25 avril 2012
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Editions : Grasset
Parution : 2012
20,90 €
Qui ne connaît pas les illustres tableaux représentant deux sœurs, une brune aux joues hautes habillée de rouge et une blonde plus fine et plus pâle habillée de blanc, toutes deux jouant au piano ou penchées sur un livre ? Il s’agit des deux sœurs Lerolle, peintes à plusieurs reprises par Renoir et mariées par Degas aux deux frères Rouart. Tout opposerait ces deux familles bourgeoises parisiennes du début du XXème siècle si elles n’avaient en commun la passion de l’art sous toutes ses formes. Malheureusement ce milieu d’artistes raffinés qui achètent des tableaux par goût et non par spéculation réalisera trop tard que le bonheur de ces jeunes femmes est en danger auprès d’Eugène et Louis Rouart. Ces deux « énergumènes » sont antinomiques, leur seul point commun est de rendre leur femme malheureuse. L’un, radical socialiste, est un ami d’André Gide qui viendra dissiper sa vie familiale. L’autre, monarchiste mondain, antidreyfusard à la différence des Lerolle, se voue à la sauvegarde de l’art chrétien plus qu’à celle de sa famille. Livre très intéressant comme tous les livres de Dominique Bona, mais qui parfois manque de prudence quant à ses sources de références et de pudeur à l’égard des familles concernées …
Brigitte Clavel
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2012
11 avril 2012
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EDITIONS : FLAMMARION
PARUTION : JANVIER 2012
247 PAGES
18 €
Pourquoi Albert Chassaing est-il si las de vivre dans les années soixante alors que sa femme croque la vie à pleines dents? Il a dépassé la cinquantaine et il est conscient des bienfaits de la modernité d'après-guerre,même s'il reste lucide de ses dangers. Certes il a troqué avec regret sa vie de paysan pour un salaire d'ouvrier chez Michelin, il se bat fermement contre le projet de loi du démembrement des terres, et ne fait pas partie des amoureux du formica ...Mais ce n'est pas de son incapacité d'adaptation au monde moderne dont il souffre. Personne mieux que lui n'a perçu les talents littéraires de son fils cadet et les dangers qu'encourt son aîné enrôlé dans l'armée française en Algérie. Il n'a plus le goût de vivre car son propre corps est mort avec la guerre d'où il est revenu, non en héros ,mais en vaincu: les Allemands étaient rentrés dans la ligne Maginot "comme dans du beurre".La vie désormais lui paraît un leurre. A la beauté de sa femme il préfère l'usure des corps souffrants plus proches des "réalités d'en haut".L'auteur semble vouloir rappeler les horreurs de la guerre, mettre à l'honneur ceux qui ont servi leur pays et se retrouvent sans gloire ni espoir ...
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2012
5 avril 2012
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Editions : Léo Scheer
Parution : 2012
179 pages
18 €
L’envie d’écrire pour écrire de Claire Moyrand est indéniable et elle le fait avec art et subtilité. Si son héroïne, Suzanne Moisson, est « un personnage », elle n’est qu’un prétexte. Sa silhouette est changeante selon qu’elle se trouve en Provence à cultiver miel et lavande ou à Paris à dépenser son argent. Son cœur aussi fluctue selon qu’elle est « la très belle » de Weber ou la femme déshabillée par Appolinaire ou la ferme protectrice et patronne de Gustin le Résistant. L’important réside dans son goût pour l’existence qu’elle prend plaisir à savourer et qui donne envie de goûter à ses tartines ou s’asseoir à ses généreux repas de la St Sylvestre. Ecrivain en herbe, Claire Moyrand semble avoir la même indépendance d’esprit que Suzanne Moisson pour qui l’amour de la vie est plus fort que tous les « ragots » du monde. Et si c’était elle, la vraie protagoniste? Sensible aux parfums de Haute-Provence comme son aïeul R-M Grattefossé, inventeur de l'aromathérapie, et à la douceur de Suzon sa grand-mère à laquelle elle dédie ce livre, Claire Moyrond ne serait-elle pas hantée par l'idée de "ne laisser aucune trace" derrière elle, si ce n'est sa très jolie écriture?
Brigitte Clavel
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2012
30 mars 2012
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Editions : Albin Michel
Parution : 2012
155 pages
13 €
Ce livre commence comme un conte de fées, mais la tonalité change rapidement et le lecteur a vite fait de comprendre qu’il s’agit d’une leçon d’ « un maître de vie ». Si les dons du ciel ne sont pas oubliés, tous les maux de la terre y sont relatés. Monologue à trois voix entrecoupé d’un chœur, il est un conte philosophique où tous les thèmes de l’existence sont abordés. Mais François Cheng semble aller au-delà des vicissitudes humaines. Comme s’il voulait donner à son récit une dimension eschatologique, il prête à Jing Ko et Gao Jian-li, un visage christique. Certes tous deux sont différents, l’un né pour l’action et la justice, l’autre pour la musique, mais chacun accomplit sa mission en acceptant le sacrifice de sa vie. Leur but : sauver leur pays de la tyrannie. Et c’est ce qui fait toute la beauté du livre : à partir d’une histoire vraie qui se passa en Chine au troisième siècle avant notre ère, Cheng, avec des images intemporelles, parvient à raconter le combat que mènent encore beaucoup d’hommes aujourd’hui. Comme s’il voulait rappeler au monde les forces du mal et « l’entraide des âmes »…
Brigitte Clavel
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2012
27 mars 2012
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Editions : Albin Michel
Parution : Février 2012
441 pages
22,90 €
Les magnificences du ciel d’Alexandrie qui avaient séduit le lecteur autant que Marc Antoine s’estompent avec le deuxième tome du triptyque de F. Chandernagor. Sénélé, la fille de Cléopâtre, est maintenant prisonnière à Rome et c’est à travers son regard que l’auteur poursuit le cours de l’Histoire. « J’écris un péplum », reconnaît l’auteur, mais la leçon de politique est toujours présente. Octave, dont les faiblesses n’échappent pas à l’enfant, est de plus en plus avide de pouvoir. Se déroule alors une grande fresque de la vie romaine, concrétisée par des complots, des débats de politiciens, des rivalités de clans. Rien n’est laissé au hasard et Sénélé découvre peu à peu les us et coutumes romains qu’elle compare avec ceux de son pays. Romancière de l’Histoire, F. Chandernagor a une autre qualité, celle d’une pédagogue pleine de probité: tout en justifiant ses incartades, elle sait rendre, par des images hollywoodiennes, l’Antiquité aussi vivante que moderne.
Brigitte Clavel
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2012
27 mars 2012
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Editions : Michel de Maule
Parution : Février 2012
73 pages
9 €
Petite-fille du célèbre poète Paul Valéry, nièce de Paule Gobillard et petite-nièce de Berthe Morisot, toutes deux peintres, Martine Rouart en est une digne descendante. Avec beaucoup de finesse, elle raconte sa petite enfance au sein de cette famille d’artistes, de culture très éclectique. Si Valéry est communément comparé à son personnage de Monsieur Teste, dont « la bêtise n’est pas le fort », celle-ci nous révèle un grand-père affectueux, plein d’humour et d’esprit créatif, tout en portant sur le monde un regard soucieux de philosophe. Mondain malgré lui, il se voulait naturel et authentique, emmenant avec lui sa petite-fille qui eut vite fait de remarquer la gravité de ses propos. Comme lui, elle reste, tout le long de ce récit trop court, pleine de simplicité: elle dédie ce livre à Charlotte Lecoq, cuisinière fidèle,qui s'inspirait des recettes écrites par Blanche Monet,la belle-fille du peintre, et dont le père, homme de la terre,avait l'habitude de converser avec Stéphane Mallarmé; elle rend grâce au hasard qui aida sa main à sculpter le buste de Valéry. Car, comme lui, elle est artiste, et se force à se tourner vers la création artistique, seul moyen de sauver l’homme de l’ennui. C’est pourquoi Martine Rouart est philosophe, peintre, sculpteur et amoureuse du grand large. Comme le disait Paul Valéry « Le vent se lève !...Il faut tenter de vivre ».Elle y parvient à merveille...
Brigitte Clavel
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2012
27 mars 2012
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Editions : COMCO
Parution : Janvier 2005
95 pages
20 €
Verdun n’est pas loin, ni dans le temps, ni dans l’espace,pour ce Lorrain qui ne se révolte pas, mais simplement crie son désarroi pour tant de jeunes disparus et si vite oubliés. Leur mort s’impose sans cesse à lui, sous toutes ses formes, et ce rappel n’est ni vain, ni stérile. Il prend la forme éphémère d’une petite fille jouant à la marelle, ou d’un Christ dodu trop repeint de blanc. Il prend la forme d’un chat, pour celui qui n’a reçu que des obus pour caresses. Pourquoi une croix de bois stérile à l’ombre d’une tombe, plutôt qu’un arbre vivant, aux branches et racines protectrices ? De même le bouquet fané contraste avec la stèle de lierre, la vasque en déséquilibre avec la pierre immobile. La mort est là, toujours la-même, et jamais pareille … Rien de morbide dans ce livre, comme si les morts étaient plus vivants que les vivants, comme s’il était bon de prendre le temps de se rappeler que l’indicible est plus parlant que la parole, que le silence est plus grand que le bruit. De la nature surgit tout un monde de correspondances que plus personne ne sait voir: seuls les morts nous les rappellent. Car Dieu est silence lui aussi, si proche et si lointain, sans doute parce que trop souffrant et trop seul….
Brigitte Clavel
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2005
18 mars 2012
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Editions : L’âge d’homme
Parution : Février 2012
466 pages
25 €
Si le lecteur se réfère à l’étymologie du mot apocalypse qui signifie révélation, il a le droit de définir ce livre comme apocalyptique. S’il prend en compte l’écriture épurée de la pièce de théâtre qui suit le roman au style aussi embrouillé qu’angoissant, il ne peut s’empêcher de reconnaître en Henry Le Bal un philosophe talentueux, fin observateur de l’homme au milieu des troubles de l’existence, poète amoureux de la beauté et de la vérité.
Dans « Naamah » le nom du narrateur Canaan rappelle les noces de Cana où l’eau fut changée en vin. C’est ce qu’il advient à cet homme enfermé dans sa maison ballotée sur un rocher par une tempête au milieu d’un océan déchaîné. L’eau qui tombe du ciel et monte le long de ses murs est enivrante. Elle lui apporte toutes les étapes de la grande solitude,d’abord le plaisir de contempler ce qu’il n’avait jamais pris le temps de regarder, puis la résurgence des souvenirs et des regrets, enfin la peur avec tout ce qu’elle engendre : ironie, révolte et déraison face au destin inexorable, avant l‘acceptation finale de la vérité tragiquement déguisée jusqu’ici de mots trompeurs.
Naamah étant le nom préposé de la femme de Noé, le lecteur retrouve l’universalité du sort humain, la précarité des choses et le don qu’est la grâce. La reine Falihnda, l’héroïne de la pièce qui suit, écrite à la hâte par Canaan, est aussi belle et sainte que Naamah. Prise au piège d’ une guerre politico-religieuse, elle apporte l’unique solution qui n’est autre que celle de l’amour, du silence, du sacrifice de soi.
Ainsi Henry Le Bal captive le lecteur, lui révèle l’importance de l’écriture, aussi variée soit-elle, seul chemin menant à la paix intérieure , tant qu’elle met de côté tout ce qui est vanité et reste au service de l’unique vérité.
Brigitte Clavel
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2012
7 mars 2012
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Editions : Actes Sud
Parution : Novembre 2011
327 pages
22 €
A la lecture de ce livre autobiographique il est difficile de réaliser que l’auteur-narrateur, de nationalité belge, est âgé de 98 ans.« L’enfant rieur » est celui qu’il était vraiment, que personne ne percevait, mais qui, au bout d’une longue vie, resurgit plus fort que jamais. Grâce à des talents de psychanalyste autant que d’écrivain, Henri Bauchau brosse un environnement qui a toujours été cause de ses tourments. De son plus jeune âge jusqu’à sa maturité, il souffre de scrupules et du doute de soi. Car les situations où il se trouve opposent sans cesse son cœur à sa raison. Dès 1916 « il est forcé de vivre la haine » car les Allemands envahissent la Belgique, tout en conservant une admiration secrète pour un père chasseur de papillons. Que ce soit la domination d’un grand frère, l’autoritarisme d’un oncle, l’emprise d’un ami, l’audace d’une femme, rien ne lui échappe. A cela s’ajoute l’esprit dictatorial de l’Eglise qui finit par l’amuser. Mais l’ordre de l’armée belge de capituler en avril 40 alors qu’il est officier l’affecte profondément. Tout est donc cause de soumission, de révolte intérieure et de désarroi. « Rien de ce qui arrive n’est ma propre aventure ». Rien n’est feint, le narrateur est lucide autant sur ses faiblesses que celles de l’humanité, sur l’ironie du sort qui peut rayer une histoire d’amour comme déclencher une guerre. C’est en l’écrivant noir sur blanc qu’il se renforce, comprend ses renoncements au service du bien commun et redevient « l’enfant rieur ». Sans doute est-ce la raison pour laquelle l’histoire de sa vie se lit avec tant de plaisir…
Brigitte Clavel
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2011
1 mars 2012
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Editions : Télémaque
Parution : 2011
407 pages
22 €
La peinture de Fragonard a pour but d’inventer le bonheur, telle est l’idée maîtresse de Sophie Chauveau, qui a l’art de faire revivre non seulement cet homme trop souvent caricaturé par son « genre fripon » mais aussi ses maîtres et ses amis bienfaiteurs. Méridional à la chevelure couleur feu, Fragonard enflamme tout ce qu’il rencontre. Avide de soleil et de chaleur, de luxe aussi pour une mère qui se tue à la tâche, il transforme en croquis et peintures tout ce qu’il croise à Paris. Et Sophie Chauveau de suivre à la trace ce jeune provençal qui, ayant frappé à la porte des deux plus célèbres ateliers parisiens, celui de Boucher qui le fait rêver et celui de Chardin qui le fait travailler, entre rapidement à l’Académie Royale du Louvre, avant d’être appelé à l’Institut de Rome. Là n’est pas la vocation de Fragonard. A une carrière académique qui se limite à copier les grandes fresques del’histoire, il préfère ses polissonneries où les saynètes amoureuses sont joyeuses et l’imagination règne en maître. Son retour à Paris est tragique : aux épreuves familiales s’ajoutent les horreurs de la Révolution. Fragonard regarde passer les évènements, partagé entre ses amis révolutionnaires comme le peintre Jean-Louis David ou ceux emprisonnés comme Hubert Robert ou Houdon. Sa peinture devient plus rare mais plus grave : les madones succèdent aux mondaines, les enfants joufflus alternent avec les portraits de ceux qu’il aime, la paix intérieure semble le rattraper même si sa renommée, trop Ancien–Régime, passe de mode. Peu importe : « Ça n’est pas seulement un métier, la peinture…c’est aussi un art ! Et ça se travaille tous les jours, parce que ça aide à vivre. Pas seulement à manger! ».
Brigitte Clavel
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2011