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23 août 2012 4 23 /08 /août /2012 11:22


 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2011

190 pages

12 €

 

 

 

 

« L’intrus » n’est autre que Méphisto. Comme  celui de Faust il s’incère  dans la vie d’Henri,  vieux  médecin spécialisé dans la recherche du cerveau, lui offrant une dernière jeunesse en échange de son âme. Il apparaît toujours habillé d’humour noir qui enfonce Henri dans une situation comique mais  humiliante et lui fait perdre pied. Roi du doute, de la rébellion, de la négation du bien et du mal, prince de la séduction, Méphisto  est avant tout  voleur de liberté.  Et si Henri résiste un instant « C’est ma vie. J’ai le droit de finir comme je veux, non ? », l’angoisse finit tôt ou tard par ressurgir, sa main se tend alors vers un Méphisto impitoyable qui ne donne aucune solution à ses questions métaphysiques. Et c’est là que  l’Homme se révèle dans toutes ses dimensions. Certes, il « meurt de trouille » car ce n’est pas la mort qu’il souhaite. Mais il réalise enfin que le bonheur était dans  la douceur de sa bien-aimée, la beauté du rire de sa fille, l’odeur des saisons…Alors en même temps que la mort, seule aux côtés du roi du néant,  surgit l’espérance, la conviction qu’  « il ne peut pas y avoir que cette petite vie humaine …Non, non, c’est impossible, c’est sûrement mieux que cela. Plus subtil, plus intelligent, plus beau…  ». Ainsi par cette pièce de théâtre qui résonne comme un hymne à la vie,  Antoine Rault semble être non seulement  dans  la lignée de Goethe mais aussi celle d’ Anouilh.

Brigitte Clavel

 

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20 août 2012 1 20 /08 /août /2012 14:53

 

 

Editions : Sabine Wespieser

Parution : Août 2011

117 pages

15 €

 

 

Un tragique accident familial a éloigné Nestor de son épouse Mélina. Depuis  ce jour Nestor n’a d’autre consolation que la nourriture qu’il ingurgite en vain. Ce vide d’amour n’est comblé  que par une obésité qui paradoxalement le console et le complexe. Mélina est mourante sur un lit d’hôpital où Nestor se rend chaque jour, jusqu’à ce qu’un médecin, le Dr Alice, détecte en lui tous les indices d’une maladie qu’elle se promet de guérir. C’est avec délicatesse que Clara Dupont-Monod se plaît à analyser cet homme. Sous la métaphore de l’obésité, c’est la maladie de la solitude qu’elle relate où  les heureux souvenirs rejaillissent et s’entremêlent à des cauchemars qu’il faut dissimuler à tout prix sous une  graisse rassurante et dans  un repliement sur soi. Point  d’autre remède que le plaisir procuré par l’ouverture d’une porte de frigo, si ce n’est la bienveillance d’un médecin perspicace… Le dénouement peut varier, l’auteur nous le démontre subtilement. Son écriture, tout en symboles, fait du « gros père » Nestor  un albatros englué dans le pétrole, avec la honte en plus, ou un immigré inconsolable d’avoir laissé le beau  phare rouge et blanc de son  pays d’origine…C’est le bonheur seul  qui donne cette belle  allure élancée du  Dr Alice qu’elle-même perd dans la tristesse. Ainsi le regard scrutant de l’auteur donne de l’allant à ce livre  dont le thème principal reste celui de la pesanteur. B. Clavel

 

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14 août 2012 2 14 /08 /août /2012 19:40


Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2011

236 pages

17,90 €

 

  Bien que septuagénaire, Philippe Sollers ne serait-il pas  un boulimique de l’existence ? Dès les premières pages, il  adopte, pour nous leurrer, un ton ironique, mais le champ lexical récurrent du vide a vite fait de révéler une angoisse existentielle. Ce livre est plus un essai qu’un roman, et son titre résume en un mot sa pensée : un besoin de lumière, une « éclaircie » indispensable qu’il trouve dans le souvenir de sa sœur aînée, dans le prénom de son amante, dans les yeux noirs de Berthe Morisot, dans les nues de  Manet et de Picasso « porteuses de toutes les sensations à la fois ». Car le temps comme la femme méritent  d’être regardés en instantané et non en pose figée. « Un seul tableau, un seul livre vous sauvent de l’avalanche du rien ». Telle est la leçon qui se cache derrière le parisianisme de Philippe Sollers. « Tant que le vide est comblé, tant que l’anti-mort est réalisé, tout est art ». L’important est de vivre, créer, réagir aux  idées toutes faites, se battre, résister aux critiques, se réaliser, survivre aux horreurs de l’existence. Bref une invitation à faire comme Manet et Picasso, si différents dans leur peinture, mais si semblables dans leur vie, c’est à dire à plonger dans l’art pour s’évader à ce qu’on aime, quitte à « se la jouer mégalo sur plus de deux siècles ».

B.Clavel

 

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11 août 2012 6 11 /08 /août /2012 21:57

 

 

 

Editions Kirographaires

Parution : Mars 2012

234 pages

19,95  pages

 

 

 

 

La couverture du livre  comme la trame  de l’histoire,  où les rites  de la culture indienne prennent le pas sur le vraisemblable, ont tout du livre initiatique. Le style envoûtant de l’auteur, plein de poésie et de sensibilité devant la misère humaine ou de la beauté de la lumière, a vite fait de révéler le but de ce professeur de lycée : une leçon de bonheur sur une terre sans pitié. Amaleo est un jeune métis de Caracas.Ses parents habitent un village perdu de campagne, et si leur maison est pauvre, elle le rassure, « c’est chaud comme un corps », jusqu’au jour où le village entier est absorbé par une coulée de boue dont il échappe miraculeusement avec son père.  Tous deux se retrouvent dans le Dakota du Sud  où leur condition d’immigrés les enfonce un peu plus dans le malheur. Dans son réalisme l’auteur n’a  oublié ni la faim qui taraude, ni les souvenirs heureux qui ressurgissent comme des mirages, ni l’humiliation des indigènes qui se raccrochent aux usages obsolètes d’une civilisation perdue. Le bonheur  est rendu à partir du moment où se fait  la réconciliation avec la nature et où la dignité humaine est  reconnue.  C’est la pureté de Kimimila et la confiance aveugle d’Amaleo pour Jimmy le hors-la-loi qui font de celui-ci tout à la fois un sauveur et un homme sauvé. A noter qu'un certain manichéisme anti-blanc est largement compensé par la beauté du style que l'auteur maîtrise avec art et son souci de pédagogue pour lequel l'amour se mérite par les épreuves. 

 B.Clavel



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4 août 2012 6 04 /08 /août /2012 19:13
« La KAHINA, reine des Aurès » par Isaure de Saint Pierre

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Novembre 2011

243 pages

18 €

 

 

 

 

Isaure de Saint Pierre a le goût de son grand-père pour l’Histoire, les capacités de son père pour le roman, un brin de sensualité et autant  de talent d’écriture que de passion pour les paysages du Maghreb.  Après avoir écrit « La Magnifique », roman inspiré par l’unique femme de Soliman,  elle offre à ses lecteurs le portrait de Dahya,  généralement plus connue sous le nom de «  La Kahina », la Sorcière. Digne descendante et amante passionnée de deux célèbres guerriers berbères qui se battaient contre l’envahisseur arabe pour préserver l’indépendance de leur peuple, elle-même guerrière intrépide, elle réussit à faire de Kairouan la capitale des Berbères dont elle fut la reine. Possédant  un précieux  talent de visionnaire, elle poursuivit sans relâche et jusqu’à son dernier souffle une politique de guerre préventive. Elle fit brûler avec intransigeance la terre de ses fidèles plutôt que de l’abandonner aux ennemis et néanmoins elle confia ses enfants à l'assassin de son mari qu'elle s'était jurée de venger, sachant qu'elle courait à sa propre perte. . .  L’opposition berbère était finie.  On est en 704 après J-C. Une race disparaissait. Et on pense à « Septentrion » de Jean  Raspail, à ces « hommes du refus », aux résistants des hordes d’envahisseurs, aux passionnés de liberté, aux amoureux de l’indépendance  

B.Clavel

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31 juillet 2012 2 31 /07 /juillet /2012 14:13

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Mai 2012

318 pages

24 €

 

   

 

Dans ce beau roman, Livaneli  ouvre les portes d’Istanbul et ses secrets. Présent et passé s ‘entremêlent comme une tentative de  réconciliation entre deux mondes : celui des aristocrates de l’Empire ottoman et des nouveaux  riches avides de revanche, celui   des rives du Bosphore  dont les palais font rêver   et  le quartier  de Cihangir  habité  par des artistes fauchés.  La « Grande Dame » Leyla  fait partie de ces  familles aristocratiques  de  Roumélie , province perdue lors de la guerre des Balkans. Du  palais  istanbuliote de ses ancêtres, il ne lui reste plus qu’une petite maison au fond du parc d’où elle est expulsée. Mais un jeune journaliste qui l’admire depuis sa tendre enfance fera tout pour l’aider. Et c ‘est ainsi que Leyla par son éducation humaniste et cultivée parviendra à sauver ceux qui pensent la sauver. Cette très  jolie histoire semble  intemporelle : superstitions, conformisme, arrivisme, jalousie, rébellion ou magouilles, tout est subtilement relaté pour déboucher sur une fin pleine d’espoir : seul  l’amour désintéressé, à ses risques et périls, procure le vrai bonheur.

B.Clavel

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8 juillet 2012 7 08 /07 /juillet /2012 09:49


 

Edition : Flammarion

Parution : Mars 2012

291 pages

20€

 

Quel  bonheur d’entrer au «  Studio de l’inutilité » de Simon Leys ! Le lecteur y retrouve toutes ses illusions perdues. Peu importe si Michaux n’a jamais fait les voyages qu’il a racontés car « poète imaginatif »  il l’a toujours été et le restera. Le seul regret, c’est qu’il ait toujours souffert de n’être pas «  monsieur tout le monde ». Voilà à quoi Simon Leys  invite le lecteur : ne pas vouloir devenir un « idiot utile » qui épouse l’air du temps, ni un intellectuel désincarné  que  l’idéologie écarte du chemin poétique  de la vraie vie. Car, comme le dit  le prince de Ligne, le seul art qui compte est « l’art de vivre ». La considération pour toute créature et l’intérêt pour tout bâtisseur ont alors priorité. Et comme le proclame Orwell, « la brutalité intellectuelle est impossible quand on connaît la personne ». Mais Simon Leys rappelle le désespoir de Milosz qui vécut  simultanément le nazisme et le communisme et dénonça la sottise et l’aveuglement des Français incapables de réaliser « que si quelque chose existe quelque part, elle existera n’importe où ». Et Milosz de conclure  « l’horreur est la loi du monde des créatures vivantes, et l’objet de la civilisation est de masquer cette vérité. » Telle est la fragilité humaine que Simon Leys se plaît à nous rappeler comme un prophète éconduit à cause de trop de franchise. Car ce qui  s’est passé en  Chine en vingt ans  s’est passé aussi au Cambodge en trois ans : la dictature révolutionnaire, avec tout ce qu’elle comporte de crimes  et de  mensonges, est universelle. Alors il est temps de quitter le studio de Leys car « l’envie de silence en forme de discours spécial » propre à Barthès gagne le visiteur attristé par tant de cruautés innommables  et l’incognito de tant de dignités  humaines …Mais Simon Leys ne le laisse pas partir sans conseils : « Quelle sorte d’avenir peut-on bâtir sur l’ignorance obligatoire du passé récent ? » Il recommande  alors de ne pas enfouir ces horreurs dans l’oubli car « c’est aussi  de nous qu’il s’agit » et non d’une planète lointaine. Heureusement, quel que soit l’environnement, l’art persiste quand l’artiste a le souci d’être vrai, les naufragés survivent quand ils mêlent l’espoir à la bonne volonté,  et la grâce de Dieu demeure si l’élite intellectuelle n’est pas une usine à fabriquer des  diplômes mais une  école qui forge des hommes.

Brigitte Clavel

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27 juin 2012 3 27 /06 /juin /2012 08:32

 

 

 

Editions : De Borée

Parution : Juillet 2012

283 pages

20 €

 

 

Catherine Ecole-Boivin est une historienne peu banale. Au lieu de relater  l’héroïsme des grands de l’Histoire, elle préfère dévoiler la vie de ceux qui ont souffert en silence. Dans ce livre où elle aborde le sujet du viol en cherchant les causes et en exposant les conséquences,elle semble vouloir dans un premier temps proclamer haut et fort ce qui a l’habitude d’être dissimulé, bannir superstitions et secrets de famille afin que l’être humain puisse s’épanouir comme il se doit. Car comment se construire quand il n’y a ni amour ni vérité ? Et si la responsable n’était autre que la Seconde Guerre mondiale,  et le silence  la plus grande preuve d’amour ?  Des dates précises ponctuent ce roman et en font une histoire vraie. Mais réalité ou fiction, peu importe. L’essentiel est de savoir que « dans ce renouvellement constant, ce mouvement perpétuel, rien de ce que l’on donne à la vie n’est vain… tout se répare. »

B.C

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20 juin 2012 3 20 /06 /juin /2012 07:36

 

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2011

403 pages

23 €

 

 

Ce roman, bien américain, plonge le lecteur dans une psychose que l’auteur semble attribuer à la génétique certes, mais facilitée par la  technologie. Si  les jeunes protagonistes  ont  du mal à accepter la société telle qu’elle est, ils y nagent comme des poissons dans l’eau.  Trois histoires parallèles se déroulent  aussi vraisemblables qu’époustouflantes.  Ryan,  dans l’Etat du Michigan, retrouve son père biologique qu’il croyait être  son oncle, un  baroudeur malhonnête et drogué, bien plus attrayant que son père adoptif. Lucy, jeune étudiante à Pompey dans l’Ohio, suit, sans bien le connaître mais avec une confiance aveugle, son professeur d’université George Orson. Miles recherche son jumeau Hayden, schizophrène qu’il aime profondément. Thriller au fil conducteur très plausible et plein de fines analyses psychologiques, le livre révèle que la plus grande fragilité humaine peut  camoufler, sous un physique insoupçonnable, un dangereux mythomane. Pour exister, des hommes  sont disposés  à jouer tous les rôles, séducteurs, menteurs, escrocs, assassins. Sans scrupule  ils montent des sociétés fictives sur internet ou suppriment des parents gênants, changent de passeports  en même temps que de pays. Et pendant cette folle course-poursuite à la quête d’une identité, ils ne retrouvent plus leurs repères, les paysages de l' enfance ne sont plus les mêmes et leurs proches, sans rien comprendre, deviennent leurs souffre-douleurs.  Dan Chaon parvient  à donner « le vertige et la nausée » et faire croire qu’ « on peut être qui on veut » et avoir plusieurs vies. Seuls un frère et  une sœur sont toujours là pour témoigner que  le  vrai soutien ici-bas  est la famille.

B.C

 


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13 juin 2012 3 13 /06 /juin /2012 09:30

 Editions : Actes Sud

Parution : Février 2012

214 pages

18,50 €

 

 

Si ce  livre débute  par l’enterrement d’Adèle, vielle juive polonaise exilée en France « à défaut d’Amérique », deux voix s’alternent pour la faire revivre. D’abord celle de Suzan, avocate juive américaine,  qui remémore l’amour d’Adèle pour son  vieux père quand il était un jeune Yankee. Puis celle de l’arrière-petite-fille d’Adèle, Fleur, qui porte le poids d’un lourd passé féminin et se réjouit de n’avoir engendré que des garçons. Car le thème de ce livre porte essentiellement sur la vocation féminine. Les nombreuses femmes qui habitent ce roman  sont toutes différentes les unes des autres. Mais, en remontant le temps, l’auteur ne fait qu’accroître la similitude de leur existence au milieu des guerres, pogromes, exil, racisme ou conformisme bourgeois selon le lieu et l'époque.  Cependant, quels que soient le choix de vie  et le continent habité,  leur attitude vaillante ou leur nature tourmentée, leur esprit d’indépendance ou de soumission, leur cœur généreux ou profiteur, un thème récurrent  domine ce roman : le  désir, chez chacune, de vivre intensément, de «se réinventer sans cesse et changer quelque chose au monde »… Le lecteur ne perd pas son temps à lire ce joli livre plein de psychologie, où, comme le dit l’auteur, « il en va de la littérature comme des êtres humains ».

Brigitte Clavel

 

 

 

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