11 avril 2018
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Editions : LePassage
Parution : Septembre 2017
138 pages
15 €
Toute vie est un roman et celle de Marie-Antoinette, arrivée à Lyon dans les années 50 pour faire ses études d’infirmière, inspira Isabelle Kauffmann, elle-même médecin et écrivain. Sans doute une ressemblance entre les deux femmes est à l’origine de cette biographie, car du très beau style de l’auteur émerge une telle fusion avec son héroïne que le lecteur pourrait bien les confondre. Ces deux soignantes ont la même sensibilité devant la souffrance, la même volonté de soulager si ce n’est de guérir et de transmettre leur confiance en la vie. Forte de son énergie et de son esprit d’indépendance Marie-Antoinette abandonna son statut d’hospitalière pour devenir une des premières infirmières libérales de Lyon, consciente que la misère morale qui accompagne la maladie n’était pas exclusivement concentrée dans les hôpitaux. Isabelle Kauffmann la présente dans toute son humanité, depuis sa tendre enfance dans la campagne au sein d’une nombreuse fratrie à laquelle elle doit cet « équilibre fondateur » jusqu’à ses éprouvantes tâches professionnelles. Rien n’est inventé, le lecteur retrouve l’ambiance des hôpitaux lyonnais, les religieuses à cornettes aussi dévouées qu’endurcies, les grands pontes en chirurgie qui drainèrent à Lyon toute une clientèle internationale et ce grand vide à combler entre les guérisseurs et « les corps fragiles ». Marie-Antoinette met un nom sur chacun de ses patients, comme si l’auteur ressentait la nécessité d’humaniser toujours davantage une médecine de plus en plus technologique.
B.C.D.
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2017
7 avril 2018
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Editions : Gallimard
Parution : Février 2018
152 pages
15 €
Un quatrain par page entremêle mélancolie et espoir. La beauté de la terre semble si grande qu’elle finit par surpasser la misère humaine. Contrairement à l’idée commune qu’il faut lire la poésie de François Cheng lentement avec multiples pauses et arrêts pour mieux y revenir et assimiler son contenu, ce recueil se laisse engloutir à toute allure. Le lecteur veut savoir l’issue, car si son contenu ressemble à l’aspect chétif et fragile de son auteur, il s’en dégage un souffle fort, celui de la création continue. C’est de la nuit que jaillit la lumière, de la peur que se révèle le vrai, de la chair corrompue que renaît ce qui s’est tu, du silence que s’élève le chant. Même l’automne sur sa fin ravive les couleurs de l’été. Les contraires s’appellent, s’attirent, se complètent. Telle est la vie qui fait que l’âme se découvre quand l’autre est écouté. Point de révélation sans se perdre, sans douceur point de survie. Mais F. Cheng ne se limite pas à l’infini de l’horizontalité. Il gravit la transcendance en surmontant le vide et les ténèbres. Alors il prend conscience des beautés éphémères de la vie, des solitudes communes, des adieux qui ne sont que des au-revoirs. Il conçoit la mort comme unique passage du don à l’abandon. « C’est là l’unique aventure »… B.C.D.
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2018
6 avril 2018
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Editions : Actes Sud
Parution : Janvier 2018
290 pages
21€
C’est une véritable description apocalyptique où sont réunies les pires horreurs, une descente aux enfers parfaitement décrite dans un style dépourvu de toute fioriture pour aller droit au but : le massacre des Innocents tel qu’il apparaît sur le magnifique tableau de Cornelis Van Haarlem et qui inspire le personnage démoniaque de ce roman, l’homonyme Jeronymus Cornelisz. L’histoire commence avec un fait historique, le naufrage, au large de l’Australie, du Batavia, bateau marchand hollandais du XVIIème siècle. Le protagoniste Cornelisz, miraculeusement rescapé va prendre les rennes du pouvoir sur l’île du Cimetière et comme tout prédateur va éliminer ceux qui portent ombrage à son esprit de domination. Ainsi Marc Biancarelli dépeint toutes les attitudes humaines, celles capables de retourner à l’état d’animalité comme celles prêtes au sacrifice. Sans la voix de Creesje qui rappelle à l’être déchu l’existence d’une « étincelle divine » et lui souffle des paroles de paix, sans le courage de Weybbe le guerrier éduqué dès sa tendre enfance à refuser la domination de tyrans et à ériger des remparts inexpugnables, le livre serait insoutenable. Au-delà de cette éternelle allégorie du combat entre les forces du bien et du mal, l’auteur laisse un précieux message, un appel à résister, à ne jamais se soumettre, à être lucide avant qu’il ne soit trop tard : « Toi t’es un assassin, t’avais le choix, mais moi je suis jeune, on m’a forcé » : histoire malheureusement universelle de la liberté bafouée, vilipendée…
B.C.D.
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2018
28 mars 2018
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« La première nuit » par Ghislain Loustalot
Editions : JC Lattès
Parution : Janvier 2018
284 pages
18 €
Milan, « inapte au bonheur » se noie dans l’alcool. Le même soir sonnent chez lui son jeune fils Théo et son vieux père Emilien, tout aussi malheureux l’un que l’autre pour des raisons familiales. Grâce à cette intrusion Milan va devoir réagir. Il ne restera pas inerte comme cette mouche jonchée sur le dos qui lui renvoyait sa propre image. L’enfer n’est pas les autres, même si dans un premier temps éclate une colère qui va jusqu’à la violence et une haine apparente. Ce trio d’hommes croit au bonheur, mais comme trois adolescents torturés de ne pas le posséder. Hantés par l’obsession de l’abandon sous toutes ses formes, le rejet d’une mère comme le départ d’une femme ou la fugue d’un fils, leur tourment est d’autant plus profond que le lien du sang existe. Ce sont les maladresses et les incompréhensions qui incitent à la révolte, au refus de pardonner, à la confusion entre la promesse du secret et le remords du non-dit. Ce huis-clos familial deviendra-t-il un terrain d’entente ? Les lois de l’hérédité finiront-elles par faire éclater de rire les trois anti-héros pour leur première nuit ensemble ? Le réalisme pathétique de ce roman devant la déliquescence de la famille peut être considéré comme une tentative de réconciliation, quand la lucidité des faiblesses de chacun devient moteur du pardon, transmission de la confiance dans un destin qui rassemble…B.C.D.
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2018
20 mars 2018
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Editions : Gallimard
Parution : Décembre 2017
426 pages
22 €
Pour Pierre Assouline « dans toute vie, l’identité est centrale ». Son dernier livre, à la fois roman, plaidoirie, document historique, essai philosophique, le démontre parfaitement avec un mélange de tonalités qui va de l’humour au tragique, du réalisme au poétique. L’auteur part d’un fait historique précis qui rejoint son cas personnel : en 2015 Sa Majesté Felipe V rappelle en Espagne les Séfarades du monde entier expulsés de son pays en 1492. Sans hésitation P. Assouline s’inscrit à l’Institut Cervantes de Paris avant de partir sur la terre de ses ancêtres car « le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants ». Là il voyage au gré d’une providence qui lui fait découvrir que le récit national va au-delà des évènements, que l’identité personnelle ne doit pas rester figée et après avoir réconcilié les deux Espagne en lui-même, la catholique et la révolutionnaire, la traditionnelle et la moderne, il ne se sent « ni français, ni espagnol, ni juif, ni séfarade » mais un humain comme les autres, qui pense à ses morts, exècre les extrémistes sans réfuter le nationalisme. Alors peu importe si la lenteur de l’administration tarde à lui délivrer ce que les Catalans eux-mêmes rejettent ! Malgré le sérieux du sujet, P. Assouline parvient à capter notre attention par mille détails vivants jusqu’à rapprocher Thérèse d’Avila de Fanny Ardant et à nous faire croire que sa grand-mère dansât au bras de Franco! Sans doute est-ce pour oublier que de nos jours l’antisémitisme existe encore, mais que la réconciliation est toujours possible…
B.C.D.
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2017
14 mars 2018
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Editions : Playlist Society
Parution : Mars 2018
113 pages
14 €
Pas besoin d’être cinéphile pour apprécier ce livre de Timothée Gérardin qui a tout d’une critique littéraire de haut niveau. Celui-ci parvient à analyser les différents films de Christopher Nolan avec une subtilité et une justesse dans la précision de l’analyse qui en font des œuvres d’art à part entière. Il donne envie de revoir les films pour mieux y déceler les contradictions des personnages, les narrations inversées, les clichés représentatifs du morcellement de l’existence. Christopher Nolan met à jour des procédés artistiques dont la simplicité trop souvent méprisée donne aux thèmes toute leur profondeur : récurrence d’images, voix-off, contrastes, effets de miroir, stimulations sonores, scénarios réversibles, dualité des personnages... Le titre de ce livre est à lui seul très parlant. Il ouvre un horizon nouveau, non seulement d’un point de vue cinématographique, mais philosophique. Car ce qui importe à T. Gérardin c’est le regard que Christopher Nolan porte sur de simples objets, « vecteurs d’illusion et de désillusion », capables « de former des mondes ou de les défaire ». Le cinéaste devient prestidigitateur, il mélange des genres, met en scène des artefacts tout en étant capable d’être réaliste et même politique. « Poursuivre des réalités plutôt que des rêves » tel est son procédé, donnant ainsi au 7ème Art une dimension inespérée…
B.C.D.
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2018
13 mars 2018
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Editions du Seuil
Parution : Février 2018
190 pages
17 €
En décembre 1945 Vienne est libérée par les Alliés et les Soviétiques et, comme à Berlin, elle en est démembrée. Ennemi des nazis, proie des communistes, suspecté de double jeu par un policier américain, Klem est un Autrichien traqué de toutes parts. Subissant la guerre plus qu’il ne le voudrait, il trouve néanmoins dans ses « hauts-fonds », qui ne sont autres que le subconscient d’un homme bon, la force de survivre et de sauver ceux qui sont sur son chemin. Le récit est embrouillé comme la vie elle-même de Klem qui ne sait pas toujours où il va, ayant du mal à comprendre les méandres des évènements politiques. S’il lui arrive d’oublier la raison de ses actions, il reste fidèle à lui-même. Son seul but est la survie, celle des autres comme la sienne. Alors ses réponses aux questions plutôt fourbes de l’enquêteur sont laconiques. Le passé est ineffaçable, l’homme est brisé et n'a plus de force pour discerner la trahison, se défendre et aimer… Livre qui replonge le lecteur dans une triste période d’idéologies criminelles.
B.C.D
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2018
6 mars 2018
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Editions : Gallimard
Parution: Décembre 2017
280 pages
19 €
Le livre posthume de J. d'Ormesson n'est pas dénudé d'intérêt. On y retrouve l'homme cultivé, avide de la vie, curieux de l'histoire de l'univers, passionné des lettres, conscient de la fin inéluctable de toute chose et de la nécessité d'une promesse. Etre en osmose avec l'humanité , rappeler le prix du sang versé pour parvenir à notre civilisation, tel est son objectif. Alors il traverse le temps et l'espace, tous les maux et bonheurs, accompagnant princes ou sages, démons ou bandits, aventuriers ou prédicateurs. Car ce sont les hommes avec leur liberté qui font l'Histoire. Ainsi,dès la découverte du Nouveau Monde comme de l'imprimerie de Gutenberg, sont lancées les prémisses d'une culture démocratique universelle où artistes et philosophes sont le sel de la terre, bien plus précieux que les conquérants. C'est grâce à ses auteurs que la France a atteint le premier rang dans le monde et J. d' Ormesson peint chacun d'eux avec une telle connaissance qu'il finit par se confondre sans le moindre scrupule avec leurs héros. Jusqu'au bout il séduit par sa vivacité habituelle, sans tristesse apparente.Avec beaucoup d humour, il continue sans cesse à remonter le temps en tout sens, sans pouvoir s'arrêter jusqu'à explorer le ciel, découvrir Dieu dont "il est impossible de parler ", alors il se tait à jamais. Ce livre révèle indéniablement la passion de l'auteur pour le monde qu'il veut embrasser une dernière fois avant de le quitter. Plein de fantaisie et d'amour de la vie, il mérite d'être lu.
B.C.D.
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2017
26 février 2018
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1ère Parution : 2014
Editions : Pocket 2017
475 pages
7,80 €
Si Jean-Christophe Rufin donne l’impression dans son « immortelle randonnée » d’être un « bagnard » subissant un chemin rocailleux sans autre bénéfice que de se retrouver sale comme une bête, il en est tout autre pour Manon Moreau sur le chemin de Compostelle. Certes son style n’est pas celui de l’académicien transformé en humoriste, mais celui d’un écrivain prosaïque, plein d’empathie pour les « éclopés de la vie ». Dans « le vestibule des causes perdues » le lecteur découvre toute une série de pèlerins dont la douleur se trouve autant dans les pieds que dans l’âme. Bien vite les fardeaux portés par chacun se transforment en attrape-rêves, la rigueur des chemins se transforme en merveilles, le solitaire finit par aimer la compagnie et l’anorexique virevolte entre cuisine et réfectoire, le retraité comme la mère délaissée se sentent enfin utiles. Les « jacquets » viennent des quatre coins du monde mais toujours le même mal-être et le même désir d’avancer. Chacun a son secret, son mystère, marche sur le même chemin « semé d ‘épines et d’étoiles » et au bout le même cadeau : un autre soi-même, rénové, renouvelé aux yeux de tous. Un livre qui donne vraiment envie d’aller à St Jacques …
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2014
16 février 2018
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Editions : Actes Sud: 2015
Editions : Babel; 2017
330 pages
8,70 €
Tout sépare Churchill et Chaplin, leur origine sociale, leurs opinions politiques, leur vie privée, leur sensibilité. Mais Michael Köhlmeier avec beaucoup d’art les rapproche grâce à une amitié certes des plus incertaines mais très intéressante. Car ce livre est à la fois la parfaite étude psychologique de ces deux personnalités et un véritable document historique. Tout un chacun connaît la vie dissolue menée par « le clown triste » qui lui valut plus d’un procès à la différence de celle du conservateur libéral dirigée avec une main de fer et à ses risques et périls. Alors l’auteur les relie avec un pacte d’amitié qui sera la trame du roman. Un point commun entre eux deux est certain : la célébrité ne les empêche pas de connaître de profonds accès de détresse, semblables à deux estropiés qui ne se consolent pas de ne pas marcher comme tout le monde. Et si le «chien noir » qui pressent l’arrivée d’Hitler les poursuit, c’est la peinture et la pantomime, inspirées tour à tour par le rêve ou la réalité, qui émergent du livre. Car c’est la joie de vivre et l’esprit d’émerveillement que veulent laisser derrière eux ces deux hommes. Leur candeur et leur courage rappellent le héros du film « La vie est belle » de Roberto Benigni, où le rire est triste mais héroïque…
B.C.D.
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