26 février 2018
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1ère Parution : 2014
Editions : Pocket 2017
475 pages
7,80 €
Si Jean-Christophe Rufin donne l’impression dans son « immortelle randonnée » d’être un « bagnard » subissant un chemin rocailleux sans autre bénéfice que de se retrouver sale comme une bête, il en est tout autre pour Manon Moreau sur le chemin de Compostelle. Certes son style n’est pas celui de l’académicien transformé en humoriste, mais celui d’un écrivain prosaïque, plein d’empathie pour les « éclopés de la vie ». Dans « le vestibule des causes perdues » le lecteur découvre toute une série de pèlerins dont la douleur se trouve autant dans les pieds que dans l’âme. Bien vite les fardeaux portés par chacun se transforment en attrape-rêves, la rigueur des chemins se transforme en merveilles, le solitaire finit par aimer la compagnie et l’anorexique virevolte entre cuisine et réfectoire, le retraité comme la mère délaissée se sentent enfin utiles. Les « jacquets » viennent des quatre coins du monde mais toujours le même mal-être et le même désir d’avancer. Chacun a son secret, son mystère, marche sur le même chemin « semé d ‘épines et d’étoiles » et au bout le même cadeau : un autre soi-même, rénové, renouvelé aux yeux de tous. Un livre qui donne vraiment envie d’aller à St Jacques …
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2014
16 février 2018
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Editions : Actes Sud: 2015
Editions : Babel; 2017
330 pages
8,70 €
Tout sépare Churchill et Chaplin, leur origine sociale, leurs opinions politiques, leur vie privée, leur sensibilité. Mais Michael Köhlmeier avec beaucoup d’art les rapproche grâce à une amitié certes des plus incertaines mais très intéressante. Car ce livre est à la fois la parfaite étude psychologique de ces deux personnalités et un véritable document historique. Tout un chacun connaît la vie dissolue menée par « le clown triste » qui lui valut plus d’un procès à la différence de celle du conservateur libéral dirigée avec une main de fer et à ses risques et périls. Alors l’auteur les relie avec un pacte d’amitié qui sera la trame du roman. Un point commun entre eux deux est certain : la célébrité ne les empêche pas de connaître de profonds accès de détresse, semblables à deux estropiés qui ne se consolent pas de ne pas marcher comme tout le monde. Et si le «chien noir » qui pressent l’arrivée d’Hitler les poursuit, c’est la peinture et la pantomime, inspirées tour à tour par le rêve ou la réalité, qui émergent du livre. Car c’est la joie de vivre et l’esprit d’émerveillement que veulent laisser derrière eux ces deux hommes. Leur candeur et leur courage rappellent le héros du film « La vie est belle » de Roberto Benigni, où le rire est triste mais héroïque…
B.C.D.
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12 février 2018
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Editions : Notabilia
Parution : Octobre 2017
191 pages
14 €
Ce roman est aussi intense en sentiments qu’en richesse d’écriture. Le personnage principal est l’absence, celle qui dévore l’âme. Mais a contrario, celle-ci, au lieu de rendre tout obscure, éclaire les incompréhensions de la vie. C’est ce que semble vouloir exprimer Gaëlle Josse dans ce roman d’après guerre où le sort de la narratrice est tragique: une enfance pauvre et sans tendresse, un veuvage dû à une erreur des bombardements britanniques, le départ d’un fils causé par un beau-père trop dur. La colère va s’estomper pour laisser place à des sentiments tout aussi tristes mais plus lucides. Les Britanniques ne sont-ils pas des alliés, l’élève des Jésuites n’est-il pas un mari aimant et l’enfant n ‘est-il pas aussi empreint de liberté intérieure que sa mère ? Alors elle fait le choix de l’attendre, elle lui écrit, se prête aux siens mais ne pense qu’à lui. Beaucoup d’écrivains ont rendu hommage à leur mère, mais peu ont su exprimer un amour maternel aussi fort. Gaëlle Josse y excelle dans ce long monologue, où les mots sont simples, les phrases poétiques, l’affliction empreinte de pudeur. Pour échapper à cette douleur intime elle crée de la couleur en imaginant une fête pour son retour, et bien plus encore… Mais l’enfant prodigue reviendra-t-il à temps ? Livre très émouvant qui mérite d’être lu. B.C.D.
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2017
9 février 2018
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Editions : Robert Laffont
Parution : Décembre 2017
300 pages
19 €
Si l’île de Lampedusa est la honte du monde, elle est pour l’auteur une histoire d’amour. Le récit du jeune narrateur remonte à ces dix dernières années où le flux d’immigration n’a cessé d’augmenter, a révolutionné les mentalités et anéantit le cœur de son père pêcheur, traumatisé par les morts accrochés dans ses filets. Les naufrages, les incendies sur bateaux, les secours insuffisants, les tentatives d’amitié et les révoltes d’incarcérés sont relatés avec autant de véracité que d'émotions. L’île semble avoir une valeur didactique. Elle s’inscrit dans la réalité concrète et permet d’ajouter une réflexion métaphysique à une étude sociale à partir de différents comportements : collaboration avec les politiciens, léthargie administrative, indifférence ou résistance, piété mystique ou intérêts personnels, résignation ou autoritarisme, tout est présent, sans jamais la moindre amertume mais le souci permanent pour le narrateur de ne pas devenir comme son père, un mort vivant inutile. Mais où se trouve l’efficacité ? Ni la Vierge de Roberto Merlo, ni « la Porte de l’Europe » de Mimmo Paladino , ni le musée « de la confiance et du dialogue entre les peuples de Méditerranée» ne semblent jouer leur rôle. Seul le narrateur anonyme est transformé, il s'appelle Nicolo et n'hésite plus entre "partir ou rester" : il sera là où il doit être, là où il est né, là seulement où l'on peut être heureux. Un livre bouleversant où l’angoisse de la vocation personnelle rejoint celle de l’Occident jusqu’à celle des Evangélistes désignés à être des « pêcheurs d’hommes »….
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2017
4 février 2018
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« Lettre à une trop jeune morte » par Roger Bichelberger
Editions : Albin Michel
Parution : 1er Février
130 pages
Cette histoire est celle de Foulque Nerra, comte d’Anjou, que Roger Bichelberger relate avec une grande précision historique dans un très beau style épistolaire tout à fait approprié à ce Haut Moyen-Age où le chevalier est encore loin de l’Honnête Homme de la Renaissance. Dans les années 1000, Foulque Nerra n’a ni la modération ni la noblesse du cœur et de l’esprit. Il aime la guerre, court après les victoires pour défendre et agrandir son royaume d’Anjou, n’hésite pas à faire couler le sang sur les terres d’Eudes de Blois son rival, avant de rentrer chez lui avec l’espoir d’engendrer un fils. Et comme le sort ne lui donne pas ce qu’il escompte, le démon l’emporte dans l’abîme de la haine. Foulque Nerra aura beau multiplier les pèlerinages à Jérusalem, construire des églises pour se faire pardonner sa cruauté, rien n’y fera. Un magnifique soliloque adressé à une épouse plus que mal traitée sera le seul moyen de s’absoudre. C’est ce que l’auteur réalise à merveille, conscient comme le chevalier que seul un grand amour peut pardonner l’impardonnable…
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2018
3 février 2018
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Editions : Intervalles
Parution : Janvier 2017
277 pages
22 €
Le sujet n'est pas nouveau. Déjà Saint-Exupéry rappelait le nombre de morts pour la construction d'un seul pont. Bill Carter avec toute l'habileté d'un journaliste sait apitoyer ses lecteurs non seulement sur les désastres écologiques des mines de cuivre, mais plus encore sur la fracture morale qui déchire les partisans du progrès et ceux de la sauvegarde d'une nature vierge. Il présente son livre comme une enquête personnelle mais force est de constater que son introduction contient déjà la conclusion, confirmée par la pesse d'aujourd'hui: à l'heure des nouvelles technologies, c'est le cuivre qui gère le monde. Habitant Bisbee, ancienne ville minière de l'Arizona dont l'exploitation du cuivre est arrêtée depuis plus de vingt ans mais où il est question d'une éventuelle réouverture, il a le malheur de constater que son potager est encore dangereusement pollué. Alors l'auteur décide non seulement de se rendre sur le "Triangle gris" d'Amérique mais d'étendre son enquête à l'échelle mondiale afin de dénoncer le règne d'un métal que les hommes exploitent depuis des siècles. Livre bouleversant qui ne doit pas faire oublier au lecteur la vision unilatérale qui, sous couvert d'humanisme, est trop souvent au service de fins politiques. B.C.D.
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3 février 2018
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Editions : La Table Ronde
Parution : Janvier 2018
230 pages
20€
Qui, après les beaux versets de Charles Péguy, peut oser approcher davantage le cœur de Jeanne d'Arc? Le style magnifique de Michel Bernard parvient à incarner cette femme avec la même force que celle-ci déploya pour délivrer Orléans et la même impuissance qu'elle ressentit devant Compiègne. Il fait cas de sa piété qui justifie son obéissance aux voix divines, stimule son fervent patriotisme, révèle sa force de persuasion et s'incarne dans son courage. L'histoire de cette bergère des bords de Meuse dépassant l'entendement actuel, Michel Bernard déploie alors tous ses talents d historien, en contant jour après jour, avec maints détails, le déroulement des batailles sous le blanc étendard déployé de Jeanne jusqu'à son emprisonnement. Car c'est Paris que voulait reconquérir Jeanne, ces Parisiens qui avaient préféré les Anglais aux partisans Armagnac, et c'est Paris qui perdra la bergère. Michel Bernard rend cette guerrière des plus humaines, têtue mais vertueuse, autoritaire mais vaincue, prisonnière brûlée comme une sorcière hérétique alors qu'elle n'implorait sur le bûcher que le nom de Jésus. Cet hommage rendu à Jeanne d'Arc montre que l'Histoire a un sens, celui que la foi veut bien lui donner. BCD
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2018
21 janvier 2018
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« Les vestiges du jour » par Kazuo Ishiguro
Editions : Folio
Parution : Novembre 2017
339 pages
L'auteur de ce roman, qui a été tourné en film peu de temps après sa parution, a attendu près de trente ans pour recevoir le prix Nobel de littérature. Pourtant le récit de Sir Stevens, un majordome devoué, va au-delà d'un pastiche des mœurs britanniques. Six jours d’escapade dans la campagne anglaise suffisent à celui-ci pour comprendre un passé où son sens du devoir poussé à l’extrême a sans doute porté tort à son bonheur, mais point à son honneur. Certes son dévouement pour Lord Darlington l’a rendu aveugle sur les évènements insidieux qui suivirent le traité de Versailles. Cette loyauté n'est-elle pas justifiée par la probité d'un Lord qui lui-même se laisse un temps abuser, puis reconnaît ses erreurs et s'empresse de convoquer Churchill dans son manoir après y avoir reçu des " anges noirs" et autres personnalités telles que Lord Halifax, Keynes et Ribbentrop? Si Sir Stevens a fermé les yeux sur des situations douloureuses et même sur des instants de bonheur, il perçoit grâce à ce petit voyage dans le Somerset un monde nouveau: les temps sont révolus où la position sociale ne permet pas de s’exprimer. Mais la loyauté est pérenne et rend émouvante la candeur de Sir Stevens qui, comme son propre père le lui avait appris, met toute sa dignité à remplir humblement sa tâche, quitte à oublier de badiner et d’aimer...
B.C.D.
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2017
17 janvier 2018
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« Caractériel » par Denis Tillinac
Editions : Albin Michel
Parution : Décembre 2017
174 pages
15 €
Les souvenirs de jeunesse en littérature ne sont pas morts avec Jean d'Ormesson. Denis Tillinac prend la relève en entremêlant humour et nostalgie, autodérision et remords. Cette vraisemblable autobiographie reflète le romantisme d'une génération, certes choyée, mais souffrante d'une éducation rigoureuse justifiée par les deux guerres qui l'avaient précédée. Caractériel ou névrosé, tels furent les qualificatifs attribués par les psychologues à cet enfant qui faisait le désespoir d’une mère trop anxieuse. En fait celui- ci avait pour seul défaut un amour incommensurable de la vie que ses nerfs ne parvenaient pas à maîtriser. Semblable au Parisien d'aujourd'hui qui ne se confond pas en mondanités, l’enfant voulait échapper à toute discipline et ne trouvait son bonheur que dans la campagne de ses aïeux, persuadé de pouvoir élucider dans cet eldorado tous les mystères du monde. Sa profonde sensibilité, toujours dissimulée derrière une brutalité apparente, transperce ce roman du début à la fin. Dorénavant le lecteur ne sera plus dupe de la jovialité de Denis Tillinac : il saura que derrière l’écrivain se cache un peintre que seules apaisent les couleurs de la Corrèze.
B.C.D.
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2017
8 janvier 2018
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Editions : Philippe Rey
Parution : Octobre 2017
122 pages
29 €
Si dans le film « Des hommes et des dieux » Michael Lonsdale représente un saint homme, dans son dernier livre c’est un mage que l’on découvre, plein de sagesse et de générosité. Comme pour apaiser l’angoisse humaine, il offre un recueil de textes consacrés à la Vierge Marie, tous écrits par des grands écrivains, de Dante à Victor Hugo, de Rilke à Jean-Paul Sartre, chacun d’eux illustré par un tableau célèbre, de Bellini à Gustave Moreau. Ce n’est pas la reine toute puissante des cieux couronnée d’étoiles qu’il nous présente, mais celle qui est pureté et douceur maternelle, contemplatrice de la création, consolatrice de tous les maux, souffrante mais pleine d’espérance comme celles qui croient en leur destinée. Plus encore que la beauté des peintures et la diversité des auteurs, ce qui touche le plus dans ce livre c’est la modestie de Michael Lonsdale avec laquelle il apporte sa petite touche personnelle. Il attribue un titre plein de poésie à chacun des extraits, il commente le rapport entre la peinture et le texte choisi avec une immense humilité, soucieux de ne rien imposer mais d’ouvrir les yeux à ceux qui ne voient pas le Salut. Car si Marie accepte la visitation, pleure au pied de la croix, elle est aussi toute la joie dont Dieu s’est servi pour descendre jusqu’à nous, nous faire aimer la vie et en défaire les nœuds avec sa patience …
B.C.D.
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2017