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9 octobre 2018 2 09 /10 /octobre /2018 08:24
«  A son image »  par Jérôme Ferrari

«  A son image »  par Jérôme Ferrari

 

Editions : Actes Sud

Parution : Août 2018

220 pages

19€

 

 

 

Reporter de guerre avant d’être écrivain, J. Ferrari  fait de  la photo le centre de son roman comme Antonia photographe en fait le centre de sa vie. Tous deux sont passionnés par la capture de l’instant, mais obsédés aussi  car  les conséquences de la photo fixent l’image à tout jamais. Dès sa jeunesse  Antonia  ne quitta plus son appareil, non pas  pour capter les fleurs et les animaux de sa Corse natale, mais des visages d’hommes, comme  celui horrifié  d’une femme encerclée par un incendie, au grand dam de ses parents. Et  là est le cœur  du livre. Pour gagner sa vie Antonia ne peut se résoudre à être   simple photographe des fêtes de village. Comme le jeune prêtre chargé des obsèques de sa nièce est partagé entre un rituel liturgique et un débordement  d’émotions  bien légitimes, Antonia est déçue par l’attitude de ses amis d’enfance,  indépendantistes cagoulés qui jouent aux héros. Alors, lasse de tant de faux-semblants,  elle part « couvrir » la guerre dans les Balkans. Mais pourquoi ne  divulguera-t-elle jamais ses reportages ?  Telle est la question soulevée par J. Ferrari. Comme la liturgie ne fait qu’un avec le prêtre, la photo est  indissociable du photographe. En découvrant les horreurs des bourreaux,  Antonia, la révoltée qui n’avait pas la foi, découvre le sacré dans la victime de guerre. Alors elle se tait à tout jamais …Livre intéressant où l’esprit torturé de l’auteur finit par reconnaître la supériorité du silence à l'expression désordonnée des sentiments!

 

B.C.D.

 

 

 

 

 

 

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3 octobre 2018 3 03 /10 /octobre /2018 15:02
« Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu » par Boualem Sansal

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« Le train d’Erlingen ou La métamorphose de Dieu » par Boualem Sansal

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2018

248 pages

20 €

Prendre des jumelles pour  distinguer la réalité du fantasmagorique, tels sont les conseils de B. Sansal qui met en scène deux  femmes, Elisabeth Potier professeur à la retraite,  victime d’une attaque  islamiste en 2015 en  Seine-Saint-Denis  et la baronne allemande Ute  von  Ebert qui, pour évacuer les habitants d’Erlingen assiégée, attend le train promis par un gouvernement incapable. Elisabeth se confond avec cette femme esseulée, impuissante devant les envahisseurs. C’est l’histoire universelle qui resurgit : l’ennemi a toujours existé, mais au lieu d’être à l’extérieur comme autrefois, il s’insinue à l’intérieur, se nourrit d’idéologies, fait de nous des êtres  assujettis, écrasés de peur . Selon B. Sansal les invasions comme les religions  d'hier et d’aujourd’hui sont une réalité cruelle qui contraste avec la  mansuétude inefficace  de la baronne ruinée comme celle du professeur agressée. En construisant son livre  avec l’anachronisme d’un rêve où toutes les empreintes du subconscient jaillissent impétueusement, l’auteur  réveille les consciences pour rompre avec la fatalité. Les hommes sont toujours pareils, ce sont les dieux qui changent, là est la métamorphose. Aux hommes de se métamorphoser  à leur tour en quittant les fantasmes de la civilisation moderne ! La solution  de B. Sansal laisse le lecteur sceptique, son style irascible accentuant l’éternelle menace qui plane sur la planète…

B.C.D.

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26 septembre 2018 3 26 /09 /septembre /2018 12:41
« Quatre-vingt-dix secondes »  par Daniel Picouly

« Quatre-vingt-dix secondes »  par Daniel Picouly

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2018

265 pages

19,50 €

Le 8 mai 1902 le cratère de la  Montagne Pelée se réveille et  détruit  la ville de Saint-Pierre en  Martinique en emportant ses  30000habitants. Ce sont  les heures qui précédèrent cette catastrophe que fait revivre Daniel Picouly en prêtant sa voix au volcan. Celui-ci gronde et menace  de couler, car personne ne l’écoute ni ne le regarde.  La perle des Caraïbes, le  Paris des Antilles  n’a jamais autant flamboyé de beauté mais sa  frivolité lui fait oublier de lever les yeux sur le cratère surplombant.  Daniel Picouly ressuscite avec magie ce lieu paradisiaque, ses rues commerçantes au parfum de rhum,  les abords de la Roxelane  où les lavandières s’amusent des inconvenances des hommes, le  Jardin Botanique qui dissimule les sentiments  les plus purs comme les plus vils. Car les tueurs à gages ne manquent pas sur cette île où la moindre aversion  pour une couleur de peau, des amours de porcelaine ou des rivalités politiques retient plus l’attention que la colère de Dame Nature ou de l’esclave libéré mais sans nom. Livre qui laisse les hommes abandonnés à eux-mêmes, avec pour seul recours, non pas la compréhension du savoir, mais le miracle enraciné. Livre prophétique diront les uns,  ou alarmiste  diront les autres, en tout cas magnifique …  B.C.D.

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 17:54
« Mausolée »  par Rouja Lazarova

« Mausolée »  par Rouja Lazarova

 

Editions : Flammarion

Parution : 2009

331 pages

19 €

 En 1944, aimer un artiste  insoumis  au régime communiste bulgare  est la pire des erreurs et si  Gaby ne se remet jamais de la mystérieuse disparition de ce musicien tant aimé, son courage  et sa lucidité  seront transmis à sa fille Roda et sa petite-fille Milena.  L’histoire de ces trois femmes résume l’oppression des apparatchiks communistes sur trois générations. Le récit commence à la 3ème personne pour petit à petit adopter le « je» condamné dans ce pays où  l’individu est non seulement privé  de ses droits civiques mais  de sa conscience personnelle. Une fois le communisme tombé, les mêmes apparatchiks tournent leur veste, optent pour un capitalisme sauvage et s’enrichissent  au détriment du peuple. Mais l’âme bulgare vibre encore dans la famille de Gaby. Elle a  su résister au Parti, au  mensonge, à la délation. Elle sait encore résister à la révolution matérialiste et sexuelle des années 90.  Si la décomposition du corps embaumé de Dimitrov, poulain bulgare de Staline, prophétisait l’effritement du communisme pour la petite-fille, la difficile destruction de son mausolée de granite symbolise pour sa grand-mère l’impossible oubli de ce demi-siècle d’horreurs. Roman  magnifique qui illustre bien les ouvrages de Soljenitsyne dont le leitmotiv était  « Vivez sans mensonge ».

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20 septembre 2018 4 20 /09 /septembre /2018 17:46
"La loi de la mer" par Davide Enia

« La loi de la mer » par Davide Enia

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2018

225 pages

18 €

 

Les appels de détresse ne sont jamais les mêmes et si la loi de la mer est celle du sauvetage impératif, Davide Enia  a vite fait de comprendre qu’il en est de même sur terre. Plusieurs  séjours à Lampedusa lui permettent  de mesurer le courage  des secouristes,  la générosité  des habitants de l’île et le désarroi des rescapés.  Car en mer, la question ne se pose pas, on porte secours. Alors le livre comporte une succession de témoignages, où le style authentique de l’auteur permet de vivre en direct le bonheur  des sauveteurs quand ils parviennent à sortir des vivants des flots, le traumatisme des plongeurs en bas-fonds à la vue de monticules de cadavres transformés en éponges, l’accueil des insulaires impuissants  face à tant de misère.  Mais David Enia ne s’arrête pas là.  Car ce compte-rendu de Lampedusa, il le doit à son vieil oncle bien aimé qui ne veut pas mourir sans l’avoir lu. Alors l’écrivain s’empresse de rapprocher les vieux frères, de dépeindre cette infortune commune à toute l’humanité d’où se dégage un sentiment indéniable, celui de la détresse inévitable d’où naît la solidarité humaine.

 

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13 septembre 2018 4 13 /09 /septembre /2018 12:32
« Un monde à portée de main » par Maylis de Kerangal

« Un monde à portée de main » par Maylis de Kerangal

 

Editions : Verticales

Parution : Juin 2018

285 pages

20 €

 

De même que Maylis de Kerangal ne se satisfait pas d’être un simple romancier de fiction, Paula ne se contentera pas d’être un simple peintre faussaire. Et pourtant c’est délibérément que celle-ci entra à l’Institut de peinture de décor de Bruxelles. Sa  décision était toute justifiée, son  manque d’assurance en elle l’incitait à préférer les   techniques du trompe-l’œil à son inspiration personnelle. Mais bien vite le brillant Jonas lui fait  découvrir qu’au delà de la justesse théorique de la technique et des connaissances livresques, il y a le vrai, le vivant. Les carrières de pierre lui apprennent l’histoire de la formation du sol, la statue égyptienne Khâ exposée au musée de Turin lui révèle l’âme du passé et  la nature elle-même offre, à qui sait voir, tous les pigments de couleur  indispensables au peintre.   C’est ainsi  que l’écriture volubile de Maylis de Kerangal  se nourrit allègrement  de noms savants, scientifiques ou géologiques,  pour alimenter sa plume et  remplir des pages entières  avec une seule et même  phrase. Elle transporte sans scrupule le lecteur des ateliers cinématographiques de Rome  aux profondeurs des grottes de Lascaux pour laisser  place à  une prise de conscience de l’impact du temps sur les hommes. Alors si le livre a d’indéniables longueurs pour le lecteur, celles-ci correspondent à la lente transformation de Paula, malheureuse à Bruxelles, mais combien heureuse à Montignac sur Vézère…

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2 septembre 2018 7 02 /09 /septembre /2018 16:28
"INDIVIDU" par RAYMOND MAURIAC

« Individu » par RAYMOND MAURIAC

 

Editions : Le Festin

Parution : Avril 2018

141 pages

15 €

 

 

Ce livre paru en 1933 sous le pseudonyme  de Reymond Housilane, alias Raymond Mauriac, est resté dans l’ombre de ceux  de son frère cadet  François Mauriac, mais demeure éclatant de modernité. Sans doute est-ce la raison pour laquelle il a été  non seulement  réédité cette année mais a inspiré une biographie romancée à Patrick Rödel. L’anti-héros du nom de Tiburce Lacombreyres  n’est rien d’autre qu’un homme incapable d’aimer et d’être heureux. Certes il a eu quelques sentiments pour son ami d’enfance trop vite disparu et cette vieille bonne fidèle toute sa vie durant. Est-ce la mort prématurée de celui-là qui le révolta  ou la servilité de celle-ci, l’autoritarisme des uns ou  le puritanisme des autres, ou l’attachement de femmes qui entravaient son esprit d’indépendance? Tiburce finit par ne supporter plus rien ni  personne, que ce soit la  soumission des pauvres, la révolte des prolétaires, l’addiction des bourgeois à  la richesse,  et l’esprit dispendieux de l’Etat avec l’argent des autres. Et si ce roman n’était autre qu’un plaidoyer, un rappel à la justice divine qui se moque du pleutre conformisme et  des étiquettes toutes faites ? Car la philosophie  des frères   Mauriac ne répond pas à l’adage de J-P Sartre « l’enfer c’est les autres », mais plutôt à cette course à l’amour que seule une foi incarnée peut procurer.  Laisser tomber son enveloppe d’ « individu » pour devenir une personne  unique n’est possible que par  « amour de l’amour », comme l’indique le titre de l’autre roman resté dans l’ombre  de ce même auteur…B.C.D.

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1 septembre 2018 6 01 /09 /septembre /2018 10:44
« Un automne à Kyôto »  par Corinne ATLAN

« Un automne à Kyôto »  par Corinne ATLAN

 

 

Editions : Albin Michel

Parution :  Septembre  2018

295 pages

18 €

 

C’est  avec une grande  sensibilité poétique  que l’auteure dépeint  Kyôto, avec ses  temples bouddhistes recouverts de mousse et ses dédales de ruelles à la fois animées et énigmatique. La culture japonaise  l’invite à saisir sur le vif la réalité, non par des concepts intellectuels mais par une émotivité réceptive. Ainsi elle adhère à cette esthétique qui insiste à saisir  le fugitif et à l’intégrer au permanent. Peu importe si c’est le sacré  qui se revivifie au contact du   profane ou si c’est l’inverse, mais à la lecture de ce livre la vanité humaine  est balayée par une humilité sans bornes où les rites, loin d’être ridiculisés comme en Occident, reflètent un sentiment d’universalité. Car l’impermanence de « l’in-stant » est quelque chose d’erroné,  l’étymologie de ce mot « ce qui se tient ici » ne pouvant ignorer  l’importance de l’enracinement, des souvenirs et de l’éternel retour. Livre magnifique où Kannon, la déesse de la compassion, console de la friabilité universelle, y compris celle des statues de Bouddha et des maisons proprettes qui laissent place aux promoteurs immobiliers . Bienvenue à Kyôto tant qu'il est encore temps...… B.C.D.

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29 août 2018 3 29 /08 /août /2018 08:46
"Les crayons de couleur" par J-G Causse

« Les crayons de couleur » par Jean-Gabriel CAUSSE

 

 Editions : J’ai lu

311 pages 

7,20 €

 

Où veut en venir l’auteur avec  la disparition des couleurs sur notre planète qui devient toute grise ? Le monde panique et perd espoir. Sauf Charlotte, une spécialiste en neurosciences, qui a toujours su chanter les couleurs malgré sa cécité. Alors le jour où   tout le monde panique, elle prête  non seulement sa voix à une émission de radio mais toute sa sensibilité poétique qui fait la beauté de l’ouvrage. Car le livre de J-G se veut des plus prosaïques,  Arthur, son héros, fait peine.  Alcoolique, chômeur, il trouve du travail juste quand l’usine de crayons de couleur qui l’embauche doit fermer. Mais quand on a la présence d’esprit de faire des réserves de bonheur, on peut redonner au monde sa couleur. Livre qui montre combien l’uniformité de l’existence et la fadeur du conformisme peuvent  ternir la nature humaine jusqu’au fin fond de l’âme. Seule l’imagination créatrice est salvatrice et communicative pour ne pas dire contagieuse ! Seules les couleurs dynamisent l’humanité, mais pourront-elles revenir ? Alors le lecteur au lieu de s’enfoncer dans le noir retrouve son énergie à poursuivre ce livre au fur et à mesure qu’il voit apparaître la moindre lueur de couleur… B.C.D.

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20 août 2018 1 20 /08 /août /2018 09:23
« Fief » par David LOPEZ

« Fief » par David LOPEZ

 

 

Editions : Seuil

Parution : Août 2017

252 pages

17,50 €

 

Ce livre a été qualifié de « poésie de l’existence ». Il mériterait plutôt celui de « poésie du désespoir ». Ce qui est certain c’est qu’il n’est pas à mettre entre toutes les mains, pas dans celles des amateurs de littérature académique et encore moins dans celles de jeunes sans références.  Le Fief n’est autre que  la propriété de ceux qui ne possèdent rien, sauf l’alcool, la drogue, la violence de la boxe ou du sexe. Le fief c’est aussi le domaine du langage inventé, que les non-initiés ne peuvent comprendre, qui exclut certains  mais rapproche d’autres, toujours les mêmes, les révoltés, les désespérés, les blessés, les inconsolables. S’ils entendent parler d’un bonheur possible ils  n’y croient pas et s’en moquent. Pas une once de haine en eux, juste un besoin d’avoir le sentiment d’exister, pas une once d’espoir si ce n’est de récolter des bleus, des poumons encrassés des neurones endommagés et de « tomber dans le trou qu’on a nous-mêmes creusé » reconnaît Jonas. Celui-ci  trouvera-t-il la capacité de réagir pour un monde meilleur ? Mais l’heure du combat sur le ring sonne et sans la bonté de  monsieur Pierrot  son initiateur de boxe et son vieux père tout aussi drogué que lui venu l’encourager, il n’y a personne pour interpréter cette rage au combat qui fait l’excitation des spectateurs mais  la tristesse du lecteur et la destruction d’une jeunesse qui aurait pu être heureuse. B.C.D.

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