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9 janvier 2017 1 09 /01 /janvier /2017 21:47

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2016

356 pages

21 €

Estimation 4/5

 

Qui est cette Ada au prénom digne de celui des héroïnes de Pierre Benoit que l’inspecteur Frank Logan doit retrouver à tout prix ? Elle possède un champ immense de connaissances littéraires, a toutes les capacités pour comprendre et polémiquer, voire publier un roman, mais son style comme ses sentiments sont d’un piètre niveau. En fait Ada n’est autre qu’une intelligence artificielle programmée par des ingénieurs de la Silicon Valley auxquels elle a échappé. Quand l’inspecteur Logan, chargé d’enquêtes pour personnes disparues, découvre la nature d’Ada et ses capacités à dépasser sa programmation formatée, un énorme cas de conscience s’impose à lui : devra-t-il la livrer à ses concepteurs et laisser ainsi la technologie gérer le monde? Dans cette fresque à la fois surréaliste et amusante, l’auteur n’a rien oublié : la beauté des haïkus et de l'histoire d’amour de Frank contraste avec la pauvreté d’une littérature industrielle et d’un sexisme commercial, l’esprit créatif des uns s’oppose à l’arrivisme magouilleur des autres, et les puissances capitalistes américaines ne font pas oublier la misère de Cuba. Il ne s’agit ici ni d’un roman-fiction ni d’un roman-policier, mais plutôt d’une réflexion burlesque sur la robotique dans un cadre finalement bien vraisemblable, qui plaira autant aux lecteurs technophobes qu’aux technophiles.

B.C.D

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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 13:52

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2016

427 pages

21 €

Estimation : 4/5

 

Aurore symbolise parfaitement la femme d’aujourd’hui, dirigeante d’une petite entreprise en difficulté, mère de deux enfants si ce n’est trois avec le fils de son mari, homme d’affaires brillant. Tout accable Aurore, la trahison de son associé, l’absence comme la réussite de son mari, si bien que le croassement des corbeaux dans la cour de son immeuble comme le bruit des enfants dans son bel appartement deviennent son obsession. L’élégante bourgeoise devient « femme aux abois », perd l’équilibre et tombe dans les bras de Ludovic, paysan d’origine à l’apparence inébranlable, prêt à perdre son âme pour la femme qu’il aime dans ce Paris inhumain et l’impitoyable monde des affaires. Tout les oppose et c’est ce qui les rapproche. Très joli scénario auquel s’ajoute une excellente étude sociologique et psychologique qui a mérité le Prix Interallié 2016. Sans parler des descriptions parfaitement romantiques où chacun des paysages environnants est le reflet des sentiments du moment. Livre qui, comme cette aventure amoureuse, est une magnifique « spirale aspirante ». Le lecteur comme les protagonistes ne savent plus de quel amour il s’agit : amour désintéressé ou amour empoisonné ? Jusqu’à ce qu’ au « j’assume tout » de l’un , l’autre réponde « repose toi sur moi », tendres recommandations mutuelles qui font de cette histoire une allégorie, celle du bonheur procuré par le sentiment d’être utile à ceux qu’on aime…

B.C.D

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 18:49

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Septembre 2016

150 pages

14 €

Estimation : 3/5

 

René Fregni est un véritable magicien : à travers les plus dures saisons de l’année il voit les plus belles couleurs, de même à travers les âmes des plus démunis il décèle les plus hautes aspirations. Ainsi il parvient à donner, par la force seule des mots et peut être aussi grâce à son âme qui fut un jour blessée à tort, une dimension surnaturelle aux évènements les plus ordinaires. Que ce soit ses descriptions de lieux retirés de la Haute -Provence ou de la Franche-Comté, ou ses portraits de prisonniers, d’hommes ruinés et de fugueurs en quête de bonheur, tout contribue à magnifier la vie ordinaire. Tel est le rôle du poète, montrer la beauté de l’existence à travers des mots simples, remplir les feuilles blanches d’un cahier pour combler le vide de l’existence en éclairant ses zones obscures par une lumière intérieure que le temps n’abîme pas. Malheureusement la plume poétique qui séduit le lecteur tout le long du livre prend, quelques pages avant la fin, la tonalité injonctive d’un adolescent rebelle. La chute est plus dure après une trop belle envolée. C’est pourquoi les mots finissent par laisser place à la tendresse de la mère …

B.C.D

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19 décembre 2016 1 19 /12 /décembre /2016 09:22

Editions : Flammarion

Parution : Septembre 2016

150 pages

16 €

Estimation : 4,5/5

 

A la liste des nombreux biographes de Marcel Proust doit s’ajouter le nom de Diane de Margerie qui publie son troisième livre sur la famille Proust. Son fil conducteur est plein d’originalité : pourquoi dans sa « Recherche du temps perdu » Marcel Proust passe-t-il sous silence son frère cadet Robert, de deux années plus jeune que lui ? Cette occultation révèle-t-elle une jalousie refoulée, une rivalité insurmontable, un mépris mérité ou une étonnante indifférence de la part d’un homme fragile à la sensibilité exacerbée ? Les Robert furent très nombreux dans la vie de Marcel. Certes son frère n’est jamais cité, mais il est indéniable que les multiples qualités de Robert de Saint-Loup, personnage principal de « la Recherche », sont inspirées par tous les amis de l’auteur, y compris Robert Proust qui pendant la guerre fut un médecin des tranchées des plus courageux. Diane de Margerie parvient avec finesse à démêler l’enchevêtrement des sentiments réciproques des deux frères qui sous des apparences différentes se ressemblent étonnamment, l’un se consacrant aux maux du corps , l’autre aux tourments de l’âme, l’un « à la recherche médicale visible », l’autre « à la recherche littéraire de l’invisible ». Et si Marcel Proust souffre, sans doute est-ce dû au fait qu’il ressent cette « trop grande ressemblance », sentiment qui pèse plus qu’il n’apaise, Et c'est cette fragilité que le médecin voulait soigner, seule source d’inspiration de l'écrivain  pour exprimer son incapacité d’aimer …

B.C.D

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18 décembre 2016 7 18 /12 /décembre /2016 08:37

Editions : Fayard

Parution : Août 2016

273 pages

22 €

Qui aurait pu penser qu’un dialogue entre un pape émérite et un journaliste américain puisse faire l’objet d’un livre confidentiel plein de chaleur humaine et de vérité théologale ? Benoît XVI, communément caricaturé comme un progressiste dans sa jeunesse et un intellectuel intégriste dans ses vieux jours, apparaît en fait dans cet entretien comme un visionnaire. Dès le début, le lecteur est marqué par la richesse de sa personnalité. Doté d’une intense vie intérieure et d’un grand désir d’être utile à la pastorale de l’Eglise, Benoît XVI fait preuve d’une détermination et d’une lucidité inébranlables. Ainsi il fut le premier de la lignée des papes à démissionner de ses fonctions au profit de la rédaction d’un testament spirituel, à remplacer sur ses armoiries personnelles la tiare symbole du pouvoir par la mitre insigne liturgique qui correspond davantage à son tempérament d’enseignant. En fait, Benoît XVI se révèle être un homme moderne, défendeur de l’œcuménisme de Jean XXIII et du personnalisme d’Emmanuel Mounier. Moderne, car son obsession est de réunir le Dieu de la foi et le Dieu de la raison, de réconcilier les rites anciens et modernes, la foi chrétienne d’hier et celle d’aujourd’hui. Courageux il dénonce le paganisme qui atteint l’intérieur même de l’Eglise, ne mâche pas ses mots contre l’Eglise catholique allemande et ne s’arrête pas aux attaques injurieuses de ses ennemis personnels. S’il n’est pas politicien il est, comme son propre père, un paysan d’origine plein de finesse politique, désireux de paix et de chrétienté. Dans son « Discours de "Ratisbonne" il condamne la propagation de la foi par l’épée, non par provocation, mais par sa conviction première que « Deus est caritas ». Car toutes ses pensées sont dictées par les Evangiles. Ainsi c’est l’Epître aux Ephésiens qui lui inspire « la dictature du relativisme ». Si ce pape a eu toutes les étiquettes, du franc-maçon jusqu’à l’intégriste étriqué, une chose est certaine c’est qu’il cherche avant tout à faire subsister la polyphonie du monde pour le bonheur de la jeune génération à laquelle il s’est toujours voué.

B.C.D

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13 décembre 2016 2 13 /12 /décembre /2016 18:00

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Août 2016

491 pages

22 €

Estimation : 4,75/5

 

 Sans doute est-ce le thème de la reconstruction  qui inspira  à  A. Rault ce bien joli roman qui commence à la fin de la grande guerre.  L’atmosphère tendue entre les Alliés et l’Allemagne est parfaitement rendue, mais A Rault va au-delà du récit historique. Ce qu’il semble vouloir avant tout  c’est une intériorisation de la grande histoire, une recomposition de la pensée d’un témoin, et il y parvient à merveille à travers son  personnage principal,  un soldat amnésique  des plus attachants. Du fait que ce dernier  parle aussi bien le français que l’allemand et le russe, il est d’abord recruté par les services secrets français pour infiltrer l’armée allemande, avant d’être  enrôlé dans l’armée de Weimar pour seconder les Russes blancs contre les Bolcheviks. Aux prises d’influents politiciens et militaires auxquels il est difficile d’échapper, celui-ci  a du mal à répondre à chacun des noms divers  et des  responsabilités successives qui lui sont attribués. Mais sa plus grande souffrance est d’être sans passé ni liens, c’est pourquoi il acceptera toutes les aventures possibles pour se reconstruire. Y parviendra-t-il et jusqu'à quand? Car cet homme  en quête d'identité finit par s’apercevoir que l’obéissance aveugle est loin d’apporter une solution. Livre magnifique où le sort de ce soldat  est celui de bien des hommes qui sans racines peuvent se perdre mais aussi se reconstruire...

B.C.D.

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12 décembre 2016 1 12 /12 /décembre /2016 13:06

Éditions : Stock

Parution : Novembre 2016

83 pages

13,50€

Estimation: 5/5

 

 

Ce livre est un  bijou  littéraire où la simplicité  de la peinture  de Monsieur Friant, peintre vosgien, suscite en Philippe Claudel les plus belles pensées. Le titre à lui seul  est explicite. Il annonce non pas  un adieu douloureux à l'innocence perdue, mais une invitation à un retour sur le  sens du temps écoulé. L'éloge d'une grand mère affectueuse n'est rien d'autre que la  reconnaissance en une heureuse providence que le lecteur à la joie de découvrir à la fin de sa lecture.  En attendant Philippe Claudel nous guide dans le musée de Nancy. Il retrouve  dans "Buveurs" un grand père aviné suite à la grande guerre, dans "Amoureux" la tristesse des désillusions de l'amour à la différence de la " jeune Nancéienne dans un paysage de neige" qui le fit souffrir par sa joyeuse indifférence. Dans "Toussaint" il voit vaciller sa propre déchéance, dans "Trimardeur " il entend la voix d'une grand mère battante,   dans "  Douleur"  il ressent la solitude intérieure laissée derrière les honneurs mondains. Magnifique petit manuel où chacun découvre toutes les formes artistiques que peut prendre chaque instant de l’existence.

B.C.D. 

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4 décembre 2016 7 04 /12 /décembre /2016 09:10

Editions : Grasset

Parution : Août 2016

216 pages

18 €

 

« Le génocide est une marée noire, ceux qui ne s’y sont pas noyés sont mazoutés à vie ». C’est avec ce style  plein de l’innocence perdue  de la jeunesse  que l’auteur  raconte comment la haine des Hutu, après avoir laissé  le Rwanda comme « un charnier à ciel ouvert » a  envahi le Burundi.  Gabriel habite dans un quartier résidentiel de Bujumbura au Burundi où son père français , directeur d’une usine d’huile de palme, lui offre une enfance protégée  entre une mère rwandaise, et une bande  de domestiques et d’amis qui font tout sont bonheur. Mais les discussions en aparté  des uns et les réflexions pleines d’amertume des autres n’échappent pas à l’enfant qui voit un paradis  aux couleurs d’hibiscus et au jus de mangue se transformer peu à peu en un enfer de coups d’Etat et d’assassinats. Les massifs de bougainvilliers sont remplacés par des hauts murs de protection qui n’empêcheront pas les Hutu de mettre à feu et à sang son pays. Auteur d’une autobiographie magnifique qui justifie la casquette vissée sur sa tête comme pour se protéger d’un soleil qui ne brillera plus jamais,  ce rappeur  a encore la force de chanter. Lui qui voulait ne pas savoir et se réfugiait dans les livres semble vouloir avertir le lecteur que la guerre n’est pas que pour les autres, mais  que l’ennemi s’infiltre sans qu’on s’en rende compte, que la jalousie  ronronne avant d’exploser en haine  ethnique. « Je pensais être exilé de mon pays. En revenant sur les traces de mon passé, j’ai compris que je l’étais de mon enfance, ce qui est bien plus cruel encore ». Une fois de plus le Goncourt des Lycéens dédie son prix  à un chef d’oeuvre!

 B.C.D.

 

 

 

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30 novembre 2016 3 30 /11 /novembre /2016 19:10

Editions : Grasset

Parution : Aout 2016

294 pages

19 €

Estimation : 4,5/5

Bien que la petite île grecque  de Kalamaki ait tout du paradis,  personne n’est épargné.  Le père Kosmas a du mal à garder sa réputation,  Maraki à nourrir son fils, tandis qu’Andreas, son mari dévoré d’ambition, défend le projet d’un complexe  hôtelier démesuré. Yannis, leur petit garçon autiste,  ressent la mésentente de ses parents, souffre du désordre du monde,  porte le souci des villageois sans travail.  Angoissé par cette disharmonie quotidienne,  il se réfugie dans l’ordre des chiffres car seule  l’apaise la régularité  des produits de la pêche ou du nombre des clients au café du village. Eliot, un architecte gréco-américain, se lie d’amitié avec cet enfant qui lui rappelle et remplace un peu sa fille  Dickie, passionnée par la construction des théâtres antiques selon les règles du Nombre d’Or. Celle-ci était décédée accidentellement à Kalamaki une dizaine d’années auparavant, tandis qu’elle cherchait à restituer la grandeur de son théâtre abandonné  et rêvait d’en faire un grand centre culturel où viendraient se ressourcer les étudiants du monde entier. Le lecteur devine aisément le défi d’Eliot : sauvegarder  la beauté de Kalamaki tout en l’enrichissant. Mais y parviendra-t-il, lui qui n’a pour force que l’âme de sa fille et la main d’un petit autiste face aux magouilles et rivalités des politiciens et promoteurs?  En tout cas impossible de partir sur les îles grecques sans emporter avec soi ce bien  joli roman, car il va sans dire que son style  est imprégné de beauté pour « extraire des enfers » non seulement le fils de Maraki mais  toutes les victimes d’une  crise autant morale qu’économique  … 

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26 novembre 2016 6 26 /11 /novembre /2016 16:51

Editions : Flammarion

Parution : Août 2016

219 pages

20 €

 

«  La voix et le rythme comptent plus que les mots et le sens » dit Yasmina Reza. Sans doute est ce la raison pour laquelle le prix Renaudot 2016 lui fut attribué. Car son style est fluide, le rythme rapide, et le lecteur tourne les pages pour savoir jusqu’où peut aller l’hilarité ambiante d’une soirée de sexagénaires. Mais la pauvreté stylistique et thématique des dialogues rapportés dévoile le désespoir de chacun. Car tous semblent survivre grâce à l’alcool, la drogue, l’amour surtout quand il est masochiste, et le comique de situation  devient   vite  ridicule  avant de tourner à la tragédie. Sans doute  Yasmina Reza veut-elle, par le rire,  atténuer  un sarcasme blessant, une  révolte sous-jacente,  une amertume inconsolable face à « l’abîme » et au « non-sens ». Car, ironie du sort, ce sont les plus fragiles qui sont victimes. Lydie Manoscrivi, l’inconditionnelle du bio et de la protection des animaux, ne supporte ni le chat  ni la facétie de son mari. Elisabeth la narratrice s’enfonce par amitié dans le mensonge. Le sympathique Jean-Lino  Manoscrivi perd la tête sous l’emprise de la boisson et se retrouve derrière les barreaux, tandis que les égoïstes survivent grâce à leur bonne conscience. La  course au bonheur pour échapper au « temps vide » paraît bien vaine ! Ce prix littéraire symbolise  la crise de l’esprit  de toute une génération qui « déteste le recueillement » et pour laquelle l’harmonie du monde n’est qu’un mythe: « Ils ont du bol ceux qui pensent que la vie fait partie d’un ensemble ordonné! » Et si c’était justement la clé de l’énigme ?

B.C.D.

 

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