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9 février 2012 4 09 /02 /février /2012 07:44

                                

Editions : ACTES SUD

Parution : Août 2011

170 pages

17 €

 

 

 

Haïtien  fier de son pays, Lyonel Trouillot a une écriture qui lui ressemble, violente  quand il parle des hommes d’affaires,  poétique quand il s’agit de sa terre ouverte sur la mer. Le narrateur, un autre lui-même, prénommé Thomas, a pour mission d’amener Anaïs, jeune occidentale, à L’Anse-à-Fôleur. Dans ce coin d'utopie, la seule chose importante est le bonheur des habitants. Jadis le grand-père d’Anaïs, homme d’argent caricaturé à l’excès pour avoir rompu avec la tradition communautariste du village, est mort de façon énigmatique, laissant derrière lui une réputation plus que sulfureuse et un fils destiné au voyage, « la belle amour humaine ». Le trajet est long pour parvenir à Anse-à-Fôleur et Thomas a tout le temps nécessaire pour initier Anaïs aux habitudes des autochtones. Pas question  pour ceux-ci de révéler leur mystère, ni de faire la moindre  concession à des touristes prétentieux et encore moins à des résidents profiteurs, voire criminels. Et si Anaïs arrivait comme un sauveur, un réconciliateur entre passé et présent, un porteur de dons gratuits plutôt qu’un demandeur de comptes ? Et si Thomas parvenait à faire une fête d’un soir de funérailles? Alors il atteindrait son but, leitmotiv du livre : faire bon usage de sa présence au monde  en donnant à chacun sa place dans le beau tableau de l’existence…

Brigitte Clavel

 

 

 

 

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6 février 2012 1 06 /02 /février /2012 13:46

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2011

220 pages

16,90 €

 

 

Le livre n’en finit pas de montrer l’incapacité de Fadila Amrani, marocaine sexagénaire, à apprendre à lire et à écrire dans un pays qui n’est pas le sien. Mais comment vivre sans reconnaître les numéros de téléphone et les noms de rues, sans parler des papiers administratifs à remplir ? Edith, sa patronne, veut l’aider à s’en sortir, essaie toutes les méthodes d’alphabétisation possibles, mais rien n’y fait : Fadila ne fait aucun progrès. Le lecteur petit à petit va comprendre que ce blocage intellectuel n’est pas dû à un esprit inintelligent, ni à un manque de courage, mais  à une vie trop lourde d’épreuves. Le  bon sens de Fadila, sa lucidité sur les us et coutumes des pays en voie de développement et les inepties des pays civilisés, tuent peu à peu cette femme impuissante devant les souffrances de l’existence. Le livre s’achève sur un pays de rêve, là où poussent des amandiers, même si les amandes y sont amères…

Brigitte Clavel
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1 février 2012 3 01 /02 /février /2012 12:11


 

 

 

Editions : Salvator

Parution : Avril 2011

275 pages

18 €

 

 

C’est avec un style prosaïque que l’auteur aborde un sujet des plus spirituels dans un contexte tout à fait  ordinaire. Yanis Bastien est las de ses deux adolescents  provocateurs, qui logent chez lui comme deux locataires, indifférents à sa tristesse de père. Ses  nuits deviennent de plus en plus tourmentées,  il sent  peser sur lui une présence inéluctable, voire même « un faible  souffle d’air ». Et si c’était « la brise légère » que ressentait déjà Abraham? Et  si l’excentricité de son fils était tout simplement  celle  de Néonikos, fils de Damalys? Le miracle existe,  dans la Bible comme dans la vie de tous les jours.  L’histoire du clochard qu’il rencontre, Luigi, jadis perceur de coffres-forts, le prouve. Aujourd’hui ce sont les cœurs que celui-ci  perce et réconforte. Comme Jésus, Luigi meurt pour ceux qu’il aime. Comme St Pierre renie  le Christ, Yanis renie Luigi et pleure. Où trouver le soutien de Dieu ? Et c’est là le paroxysme… Yanis court le chercher entre les murs d’une église où il s’entend dire que « le seul lieu sacré est l’être humain ». Alors si Dieu habite son fils, la place de Yanis est à ses côtés…Dommage que l’auteur ne reconnaisse pas  que si les lieux saints étaient plus fréquentés, il y aurait moins d’adolescents désespérés et de parents angoissés …

Brigitte Clavel

 

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27 janvier 2012 5 27 /01 /janvier /2012 08:09

 

 

Ecrit  en 1931

Editions : Livre de Poche

Parution : Décembre 2009

221 pages

6 €

 


 L’auteur francophile appelle cette vieille aristocrate londonienne «Lady Slane» ou la «veuve» ou «Miladi», ou «Mère», à la dernière page «Sa Seigneurie», mais jamais par son prénom Deborah, sauf quand celle-ci se revoit dans l’innocence de sa jeunesse. Le dévouement silencieux de cette vice-reine des Indes pour sa famille fut  sa qualité majeure. Aujourd’hui, au chevet de son mari défunt, elle surprend son entourage, veut avoir son indépendance, vivre sans la moindre obligation les jours qui lui restent… Hymne à la liberté, à l’amour de la vie, à la sérénité de l’âge avancé « où l’on ne fait confiance qu’à la délicatesse et à la tendresse » et où tout esprit de compétition et de réussite sociale est banni. Alors qu’elle croyait sa vie finie, plein d’imprévu survient. Que va-t-elle alors conseiller à son arrière-petite-fille qui est tout son portrait? Certainement pas le mariage…Et si c’était l’opinion d’une trop vielle dame qui préfère simplement, à une valise de trésors trop lourde à porter, "toute passion abolie » ???

 

Brigitte Clavel

 

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24 janvier 2012 2 24 /01 /janvier /2012 20:56

                                               

 

Editions : Julliard

Parution : Mars 2011

232 pages

19 €

 

Charles IX a la réputation d’un roi fou. Jean Teulé  lui consacre  une biographie où il révèle avec art et  subtilité  la grande bonté de celui-ci et les raisons  de sa démence en partie provoquée par de plus fous que lui. Le livre commence à la veille de la St Barthélémy où Charles IX est le seul qui fasse preuve de lucidité: il ne comprend pas la nécessité d’un tel massacre, considère l’amiral de Coligny, chef des Huguenots, comme un « père » et non comme un traître. Mais, trop faible pour résister longtemps à l’autoritarisme de la reine mère et aux moqueries de son jeune frère dévoyé, il cède et des milliers d’exécutions ont lieu.  Dorénavant la Seine devant les fenêtres du Louvre est rouge de sang, la France a perdu ses meilleurs serviteurs, les « croa ! » des charognards dans le ciel de Paris  se confondent avec les « crois ! » des fanatiques. Charles IX, hypersensible de nature, s’enfonce dans une tristesse de plus en plus  morbide, fuit toutes les décisions, se réfugie dans la chasse où le sang coule à flot et qu’il a plaisir à boire, mais pas à faire couler … Hémophile de surcroît, il est hanté  par ce sang qui saigne de son propre corps. Personne ne saura soulager ses maux, ni lui expliquer pourquoi  le cerf de la tapisserie murale a son  œil qui change régulièrement de couleur…La solitude des rois n’est pas un mythe.

Brigitte Clavel

 

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17 janvier 2012 2 17 /01 /janvier /2012 10:00

                                 

               

 

Editions : Flammarion

Parution : Novembre 2011

309 pages

19 €

 

 

Personne ne peut  résister à l’opportunité de sauter dans le Transsibérien ni échapper à l’envoûtement du style de Paolo Coelho et à ses références pluriculturelles. D’où le succès de son dernier livre où le surréalisme est malheureusement trop vite rattrapé par les obsessions de l’auteur. La jeune violoniste  Hilal est éperdument amoureuse de l’auteur-narrateur, lui impose  sa présence alors que celui-ci s’embarque à la recherche tout à la fois d’une paix intérieure  et d’une notoriété auprès de  ses lecteurs. Cet espace clos que représente le train va réveiller en lui ses démons intérieurs qu’il pense être « Energie divine ». Persuadé qu’il est réincarné pour la troisième fois après avoir été un lâche dominicain de l’Inquisition et un écrivain du XIXème siècle, il finit par reconnaître en cette irrésistible  Hilal une de ces femmes de ses vies antérieures par  laquelle il est indéniablement attiré physiquement. Mais l’âge aidant, Paulo Coelho va parvenir à prouver que l’union sexuelle peut être dépassée par l’ « Aleph »,  transe mutuelle en forme d’anneau de lumière où convergent Temps et Espace, grâce auquel des nuits chastes  épargnent une infidélité à sa femme  dévouée !!! Livre somme toute amusant, d’autant plus que l’auteur se considère comme  un métaphysicien émérite…

Brigitte Clavel

 
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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 18:16

                                      

 

 

             Editions : Héloïse d’Ormesson

             Parution : Octobre 2011

             121 pages

             15 €

 

 

              Les talents d’écriture de Jean d’Ormesson sont aussi surprenants que les victoires remportées par Bonaparte. Le voilà aborder un genre  littéraire nouveau, celui du théâtre,  avec un style plus jeune que jamais et un thème des plus contemporains: celui de l’ambition politique. Ainsi se déroule la conversation entre Bonaparte, premier consul, et Cambacérès, deuxième consul, dont les propos abordent tous les sujets : conquêtes militaires, manœuvres politiques, réformes sociales, histoires d’alcôves et  désir inassouvi de  richesses chez les futurs princes d’empire. Mais le plus important est la vision de Bonaparte à visage découvert. Ses aveux lui ressemblent. Rien ne fait peur à cet "homme comme les autres", pour qui la gloire est le but suprême. Dès le début de l'entretien il fait acte de sa carrière pour réclamer un titre plus grand que celui de roi.Il veut être César. Il aime la grandeur. Pour y accéder, nul besoin du droit divin : il suffit d’un peu de ruse et trouver réconfort  dans un miroir aux alouettes …

       Brigitte Clavel 

             

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10 janvier 2012 2 10 /01 /janvier /2012 10:04

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2012

181 pages

15 €

 

 

Le livre commence comme un roman. Qui est ce notaire  installé  à Bourg-en Rouergue,  « arpentant » la campagne  par tous les temps? La maturité d’écriture de Marie Rouanet  transporte le lecteur  dans un récit sans énigme, mais avec plein d’accès pour « entrer dans l’intelligence du monde » au travers de magnifiques descriptions campagnardes. « L’arpenteur » est un homme  au physique grossier, très suspect : il est  étranger au village dont il a acheté ce qu’on appelle « le château » ; c’est un  solitaire original passionné de terres qu’il veut faire siennes. De par sa profession il est un parfait connaisseur des parcelles cadastrales et des histoires de familles. Il a tout de l’homme dont on se méfie. Et pourtant il n’est autre qu’un marcheur inépuisable, un cartographe émérite, qui prend plaisir à redonner vie  au passé, aux vergers  et maisons disparus,  aux photos reléguées, aux outils révolus. Comme à Emile et à Amans, il fait prendre conscience au lecteur des « savoirs abyssaux » qui remontent au plus profond de la terre et du temps.

Brigitte Clavel  

 

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6 janvier 2012 5 06 /01 /janvier /2012 09:22

                

 Editions : Viviane Hamy

Parution : Décembre 2010

127 pages

7 €

 

Ce petit ouvrage  est un beau conte philosophique. Il met en exergue l’impuissance d’un peuple opprimé par les envahisseurs nazis. Le bon vieux  roi Cédric X  est, dans un premier temps, effondré  et s’en remet  tout simplement à Dieu.  Seul son jeune escadron  a le courage ou l’inconscience de résister. Le peuple ferme les yeux, « préfère le mystère à la vérité nue », une paix factice aux horreurs du combat. Le fatalisme s’instaure  tandis que l’idéologie anesthésie peu à peu les esprits.  Cédric X ressemble  à Créon dans Antigone. Sa vocation première n’était pas de gouverner. Il le fait par devoir. Son cœur de roi préfère à la politique le rôle du médecin qui soulage. Quand soudain il découvre que, sous le masque d’un patient comme les autres, se cache la folie meurtrière,  il  n’hésite plus  à  faire face à l’ennemi, avec, pour seule arme, sa propre dignité. Mais la machine de guerre est  en marche  et anéantit tout. Livre plein d’enseignement  qui rend hommage aux sacrifiés de l’Histoire,  conscients de leur impuissance mais morts au nom de la liberté.

Brigitte Clavel

 

 

 

 

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3 janvier 2012 2 03 /01 /janvier /2012 08:23

 

                                           

 

 

 

 

 

Editions : Albin Michel –Terre d’Amérique

Parution : Février 2011

195 pages

19 €

 

 

 

Ce titre « Danses de guerre » révèle  parfaitement l’esprit de son auteur. Sherman Alexie est un écrivain indo-américain dont le style prolixe valse entre  nouvelles, récits et poèmes sur des  sujets réalistes  tels  la maladie, le racisme, l’homosexualité, l’idéologie  politique, les rites religieux … Mais l’humour est  omniprésent. Le recul et la lucidité sont les antidotes des difficultés relationnelles, l’ironie du sort et  les comiques de situation font oublier la gravité de l’événement. L’universitaire, un blanc mortifié par le génocide des Indiens,  est tourné en dérision : son aptitude  à « se prendre pour le nouveau Jésus » amuse  son auditoire.  Le présumé hydrocéphale qui se retrouve à l’hôpital non pas pour ses symptômes angoissants  mais pour l’agonie de  son père alcoolique tandis que sa femme voyage  finit par faire  rire le lecteur. Le meurtrier accusé de racisme est fier de proclamer  publiquement ses origines indiennes pour débouter les médias. L’écrivain impuissant se libère en trompant son voisin, preuve indéniable d’imagination. Les exemples sont aussi nombreux que cocasses. Livre à la fois  drôle et poignant, il est écrit par un artiste  qui préfère les histoires vraies aux grandes idées, le rire au larmoiement.

Brigitte Clavel

 

 

 

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