les tourments personnels n’étaient pas moindres dans l’atelier de peinture. Alors le roman se poursuit à plusieurs voix, celle du maître peintre et de son apprenti. Viennent s’y joindre aussi des silences, lourds en tristesse ou déception. Mais c’est surtout la voix de la narratrice qui explose, celle de la femme déçue d’un homme auquel elle a tout donné. Alors elle se tourne une dernière fois vers ce St Sébastien qui donna bien plus encore…Et Gaëlle Josse de citer René Char : « Donne toujours plus que tu ne peux reprendre. Et oublie. Telle est la voie sacrée.»
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
16 mai 2018
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Editions : Stock
Parution : Avril 2018
217 pages
18,50 €
L’exotisme est le pilier des romans de J.M.G Le Clézio. C’est sous le ciel de Séoul que le lecteur marche dans les pas de Bitna, et si le rêve ne suffit pas à fuir les vicissitudes de l’existence, l'imagination peut les transcender. C’est ainsi que la jeune Bitna et la vieille Salomé vont s’entraider, l’une par son courage à se battre contre la solitude morale et l’autre par sa persévérance à lutter contre la souffrance physique. En échange de quelque rémunération Bitna raconte à Salomé des histoires qui possèdent toute la vigueur nécessaire à la survie. « Je n’invente rien » dira Bitna à juste titre, car tous les personnages sont vraisemblables, les drames de la guerre ne sont pas loin et c’est de la difficulté que naît la force de survivre. Ses petits contes se nourrissent inconsciemment d’expériences vécues, de la solitude ressentie « dans cette grande ville où seuls comptent le temps présent et le monde des vivants ». Les symboles abondent, les pigeons de M.Cho révèlent la beauté du monde et le souvenir du pays d’origine, une chatte messagère dénommée Mlle Kitty tisse des liens entre habitants de même quartier, un amant sans beaucoup de sentiments et un pasteur dévoyé contrastent avec la grandeur d’âme d’un vieux retraité, une diva qui se suicide…J.M.G. Le Clézio jette aux yeux de ses lecteurs la cruauté des hommes que Bitna n’esquive pas devant Salomé mais parvient à maîtriser, voire sublimer… Un bel ouvrage qui se déroule comme « un rêve éveillé » grâce à la beauté d’un style plein de sincérité et de vérité.
B.C.D.
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2018
3 mai 2018
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16:00
« Certains souvenirs » par Judith Herman
Editions : Albin Michel
Parution : Janvier 2018
177 pages
19 €
Ce livre n’est pas destiné aux fans d’exploits, mais aux contemplateurs de tableaux et aux âmes sensibles que l’ineffable suffit à combler. Car Judith Herman fait défiler devant le lecteur dix-sept nouvelles. Chacune d’entre elle se situe dans un cadre bien spécifique. Une rentrée de charbon, un feu de bois devant une roulotte, une répétition de pièce de théâtre, une file dans un magasin, une chambre insalubre à Odessa…Le lecteur discerne toujours un départ inévitable, un détournement du regard désiré, une maturité d’adulte dans les yeux d’un enfant ou un rire enfantin chez un homme épuisé, une réflexion incongrue… Un rien suffit au bonheur, simplement le fait de savoir qu’un visage croisé peut apporter l’apaisement d’un jour, qu’une histoire rocambolesque peut être pleine de vérité, que des boules noires de charbon sont aussi sacrées que des hosties quand le cœur et le corps souffrent du froid. Et si la vie se consume comme s’envole le pollen de peuplier ou l’avion en papier, le décor, le plus banal soit-il, est embelli par cette sensation d’éphémère qui le sacralise. Alors rien de triste dans ces nouvelles que Judith Herman narre avec un réalisme déconcertant. Juste un bonheur procuré par le récit modeste d’histoires toutes simples en laissant derrière elles « des questions qui trouvent d’elles-mêmes leur réponse tôt ou tard ».
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2018
30 avril 2018
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Editions de Fallois
Parution : Février 2018
635 pages
23 €
Rien n’est jamais définitif pour Joël Dicker et même une instruction judiciaire réglée en bonne et due forme peut être remise en cause. Stéphanie Miller, chroniqueuse au journal local d’Orphea, petite ville balnéaire dans l’Etat de New York frappée vingt ans plus tôt par un quadruple meurtre, vient de disparaître après avoir fait à ce sujet de précieuses découvertes. Les deux policiers de l’époque, animés de la même conscience professionnelle, n’hésitent pas à relancer l’enquête. La vivacité du style de Joël Dicker multiplie suspicions et imprévus, alimentés par des crimes successifs qui font craindre un tueur en série. Récit et fiction sont indiscernables et si quelques longueurs se font ressentir dans le roman, l’urgence du dénouement presse le lecteur autant que les deux vieux enquêteurs à la veille de leur retraite. Joël Dicker séduit par ses énigmes, mais plus encore par les vicissitudes qui entravent la douceur de l’existence. Jalousie, rivalités professionnelles, égoïsme et carriérisme gâchent la vie jusqu’au cœur même des couples et des familles. La corruption est partout, en province comme dans la métropole, chez les élus locaux comme chez les petits bourgeois qui deviennent par lâcheté les « larbins » de bandits pervers. Trafics de toutes sortes, sexe, drogue, armes volées, mènent au crime ou engendrent la démence. Les habitants sont limités au rôle passif de spectateurs, le malheur n’épargne personne. Sans doute est-ce la raison du succès de Joël Dicker qui révèle non pas une société dichotomique mais un désarroi général non seulement devant une « solitude abyssale » et un « besoin d’exister », mais une incapacité de « voir ce qui est juste devant les yeux », c'est à dire le bonheur: vision sans doute exagérément pessimiste!
B.C.D.
Published by brigitte clavel-delsol
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2018