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15 avril 2018 7 15 /04 /avril /2018 15:20
« Pour un peuple d’oiseaux »   par Sarah Oling

Les Editions Abordables

Parution : Janvier 2018                                              

124 pages

17,90 €

 

Ce livre est le récit d’une mémoire,  un conte à rebours hanté par  des souvenirs qui ne sont  rien d’autre que le souffle de ceux qui ont disparu. Pourquoi Yann Holdman, vieux maesto célèbre sorti miraculeusement d’un camp nazi, l’adresse-t-il aux oiseaux, à des passants inconnus, jusqu’à se faire passer pour fou ? Car il faut que le monde sache pourquoi il a fui sa sœur, refusé les honneurs d’une grande carrière de chef d’orchestre,  protégé Marthe la pianiste  qui a perdu la raison après que l’usage de ses mains et l’amour de son fils lui aient été ôtés. Et si Léah qui l’aime  court le monde sans jamais trouver la paix, ce n’est pas de sa faute  à lui, mais à ce temps cruel où tout était souffrance, cris et désespoir. Alors, au seuil de sa mort, Yann se plonge dans les lettres jaunies du passé, il les relit à haute voix, les disperse au vent comme des notes de musique. Car l’âme juive ne négocie pas avec le diable. Et s’il a le sentiment d’avoir fauté vis à vis d’êtres chers, c’était au nom de la musique.  Mais quelle est cette erreur qui le ronge jusqu’à la mort?  Le talent de Sarah Oling va permettre de rétablir la réputation de ce grand musicien en révélant des lettres confidentielles qui mettent fin aux malentendus  d’une famille victime des « jours de cendres ». La beauté de l’écriture fait ici écho à  la musique, celle d’un compositeur qui s’est tu mais qui « croit encore en l’infinie  bonté de l’homme."  Car, comme le dit l’auteur, « au-delà des mots il y a l’envol des intentions ; ainsi  le miracle peut advenir, celui d’une possible espérance en des temps nouveaux ».

B.C.D.

 

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13 avril 2018 5 13 /04 /avril /2018 09:19
« Vers la beauté »  par David Foenkinos

 

Editions : Gallimard

Parution : Février 2018

222 pages

19 €

 

Les anti-héros de D. Foenkinos se ressemblent toujours un peu. Mais au-delà du suspense et de  l’humour  qui annoncent innocemment une tragédie, le lecteur est retenu par une fresque  intéressante de personnages. Pourquoi Antoine Duris, passionnant professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de Lyon, décide-t-il subitement d’être un simple gardien d’expositions au Musée d’Orsay ? Dans un premier temps  son autodérision   fait espérer  un remède à sa mélancolie. Mais est-ce vraiment au spleen que celui-ci veut échapper ? De même la profonde dépression de Camille sera-t-elle élucidée par son entourage avant qu’il ne soit trop tard ?  La société elle-même ne serait-elle pas responsable du mal-être général de chacun des protagonistes? Car, désespérante par ses faux-semblants, elle finit par semer  le doute chez les uns,  causer de graves déséquilibres psychologiques  chez d’autres,  en un mot elle dissimule la fragilité de la nature humaine autant que la perversité, alors qu’elle devrait les révéler au grand jour. Dire tout haut ce que tout le monde pense tout bas,  opter pour survivre par l’art  plutôt  que mourir, tel semble le message urgent de ce roman aussi  bouleversant que réaliste.

B.C.D.

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11 avril 2018 3 11 /04 /avril /2018 08:27
« Les corps fragiles » par Isabelle Kauffmann

 

Editions : LePassage

Parution : Septembre 2017

138 pages

15 €

 

 

Toute vie est un roman et celle de Marie-Antoinette, arrivée à Lyon dans les années 50 pour faire ses études d’infirmière, inspira Isabelle Kauffmann, elle-même médecin et écrivain. Sans doute  une ressemblance  entre les deux femmes est à l’origine de cette biographie, car du très beau style de l’auteur émerge une telle fusion avec  son héroïne que le lecteur  pourrait bien les confondre. Ces deux soignantes ont la même sensibilité devant  la souffrance, la même volonté de soulager si ce n’est de guérir et de transmettre leur confiance en la vie. Forte de son énergie et de son esprit d’indépendance Marie-Antoinette abandonna  son statut d’hospitalière pour devenir une des premières infirmières  libérales de Lyon, consciente que la misère morale qui accompagne la maladie n’était pas exclusivement concentrée dans les hôpitaux. Isabelle Kauffmann la présente dans toute son  humanité, depuis sa tendre enfance dans la campagne au sein d’une nombreuse fratrie à laquelle elle doit cet « équilibre fondateur » jusqu’à ses éprouvantes tâches professionnelles. Rien n’est inventé, le lecteur retrouve l’ambiance des hôpitaux lyonnais, les religieuses à cornettes aussi dévouées qu’endurcies, les grands pontes en chirurgie  qui drainèrent à Lyon toute une clientèle internationale et  ce grand vide à combler entre les guérisseurs et « les corps fragiles ».  Marie-Antoinette met un nom sur chacun de ses patients, comme si l’auteur ressentait la nécessité d’humaniser toujours davantage une médecine de plus en plus technologique.

 

B.C.D.

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7 avril 2018 6 07 /04 /avril /2018 12:16
 « Enfin le royaume » par François Cheng

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Février 2018

152 pages

15 €

Un quatrain par page entremêle mélancolie et espoir. La beauté de la  terre semble si grande qu’elle finit par surpasser la misère humaine. Contrairement à l’idée commune qu’il faut lire la poésie de François Cheng   lentement  avec  multiples pauses et arrêts pour mieux y revenir et assimiler son contenu, ce recueil se laisse  engloutir à toute allure. Le lecteur veut  savoir l’issue, car  si son contenu ressemble à l’aspect chétif et fragile de son auteur,  il s’en dégage un souffle fort, celui de la création continue. C’est de la nuit que jaillit la lumière, de la peur que se révèle le vrai, de la chair corrompue que renaît ce qui s’est tu, du silence que s’élève le chant. Même l’automne sur sa fin  ravive les couleurs de l’été. Les contraires s’appellent, s’attirent, se complètent. Telle est la vie qui fait que  l’âme se découvre  quand l’autre est écouté. Point de révélation sans se perdre, sans douceur point de survie. Mais F. Cheng ne se limite pas à l’infini de l’horizontalité. Il gravit la transcendance en surmontant le vide et les ténèbres. Alors il prend conscience des beautés éphémères de la vie, des solitudes communes,  des adieux qui ne sont que des au-revoirs. Il conçoit la mort  comme unique passage du don à l’abandon. « C’est là l’unique aventure »… B.C.D.

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6 avril 2018 5 06 /04 /avril /2018 07:13
« Massacre des Innocents » par Marc Biancarelli

 

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Janvier 2018

290 pages

21€

 

C’est une véritable description apocalyptique où sont réunies les pires horreurs, une descente aux enfers parfaitement décrite dans un style dépourvu de toute fioriture pour aller droit au but : le massacre des Innocents tel qu’il apparaît sur le magnifique tableau de Cornelis Van Haarlem et qui inspire le personnage démoniaque de ce roman, l’homonyme Jeronymus Cornelisz. L’histoire commence avec un fait historique, le naufrage, au large de l’Australie, du Batavia, bateau marchand  hollandais du XVIIème siècle. Le protagoniste Cornelisz, miraculeusement rescapé va prendre les rennes du pouvoir sur l’île du Cimetière  et comme tout prédateur va éliminer ceux qui portent ombrage à son esprit de domination. Ainsi Marc Biancarelli  dépeint toutes  les attitudes humaines,  celles capables de retourner à l’état d’animalité comme celles prêtes au sacrifice. Sans  la voix de Creesje qui rappelle à l’être déchu l’existence d’une « étincelle divine » et lui souffle des paroles de paix, sans le courage de Weybbe le guerrier éduqué dès sa tendre enfance à refuser la domination de tyrans  et à ériger des remparts inexpugnables, le livre serait insoutenable. Au-delà de cette éternelle allégorie du combat entre les forces du bien et du mal, l’auteur  laisse  un précieux message, un appel à résister, à ne jamais se soumettre, à être lucide avant qu’il ne soit trop tard : « Toi t’es un assassin, t’avais le choix, mais moi je suis jeune, on m’a forcé » : histoire malheureusement  universelle de  la liberté bafouée, vilipendée…

B.C.D.

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28 mars 2018 3 28 /03 /mars /2018 12:34
« La première nuit »   par Ghislain Loustalot

« La première nuit »   par Ghislain Loustalot

 

Editions : JC Lattès

Parution : Janvier 2018

284 pages

18 €

 

 Milan, « inapte au bonheur » se noie dans l’alcool. Le même soir sonnent chez lui son jeune fils Théo  et  son vieux père Emilien, tout aussi malheureux l’un que l’autre pour des raisons familiales.  Grâce à cette intrusion Milan va devoir réagir. Il ne restera pas inerte comme cette mouche jonchée sur le dos  qui lui renvoyait sa propre image. L’enfer n’est pas les autres, même si dans un premier temps éclate une colère qui va jusqu’à la violence et une haine apparente. Ce  trio d’hommes croit au bonheur, mais  comme trois adolescents  torturés de ne pas le posséder. Hantés par l’obsession de l’abandon sous toutes ses formes, le rejet d’une mère comme le départ d’une femme ou la fugue d’un fils,  leur tourment est d’autant plus profond que  le lien du sang existe. Ce sont les maladresses et les incompréhensions qui  incitent à la révolte, au refus de pardonner, à la confusion entre la promesse du secret et le remords du non-dit. Ce huis-clos familial deviendra-t-il  un terrain d’entente ? Les lois de l’hérédité finiront-elles par faire éclater de rire les trois anti-héros pour leur première nuit ensemble ? Le réalisme pathétique de ce roman devant la déliquescence de la famille peut être considéré comme une tentative de réconciliation, quand la lucidité des faiblesses de chacun devient moteur du pardon, transmission de la confiance dans un destin qui rassemble…B.C.D.

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20 mars 2018 2 20 /03 /mars /2018 17:27
« Retour à Séfarad » par Pierre Assouline

 

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2017

426 pages

22 €

 

Pour Pierre Assouline « dans toute vie, l’identité est centrale ». Son dernier livre, à la fois roman, plaidoirie, document historique, essai philosophique, le démontre parfaitement avec un mélange de tonalités qui  va de l’humour au tragique, du réalisme au poétique. L’auteur part d’un fait historique précis qui rejoint son cas personnel : en 2015 Sa Majesté  Felipe V rappelle en Espagne  les  Séfarades du monde entier  expulsés de son pays  en 1492. Sans hésitation P. Assouline  s’inscrit à l’Institut Cervantes de Paris avant  de partir sur la terre de ses ancêtres  car « le vrai tombeau des morts est le cœur des vivants ». Là il voyage  au gré d’une  providence qui lui fait découvrir que le récit national va au-delà des évènements, que l’identité personnelle  ne doit pas rester figée et après avoir réconcilié les deux Espagne en lui-même, la catholique et la révolutionnaire, la traditionnelle et la moderne, il ne se sent  « ni français, ni espagnol, ni juif, ni séfarade » mais un humain comme les autres, qui pense à ses morts, exècre les extrémistes sans réfuter le nationalisme. Alors peu importe si la lenteur de l’administration tarde à lui  délivrer  ce  que  les Catalans eux-mêmes rejettent ! Malgré le sérieux du sujet, P. Assouline parvient à capter notre attention par mille détails vivants jusqu’à rapprocher Thérèse d’Avila de Fanny Ardant et à nous faire croire que sa grand-mère dansât au bras de Franco!  Sans doute est-ce pour oublier que de nos jours  l’antisémitisme existe encore, mais que la réconciliation est toujours possible…

B.C.D.

 

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14 mars 2018 3 14 /03 /mars /2018 22:03
« Christopher NOLAN, la possibilité d’un monde meilleur » par Timothée Gérardin

 

 

 

Editions : Playlist Society

Parution : Mars 2018

113 pages

14 €

 

Pas besoin d’être cinéphile pour apprécier ce livre de Timothée Gérardin qui a tout d’une critique littéraire de haut niveau. Celui-ci parvient à analyser les différents films de Christopher Nolan avec une subtilité et une justesse dans la précision de l’analyse  qui en font des œuvres d’art à part entière. Il   donne envie  de revoir les films pour mieux  y  déceler les contradictions des personnages, les narrations inversées, les clichés représentatifs du morcellement de l’existence. Christopher Nolan met à jour des procédés artistiques  dont la simplicité trop souvent  méprisée donne aux thèmes toute leur profondeur : récurrence d’images,    voix-off,  contrastes, effets de miroir, stimulations sonores, scénarios réversibles, dualité des personnages...  Le titre de ce livre est à lui seul très parlant. Il ouvre un horizon nouveau, non seulement d’un point de vue cinématographique, mais philosophique. Car ce qui importe à T. Gérardin c’est le regard que Christopher Nolan porte  sur de simples objets, « vecteurs d’illusion et de désillusion », capables « de former des mondes ou de les défaire ».  Le cinéaste devient prestidigitateur, il mélange des genres, met en scène des artefacts tout en étant capable d’être réaliste et même politique. « Poursuivre des réalités plutôt que des rêves » tel est son procédé, donnant ainsi  au 7ème Art une dimension inespérée…

B.C.D.

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13 mars 2018 2 13 /03 /mars /2018 20:44
« Hauts-fonds » par Dov LYNCH

 

 

Editions du Seuil

Parution : Février 2018

190 pages

17 €

 En décembre 1945 Vienne est libérée par les Alliés et les Soviétiques et, comme à Berlin, elle en est démembrée. Ennemi des nazis,  proie des communistes, suspecté de double jeu  par un policier américain, Klem est un Autrichien  traqué de toutes parts.  Subissant la guerre plus qu’il ne le voudrait, il  trouve néanmoins dans ses « hauts-fonds », qui ne sont autres que le subconscient d’un homme bon,  la force de survivre et de sauver ceux qui sont sur son chemin. Le récit est embrouillé comme la vie elle-même de Klem qui ne sait pas toujours où il va, ayant du mal à comprendre les méandres des évènements politiques. S’il lui arrive d’oublier la raison de ses actions, il reste fidèle à lui-même. Son seul but  est la survie, celle des autres comme la sienne. Alors ses réponses aux questions  plutôt fourbes de l’enquêteur sont laconiques. Le passé est ineffaçable,  l’homme est  brisé et n'a plus de force pour discerner la trahison, se défendre et aimer… Livre qui replonge le lecteur dans une triste période d’idéologies criminelles.

B.C.D

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6 mars 2018 2 06 /03 /mars /2018 12:09
"Et moi, je vis toujours" par Jean d'Ormesson

Editions : Gallimard
Parution: Décembre 2017
280 pages
19 €


Le livre posthume de J. d'Ormesson n'est pas dénudé d'intérêt. On y retrouve l'homme cultivé, avide de la vie, curieux de l'histoire de l'univers, passionné des lettres, conscient de la fin inéluctable de toute chose et de la nécessité d'une promesse. Etre en osmose avec l'humanité , rappeler le prix du sang versé pour parvenir à notre civilisation, tel est son objectif. Alors il traverse  le temps et l'espace, tous les maux et bonheurs, accompagnant princes ou sages, démons ou bandits, aventuriers ou prédicateurs. Car ce sont les hommes avec leur liberté qui font l'Histoire. Ainsi,dès  la découverte du Nouveau Monde  comme de l'imprimerie de Gutenberg, sont lancées les prémisses d'une culture démocratique universelle où  artistes et philosophes  sont le sel de la terre, bien plus précieux  que les conquérants. C'est grâce à ses auteurs que la France  a atteint le premier rang dans le monde et J. d' Ormesson peint chacun d'eux avec une telle connaissance  qu'il finit par se confondre sans le moindre scrupule   avec leurs héros. Jusqu'au bout il séduit par sa vivacité habituelle, sans tristesse apparente.Avec beaucoup d humour, il continue sans cesse à remonter le temps en tout sens, sans pouvoir s'arrêter jusqu'à explorer le ciel, découvrir Dieu  dont "il est impossible  de parler ", alors il se tait à jamais. Ce livre révèle indéniablement la  passion de l'auteur pour  le monde qu'il veut   embrasser une dernière fois avant de le quitter. Plein de fantaisie et d'amour de la vie, il mérite d'être lu. 
B.C.D.

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