5 avril 2013
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Editions : Gallimard
Parution : Février 2013
157 pages
17,50 €
Le succès du livre d' Amos Oz est justifié. La nature humaine y est décrite et comprise avec une touchante subtilité. Le contexte historique est intéressant, il présente la vie à l 'intérieur du kibboutz Yikhat en Israël. A partir de huit petites nouvelles où les personnages se recoupent et finissent par former un roman, l'auteur, sans omettre le moindre détail du quotidien comme de la complexité des tempéraments, montre à quel point l' intolérance et le dogmatisme peuvent faire souffrir, même entre amis. Le héros n' est pas le vieux professeur marxiste aux idées figées et inconstant en amour, ni la mère de famille insensible à l' horreur du dortoir collectif de son petit garçon . C 'est le silence malheureux du père de famille impuissant, du jeune homme interdit de rejoindre sa famille sous prétexte de retarder son intégration au kibboutz, le vieux célibataire angoissé par la mort...La jalousie, le fanatisme, le souci de rentabilité collective au détriment de la liberté individuelle n'épargnent pas les kibboutzniks.Tel est le message d'Amos Oz transcrit avec beaucoup d'art: imposer une utopie annihile les hommes. Ne subsiste alors que " la souffrance des âmes seules" .
Brigitte Clavel Delsol
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2013
3 avril 2013
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Editions :Albin Michel
Parution : Avril 2013
419 pages
21,50 €
Béata de Robien est historienne et écrivain d' origine polonaise, diplômée de l'université de Cracovie et de la Sorbonne , ce qui crédibilise le contexte de son dernier roman : la Pologne des années 50.
A travers les yeux de la jeune Bashia qui découvre la vie qu elle ne comprend pas toujours , B.de Robien révèle de façon très vivante ce que les Polonais subissaient lors de l 'occupation soviétique. La "bolchévisation"est en route: le devoir de" penser collectivement "est impératif et la suppression de la propriété privée naturelle. L'URSS renie le massacre de Katyn et le lyssenkoïsme justifie la volonté de forger les hommes malgré eux.Lucide sur un monde où règnent mensonges et délations, Bashia ne rêve que de la France, de liberté et d'amour. Car, suite aux événements, son oncle a perdu la raison, son père se noie dans l' alcool et sa tante épouse un responsable du Parti. Seuls ses grands parents ne font aucune concession et savent garder grandeur d'âme et dignité. Mais qui renseigne la police du Parti pour les moindres faits et gestes de la famille? C'est ce que Bashia mettra toute une vie à découvrir. B. de Robien, par le biais du roman, révèle ce que les livres d 'Histoire ne peuvent raconter: un très beau témoignage pour que la jeunesse de France y voit plus clair que le jeune syndicaliste Christian Le Goff dont Bashia s 'est amourachée et a ouvert les yeux. Un très bel exemple aussi d'amour familial et d'attachement patriotique.
Brigitte Clavel
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2013
25 mars 2013
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Editions : Buchet – Chastel
Parution : Avril 2012
203 pages
15 €
Ce très joli récit réconcilie Paris et la province profonde, l’individualisme de la grande ville et la petite cellule familiale où Claire a pris racine. Les unités de valeurs récoltées à la Sorbonne lui procurent autant de bonheur que les ultraviolets du soleil du Cantal natal, le chant des coqs élevés pour des fins culinaires dans les cours de restaurateurs sont l’écho des fermes de son enfance, et les stages d’été remplacent aisément les gros travaux des champs. Mais point de vaine nostalgie en elle. « Il fallait élargir sa vie et la gagner par le seul et muet truchement des livres ». Deux pays, deux temps, deux corps. Claire laisse consciemment s’opérer en elle la jonction entre ces deux mondes si différents. Le livresque et le ressenti, comme le naturel et le raffiné, ne sont point incompatibles. Le confiné et le grand espace ont chacun leurs avantages. Le rythme frénétique et le calme paisible sont aussi aussi attrayants l’un que l’autre. La sécurité de l’emploi et l’incertitude des récoltes laissent songeur le vieux père à la fois dubitatif et admiratif… Une très belle présentation de la France d’hier et d’aujourd’hui qui peut susciter bien des débats, sauf pour le petit-fils dont le pas a vite fait de dépasser celui de Claire.
B.C.
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2012
25 mars 2013
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Editions : Acte Sud
Parution : Janvier 2013
215 pages
20 €
La littérature en danger, tel est le sujet que Pia Petersen a plaisir d' aborder dans son très joli roman qui ne manque pas de psychologie ni d’actualité. Ruth est arriviste, mondaine, volontaire, quand il s’agit de pérenniser la célébrité de son mari, Gary Montaigu, qui vient de recevoir l’International Book Prize. Alors elle multiplie les cocktails, promet sans scrupules des tas de publications à venir, organise en son nom une émission de téléréalité dénommée « Un écrivain, un vrai ». Ainsi il sera touchant de voir Gary, dans son contexte familier, écrire en direct ce qui plaît aux lecteurs , seul moyen d’être assuré d’ un audimat toujours croissant. Ce que Ruth ignore c’est que l’écriture sur commande coupe l’inspiration, Gary n’a plus d’idées valables, il a l’impression de se vendre et perdre toute liberté de pensée. Selon lui la littérature ne doit pas être un commerce médiatique, un écrivain n’est pas une star, la téléréalité n’est qu’une suite de moments sélectionnés, loin de la réalité!. C’est par la réflexion que la société se construit, c’est par la liberté de penser que l’écrivain sauve le monde : belle plaidoirie pour une littérature authentique et non démagogique. Gary y parviendra-t-il ? En tout cas, le livre de Pia Peterson est une vraie réussite…
B . C
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2013
21 mars 2013
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Editions : Seuil - Lepassage
Parution : Janvier 2013
143 pages
14 €
Un creuset de poésie et de sensibilité, un mélange d’animalité et d’humanité, de délicatesse et de cruauté : telles pourraient se définir ces neuf petites nouvelles, magnifiquement écrites, qui par leur brièveté en disent plus long qu’un roman. Ce joli bestiaire offre tendresse et innocence. Un rat apprivoisé apporte l’espoir au prisonnier vaincu, le lion rend au solitaire le goût de la vie, le ver de terre grouillant gaiement dans sa laideur réconforte le vieillard. A l’opposé le monde des humains apparaît féroce, vaniteux, paré en toute bonne conscience d’une inflexible cruauté. L’ourson est adoré mais le nain qui se cache sous sa fourrure méchamment dédaigné. La danseuse étoile meurt d’épuisement à force de dissimuler sa belle anomalie, car « dans ce monde cruel, il n’y a pas de place ni d’indulgence pour ceux qui ne sont pas tout à fait comme les autres ». Ainsi la lumière de l’intelligence semble être remplacée par un pur instinct, où l’expérience de l’instant ressenti prédomine sur l’éternelle raison. L’homme ne sait plus penser par lui-même, se réfère à des idées toutes faites, court après ce qui est « vu, admiré, adulé » et n’hésite pas à détruire ce qui le gêne. Contes pour enfants ou contes philosophiques, la leçon est la même : la grandeur d’âme est toujours à réinventer …
B .C
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2013
18 mars 2013
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Editions : Desclée de Brouwer
Parution : Novembre 2007
184 pages
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Ce roman est passionnant autant par la vérité historique que par la connaissance de la nature humaine dont fait preuve Lucien Jerphagnon. En Septembre 258 après J-C, Caïus Macrinius, légat en Afrique romaine, porte tout son intérêt à l’audience contre une poignée de chrétiens qui refusent de faire des sacrifices aux dieux païens. Sous l’empire de la peur cinq ont déjà renié leur chrétienté, deux sont morts, mais trois résistent : Stratonikos, obsédé par le reniement de St Pierre, la belle et courageuse Sylvia, et Agapius, le viel et discret évêque de Cirta qui connaît la tentation du doute. Caïus prend alors en main le procès : il s’agit de donner à ces trois êtres une chance de survie, car rien en eux n’apparaît dangereux. Les chrétiens voient ce que la plupart des hommes ne voient pas. Pour eux le royaume des Cieux est bien supérieur à celui de Rome. Alors le tourment gagne Caïus. Il a une mission à remplir : « éliminer d’intolérables innocents ». Avec lucidité il mesure l’absurdité de sa tâche comme les limites du sens du devoir inculqué par son père pour servir Rome. La pensée de L. Jerphagnon va encore plus loin. A la tristesse de Caïus déçu par sa charge, il oppose l’esprit réaliste du premier magistrat de Cirta, le bon vivant Serotinus, l’ami de toujours, qui se console dans le bon vin, car , selon lui, l’esprit de discorde n’épargne personne : même les chrétiens, par leurs faiblesses humaines et leurs ambitions personnelles, laissent succomber l’Agneau et ressurgir la Louve…Belle métaphore pour une bien sombre mais juste prophétie qui résume le tragique de l’Histoire où L. Jerphagnon puise sa réflexion …
B.C
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2007
13 mars 2013
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Editions : « J’ai lu »
Parution : Janvier 2012
86 pages
4,50 €
« Inconnu à cette adresse » fut publié une première fois avant la deuxième guerre mondiale, puis 50 ans après. Sans doute cette nouvelle inspirée d’un échange de courrier entre deux amis intimes, l’un allemand et l’autre juif américain, est-elle une mise en garde contre des meurtrissures inguérissables. Si K. Taylor est une fois de plus rééditée aujourd’hui, c’est pour l’intemporalité de son ouvrage qui laisse percevoir la vulnérabilité de l’homme quand règne la tyrannie : la peur assaille celui-ci, la soumission l’annihile, surgit le reniement, l’amitié est bafouée, et règne le racisme suivi de près du génocide. Petit livre aussi triste qu’authentique.
B.D
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2012
12 mars 2013
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Editions : Albin Michel
Parution : Mars 2013
294 pages
19,50 €
Didier van Cauwelaert n’a peur de rien : dans son dernier roman il réhabilite avec brillance Ilsa Schaffner, femme-officier fourvoyée chez les SS. Celle-ci est responsable du H-Plan, une école de surdoués pour l’élite intellectuelle allemande au service d'Hitler.
Un jour la belle Ilsa Schaffner débarque de sa voiture décapotable à l’hôpital psychiatrique de Hadamar récupérer le petit David Rosfeld . Si celui-ci est un fragile épileptique considéré comme une charge pour le Reich et une nuisance à la « race parfaite », il est néanmoins le détenteur du secret de sa mère, Yael Rosfeld, une physicienne nucléaire qui a découvert la fission du noyau de l’atome bien avant Albert Einstein. David refuse de collaborer avec un pays qui a éliminé sa mère et ne veut engendrer qu’ « une race d’athlètes abrutis qui obéissent ». Alors il capitule, change d’identité avec son seul ami qui va être gazé. Celui-ci s’appelle Jürgen Bolt, il est le narrateur lui-même au chevet d’Ilsa dont il cherche à convaincre la petite-fille de ne pas diaboliser sa grand-mère, comme la presse continue à le faire .
Une fois Jürgen devenu David, la belle officier réalise le sacrifice de l’un et le courage de l’autre, ferme les yeux et, à ses risques et périls, éduque son nouveau protégé jusqu’à en faire le bras droit d’Einstein.
Un bien beau roman où rien ne paraît impossible : l’amour peut se trouver au fond d’un enfer, une réputation peut être sauvée d’extrême justesse, un rôle de second peut devenir primordial, un petit juif un grand saint et un enfant interné un grand humaniste : une porte ouverte pour trouver "une trace d'amour sur terre".
B.C
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2013
11 mars 2013
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Editions de l’Emmanuel
Parution : Octobre 2012
166 pages
15 €
L’intérêt de ce livre réside dans le souci de l’auteur : mettre en évidence, de façon didactique, deux mondes qui se combattent au nom d’un Dieu unique. Patricia des Granges met en scène la jeunesse d’aujourd’hui, se basant sur des arguments d’autorité puisés autant dans le Coran que dans la Bible. L’histoire commence le jour où les têtes des sept moines de Tibberine sont retrouvées. La famille de Mohamed, musulman modéré, quitte alors l’Algérie pour Marseille et c’est en France que tout commence vraiment avec la deuxième génération. Omar se lie d’amitié avec deux catholiques dont la foi le convainc, tandis que Rachid, son frère aîné, après une liaison avec une Française émancipée, finit par haïr les mœurs occidentales et se retourner vers le fondamentalisme islamique. Seul un miracle peut transformer l’esprit guerrier en esprit de paix, la haine en réconciliation: il se nomme Miséricorde ; dans le roman il se nomme Omar qui a le sens du pardon, Rania qui transforme le désir de tuer en amour de la vie , Philippe, handicapé physique, qui par son sang-froid déjoue les plans les plus machiavéliques … Ainsi la grâce se trouve au cœur des hommes …Puisse-t-elle être au cœur de toutes les religions établies , et que l’ « appel au combat » et les « menaces d’un châtiment douloureux » soient remplacés par une mansuétude infinie qui conseille : « rengaine ton glaive » et « aimez vos ennemis » !, telle est la leçon de ce livre…
B.C .
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2012
11 mars 2013
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Editions : Albin Michel
Parution : Mai 2012
119 pages
12,50 €
Cette nouvelle est semblable à sa trame : elle offre aux lecteurs, comme à ses divers protagonistes, le sentiment qu’ un instant fugace est semblable à une éternité. L’histoire d’amour qui y est contée dans un style condensé, parfois très simple, parfois très poétique, a tout de la tragédie antique où la fatalité est inexorable. Dans le cadre lumineux d’une Camargue chaude où règnent marais salants, vignes et corridas, rôde cependant une atmosphère de cauchemar autour d’un amour interdit. Sans en connaître la raison, Valentin Sol, toréro vaillant qui est la fierté d’Aigues-Mortes, voit subitement son mariage refusé par le père d’Isoline qu’il aime depuis toujours. Malgré les mauvais présages qui s’accumulent et un vocabulaire où résonne le tocsin de la mort, le lecteur, jusqu’à la dernière page, espère un revirement de situation. Mais Maxence Fermine offre mieux : une révélation qui coupe court à tous les préjugé et les non-dits, à toute entrave de liberté et de vérité. Que ce soit la blancheur des montagnes de « Neige », la course éperdue après le « papillon de Siam » ou la chaleur des « Noces de sel », tout inspire cet écrivain qui, comme par magie, transforme la quête de l’âme en une communion d’amour.
B.C
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2012