1 janvier 2012
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Editions : Albin Michel
Parution : Janvier 2012
187 pages
15 €
La vocation de Sylvie Germain a toujours été la narration d’histoires riches de poésie et d’enseignement où la réalité se confond avec le rêve. Son dernier ouvrage n’est pas un roman comme les autres, mais l’humble partage de sa propre démarche. L’être humain étant un nomade errant dans la turbulence du monde, elle l’invite à faire une pose à « la tente du rendez-vous ». Le thème est sérieux, le fil de sa pensée s’achemine lentement vers un bonheur accessible à tous. Dans le silence de la disponibilité une « Voix » se fait entendre, fait fi des malédictions et des déterminismes, des repentances et des vanités, des certitudes de grandeur et des désirs d’égalité. Un esprit de fraternité se greffe sur une culture universelle, régénère le lecteur en l’incitant à l’accomplissement personnel. La chute devient ascension, l’histoire simple se transforme en révélation. Ce qui importe c’est l’imagination créatrice, l’envie d’interroger le monde, le désir de l’altérité, la soif de la vie. Et c’est le grand talent de Sylvie Germain. Tout est miracle sous sa plume : la marelle devient église, le vieil Astrologue une petite Ombeline semblable au Christ, la prière de Fernande un pilier de soutènement, et le lecteur un prince heureux d’avoir découvert l’extraordinaire enfoui dans l’ordinaire.
Brigitte Clavel
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2012
13 décembre 2011
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Editions : Actes Sud
Parution : Septembre 2011
424 pages
23 €
Historien passionné par la Gaule antique, C. Goudineau offre un roman à suspens sur la pire époque qu’ait connue l’Empire romain. Il met en scène un dénommé Charmolaos, professeur en philosophie, réputé pour sa probité intellectuelle et chargé par le premier magistrat de Massalia, notre Marseille actuelle, de rendre à l’empereur Claude un rapport objectif sur la personnalité de Valérius Asiaticus. En effet ce dernier pâtit d’une réputation ambiguë: pour certains c’est un ivrogne enrichi, plein de cruauté et d’ambition, pour d’autres au contraire le prince des Allobroges au service de l’Empire. Comment le naïf et loyal Charmolaos va-t-il se sortir d’une mission aussi risquée? Et c’est là où C. Goudineau séduit le lecteur: un mélange de style familier et grandiloquent rend authentique la démarche de Charmolaos qui sait lire autant les signes providentiels que faire référence à ses maîtres de la pensée. Le lecteur découvre en même temps que lui les intrigues insoupçonnées de la cour impériale, la beauté intarissable des textes d’Eschyle et Platon, et la magnificence de Vienne sur Rhône aussi riche que la Rome éternelle …
B.C
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2011
26 novembre 2011
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Un panorama de lectures est sensé se concentrer sur l’écriture, mode d’expression le plus usuel. Aujourd’hui la 11ème Biennale de Lyon occupe quatre musées et il serait difficile de la passer sous silence, car c’est l’imagination qui fait avancer le monde. Si l’on considère la définition du musée comme établissement public où sont conservées et exposées des collections d’objets qui représentent un intérêt artistique, historique, scientifique ou technique, le visiteur de la Biennale est en droit de lui trouver un intérêt hautement sociologique, le reflet de son époque. Il part, bon pied bon œil, comme d’innombrables groupes scolaires du primaire à la terminale, pour entendre de la voix de jeunes guides consciencieux, trop heureux d’avoir du travail et de répéter aveuglément ce dont on leur a bourré le crâne, à savoir que tout est utopie, que ce soit la politique, l’art ou la religion. Mais comme à cette affirmation ils ajoutent que tout homme est créateur et mérite d’être exposé, le visiteur ne perd pas espoir. Certes un personnage de Lynette Yiadom-Boakie, un portrait de Hannah van Bart, ou les esquisses d’Alberto Giacometti et bien d’autres encore méritent sans discussion leur appartenance à cette exposition. Mais quand le visiteur se trouve face à un amoncellement de cercueils représentant les différents pays d’Afrique, aux mimiques obscènes de Tracey Rose, quand il s’entremêle les pieds dans une épaisseur de filets jonchés au sol sous prétexte qu’ils représentent les affres de la vie, quand il lui faut poser son regard sur un nu en chair et en os harnaché symbolisant l’esclavage ou le mythe de Sisyphe , ou une forme en résine sans forme véritable, ou un ensembles de tongs accrochées sur un panneau, quand il se trouve devant le petit monstre hybride de Christian Lhopital déjà trop présent dans les films télévisés pour enfants, et la liste est malheureusement bien plus longue que celle des belles œuvres, il n’hésite pas à reconnaître qu’il aurait mieux fait de profiter des couleurs automnales offertes par le ciel plutôt que ces représentations à la mode qu’il paie avec ses deniers , à l’entrée et avec ses impôts. Et il repart amer, attristé par le reflet d’une société psycho-dépressive qui ôte le goût de vivre et conduit au désespoir.
Brigitte Clavel
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2011
24 novembre 2011
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Editions : Gallimard
Parution : Octobre 2011
346 pages
22 €
Le livre ressemble à son auteur, sa pensée à son style, son ironie à son titre incongru. Une tonalité hautaine, pour celui qui ne sait pas apprécier la singularité de l’être, juxtapose une sensibilité à fleur de peau, réceptive à la beauté de la vie comme aux grandes souffrances de l’existence. Il s’agit d’une poésie en prose quidonne envie de lire à voix haute et même de chanter: « Gens qui vont, gens qui viennent, pensez à tous ceux qui ne savent pas qu’il y a des étoiles au ciel ». Ces nouvelles sont des histoires simples, mais lourdes de messages, car Le Clézio n’aime pas ceux qui parlent pour ne rien dire. Du début à la fin, résonne le vacarme omniprésent d’une civilisation bruyante ou d’une âme maltraitée. Alors le lecteur court sans cesse, avec Ujine vers l’amour, avec Watson vers l’exil, avec Mari vers l’arbre Yama, avec Laetitia Landon vers l’Océan, avec Andréa vers la prison des filles, avec Viram seul à croire encore au bonheur. Les pieds sont toujours légers et les pas toujours souples quand ils courent vers la vérité. Malheureusement ils finissent dans le métro, chaussés, se pressent, bousculent, avancent en permanence, sans savoir pourquoi. Seules les araignées sont maîtresses du temps, tisseuses du silence. La raison est simple : elles ont huit pattes, mais pas de pied….
Brigitte Clavel
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2011
21 novembre 2011
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traduit du Chinois par Brigitte Guilbaud
Editions : Philippe Picquier
Parution : Avril 2010
117 pages
14,50 €
Ce petit ouvrage arrive comme un écho de la Chine de Mao. Les paysans sont dans la plus grande misère, le père de Yan Lianke se ruine la santé pour faire survivre les siens. La solidarité familiale est grande. Le souci de chacun est de ne pas être un poids pour les autres, autant moralement que matériellement. Alors Yan Lianke, las de tant de pauvreté, s’engage dans l’Armée populaire de libération, juste au moment où la Chine intervient dans la guerre du Vietnam. La tristesse de voir son fils partir à une telle guerre finit d’achever le corps épuisé du père et dès lors Yan Lianke culpabilise. C’est pourquoi il lui dédie ce petit livre. Les souvenirs d’une enfance dure mais heureuse s’accumulent, et tandis que Mao tente de supprimer les valeurs familiales traditionnelles et reprend les parcelles de terre communale prêtées aux paysans, l’auteur réalise qu’il ne lui reste que l’amour filial et la douceur de la prière.
Brigitte Clavel
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2010
16 novembre 2011
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Editions : JC Lattès
Parution : Juin 2011
476 pages
22,50 €
« L’enquête prussienne », comme « Critique de la raison criminelle » paru en 2008 sous le même pseudonyme, est plus qu’une excellente enquête policière. L’histoire, comme l’indique le titre, se passe en Prusse orientale juste après la bataille d’Iéna. Le pays, dans une misère effroyable, est déchiré et les crimes se perpétuent. Certains prussiens se préparent à une cruelle vengeance contre l’envahisseur tout en faisant preuve d’un antisémitisme sans pitié, d’autres préfèrent une digne coopération pour adoucir l’après-guerre et reconnaître, comme le préconise la loi napoléonienne, l’égalité des races.Mais des rumeurs accablantes courent au sujet des rites juifs et les évènements leur donneraient raison si deux enquêteurs ne se chargeaient pas d’élucider avec sérieux un crime innommable, celui de trois enfants retrouvés morts, mutilés. Le narrateur, Hanno Stiffeniis, magistrat prussien est chargé de l’enquête, sous l’escorte du criminologue attaché à l’armée française Serge Lavedrine. Tous deux fidèles disciples de Kant ne vont cesser de se battre chacun à leur manière pour la vérité, Lavedrine faisant preuve d’un rigorisme sans merci, Stiffeniis ayant recours à une intuition qui n’a d’autre nom que le respect de l’accusé. Les détails parfois bien lugubres et les circonstances horrifiantes ne découragent pas le lecteur, qui sous la violence, découvre la fragilité humaine comme auteur du crime.
Brigitte Clavel
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2011
15 novembre 2011
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Editions : JC Lattès
Parution : Septembre 2011
437 pages
19 €
Delphine de Vigan a envie de « raconter sa mère », Lucile Poirier, qui vient de se suicider. Pour se rapprocher d’elle, elle s’enfonce dans l’écriture, qu’elle veut quête de vérité et hommage filial, étude psychanalytique autant qu’autobiographique. Car les détails réalistes et fantasmatiques s’entrecroisent. Pour comprendre l’inconsistance de Lucile, il faut tenir compte de sa beauté aussi grande que sa fragilité psychologique et remonter le temps de son enfance. Dans cette famille nombreuse, les joies et les chagrins s’alternaient à vive allure grâce à l’amour rayonnant de Liane et Georges, parents de neuf enfants dont Lucile, et grands-parents maternels de Delphine de Vigan. Malheureusement il y a le revers de la médaille : à l’âge adulte, le mal-être de Lucile, à peine perçu jusque là, éclate au grand jour, ses drames personnels se multiplient jusqu’à lui faire perdre la raison. Alors il faut en trouver la cause. Les amants successifs, la drogue et l’alcool sont des pis-aller. Mais la toute puissance du pater familias et le rayonnement d’une mère fantaisiste ont vite fait d’être dénoncés comme responsables. La fascination que Lucile enfant ressentait pour son père se transforme en haine, l’amour filial devient accusateur d’actes innommables. Comme Lucile, le livre perd de sa beauté et Delphine de Vigan de sa lucidité. Un style narratif relate avec banalité les allers et retours de Lucile entre l’hôpital psychiatrique et ses crises de folie. Ses investigations lui permettent de trouver dans sa famille autant de maniaco-dépressifs incurables que de témoignages d’incestes sans preuve. Delphine de Vigan veut justifier sa mère, épouse sa cause jusqu’ à ne faire plus qu’un avec elle, sonde aveuglément les inclinations de chacun et ne veut rien laisser sous silence. Le livre arrive à son paroxysme quand Lucile, sous prétexte d’avoir trouvé la paix, choisit posément de se donner la mort. C’est ainsi que le prix Renaudot des Lycéens reflète le pessimisme ambiant d’une jeunesse en bien mauvaise santé, pour qui la famille est devenue une institution bien peu fiable.
Brigitte Clavel
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2011
7 novembre 2011
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Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2011
632 pages
21 €
Alexis Jenni est né un an après l’accord d’Evian. Son problème est celui du narrateur anonyme, son alter ego : il ne comprend pas la France, il ne connaît rien à la guerre, il est encore tout « emballé » de son éducation qui protège certes, « mais vivre emballé n’est pas une vie ». Alors, en tant que professeur, Alexis Jenni veut transmettre aux générations à venir « des trucs qu’on n’apprend pas aux écoles ». Les soldats qui partent à la guerre ont-ils un coeur ? Un autre moyen que « la force de l’ordre » n’existerait-il pas pour établir la paix ? Comment rester aveugle devant tant de morts anonymes ? A quoi sert de « s ‘entraîner à tirer juste », quand la réalité est toute de hasard, d’incompréhension et d’éternel recommencement? Car les bonnes volontés sont nombreuses, mais bien vaines. A de telles questions, lourdes d’angoisse et de mauvaise conscience, le vieux Savagnon répond avec la lucidité d’un homme d’expérience. Il a fait trois guerres, celles de 40, d’Indochine et d’Algérie, mais il les a faites en innocent. Ses talents en peinture lui permettaient de « recoudre » au fur et à mesure ce que le monde déchirait, à la différence des autres, déchirés à jamais. Et leur liste est infinie. Et c’est là que « L’art français de la guerre »fait mal. Il ressasse les crimes du XXème siècle dans "le labyrinthe" infernal de l’écriture, il amalgame les guerres coloniales passées et celles actuelles des banlieues, il offre un tableau de personnages tous aussi diversifiés les uns que les autres mais tous impliqués dans une spirale d’incompréhension mutuelle et de cruauté, dont l’origine, selon l’auteur, est « la pourriture coloniale », le refus de la différence culturelle et religieuse, le partage inéquitable des richesses. Si la vraie raison de la littérature est d’attribuer à la vie le tragique de la guerre, de présenter l’amour charnel comme seul délice et la peinture noire comme seule lumière, pas étonnant que A.Jenni ait remporté le prix Goncourt: son style magnifique, lent et rythmé, reste le triste écho des idées qui ont le vent en poupe. Mais heureusement, au travers de son souci viscéral de paix, subsiste une flamme d'espérance.
Brigitte Clavel
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2011
3 novembre 2011
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Editions : Albin Michel
Parution : Novembre 2011
262 pages
18 €
Catherine Ecole-Boivin recèle toute la sensibilité d’une romancière moderne pour qui la culture mythologique est source d’inspiration. Peut-être est-ce notre monde civilisé, plein de confort et d’idéologies, qui l’incite à se plonger au cœur de la vie rude de sa Normandie natale du siècle dernier où déjà cléricalisme et patriotisme étaient, selon elle, bien décevants. Historienne de formation, elle se concentre, dans ce dernier roman, sur des pauvres êtres, « les bergers blancs », anciens navigateurs devenus bergers errants. Ceux-ci font peur avec leur physique d’albinos détrempés, aux pieds nus et à la longue chevelure blanche. Mais Léo, leur chef, par ses dons de guérisseur, son détachement des richesses et son sens de responsabilité pour les plus démunis, force le respect. Tout en envoûtant le lecteur par le charme des couleurs pâles de ce pays où se confondent ciel et mer, Catherine Ecole-Boivin rappelle que les bienfaits de la civilisation n’apportent pas toujours le bonheur.
Brigitte Clavel
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2011
26 octobre 2011
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Editions : P.O.L
Parution : Août 2011
489 pages
20€
Biographie romancée, ancrée dans la Russie poststalinienne, « Limonov »révèle deux hommes : le héros et l’auteur du livre, et si l ‘amalgame des deux est le gage de la réussite, ce livre en est une. Tous deux de la même génération, ils ont la même conviction: un pays au Parti unique engendre non seulement « la pauvreté, la crasse » mais « cette méfiance butée, cette bassesse, cette trouille mauvaise répandues sur les visages ». Carrère a hérité de sa mère l’esprit d’analyse, mais il n’en possède pas moins une âme tourmentée. Comme Limonov, il a du mal à oublier un grand–père maternel destitué par le KGB ou un amour éconduit. Son admiration est alors indéniable pour cet anarchiste qui ne manque pas d' énergie et d'arrivisme. Grâce au succès d’un roman pornographique, Limonov sort de son milieu défavorisé, devient « roi de la bohême moscovite » à New-York. Mais bien vite il se lasse des Trotskistes américains qu’il traite de « mollusques » et s’engage comme soldat au côté des Serbes lors des guerres de Yougoslavie. Les voix de Carrère et Limonov ne font plus qu’une : « La guerre est sale, c’est vrai ….Mais le neutre est un pleutre….. ». Jusqu’au jour où Limonov découvre dans les Balkans la grandeur morale des minorités. Il fonde alors le parti national-bolchevik, galvanise la jeunesse, et se retrouve prisonnier politique. Mais son altruisme et ses talents d’écrivain effacent sa réputation de terroriste. Fiction ou réalité, peu importe : Carrère lui apporte la postérité dont il rêvait et fait en même temps la sienne.
Brigitte Clavel
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2011