15 novembre 2020
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« L’Arbre du pays Toraja » par Philippe Claudel
Editions : Poche
Parution : 2017
209 pages
6,90 €
Sur l’île indonésienne Toraja le culte des défunts a une importance capitale si bien que ceux-ci sont considérés comme protecteurs d'un paysage toujours luxuriant. Alors Philippe Claudel enfonce le tabou occidental où toutes sortes d’euphémismes déguisent la mort. Le lecteur rentre dans les confidences d’un cinéaste quinquagénaire, qui égrène les souvenirs de ceux qu’il aima, et tout particulièrement dans les affres de son meilleur ami Eugène au seuil de la mort. Tandis que ce dernier se réjouit des plus petits détails de l’existence, notre anti-héros s’enfonce dans un pessimisme incontrôlable. Il opte, comme thème de son futur film, pour le robot parfait, au physique d’un sage vieillard à la mémoire infinie, tandis que lui-même oscille entre la gentillesse de son ex-épouse et la beauté irrésistible d’une jeune médecin. Livre décevant qui ne serait autre qu’un melting-pot de rencontres fortuites et d'évènements hasardeux si Eugène ne révélait pas la source de sa paix intérieure puisée dans son admiration pour Milan Kundera, incessant combattant pour la sauvegarde des libertés fondamentales. Ainsi l'arbre Toraja de Philippe Claudel se révèle peu à peu être une joyeuse allégorie invitant à vénérer les morts tout en croyant aux promesses de la vie...
B Clavel Delsol
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2017
11 novembre 2020
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Hervé Bazin : Portraits de famille
Editions : Omnibus
Parution : Février 2011
1248 pages
28 €
A l’occasion du centenaire de la naissance d’Hervé Bazin, les éditions Omnibus ont publié un livre présentant cinq romans de l’auteur. Pierre Moustiers est à l’origine de cette initiative comme de la sélection des romans choisis, du fait qu’il est lui-même l’auteur d’un magnifique essai sur Hervé Bazin. D’un coup de plume il fustige la légende qui attribua à Hervé Bazin la double étiquette d’un révolutionnaire anti-bourgeois et d’un autobiographe à l’enfance malheureuse. Il le prouve aisément en montrant l’opposition entre Brasse-Bouillon de « Vipère au poing » et Arthur Gérane de « La Tête contre les murs », certes deux révoltés contre la famille, mais le premier faisant tout pour s’en sortir, le second au contraire s’enfonçant dans la folie. Ainsi P. Moustiers fait d’Hervé Bazin non seulement un fin psychologue, mais un « traqueur de vérité et du mot adéquat », un artisan plus qu’un artiste contestataire. Son amour pour la terre hérité des Bazin n’est qu’un atout de plus pour témoigner de l’austérité des milieux financiers auxquels appartenait sa mère, ce qui lui faisait dire : « Je suis un homme divisé : entre le raisonnable et l’irrationnel ». L’écriture est là heureusement pour combler ce vide et faire dans « Qui j’ose aimer » de la propriété familiale, « La Fouve », un personnage à part entière, voire le principal. Selon P.Moustiers le désir d’Hervé Bazin était moins de régler des comptes personnels que de secouer les résignés de l’existence, se détacher du romantisme autant que du matérialisme, mettre en garde de ce déséquilibre moral qui menace tout un chacun, et surtout protéger la famille qui est pour l’enfant ce que le terreau est à la plante. Cette magnifique préface reflète les propres talents de Pierre Moustiers, de son vrai nom Pierre Rossi, qui a obtenu de nombreux prix littéraires et remet au goût du jour un écrivain dont « l’appétit créateur a détrôné l’éducateur donneur de leçons ».
B.Clavel Delsol
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2011
5 novembre 2020
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« La Société des Belles Personnes » par Tobie Nathan
Editions : Stock
Parution : Août 2020
420 pages
22 €
La force de ce roman réside dans la fusion entre réalité historique et sentiments de l’auteur soucieux de transmettre ce qu’il advint aux Juifs égyptiens après la seconde guerre mondiale. Dans les années 50 l’Egypte est aussi déséquilibrée que son roi. Elle accueille d’anciens nazis sous prétexte de bouter les Anglais hors du pays, « la danse des Seigneurs » y est dénigrée par les militaires putschistes et interdite par les Frères musulmans. C‘est « La Société des Belles Personnes » au cœur du Caire que veut ressusciter l’auteur, là où est né le vieux Zohar Zohar : elle sait danser aux fêtes de la kudiya, croit en Esther plus proche des djinns que des hommes, admire Doudou investir le minaret d’un chant biblique! La première page de ce livre commence avec l’enterrement à Pontin du vieux Zohar Zohar, qui n’a « pas perdu un seul fragment de son âme » malgré l’expulsion, l’exil, le martyr de ses parents, ni oublié la vengeance promise aux siens. Tobie Nathan va le faire revivre aux yeux de son fils François Zohar car ce dernier n’a pas pris encore conscience des souffrances de ses ancêtres. Et c’est alors que le roman devient chasse aux nazis, course à l’argent, course aux plaisirs, chasse aux cauchemars…Car Zohar Zohar forma avec ses trois amis juifs une famille d’inconsolables orphelins, désireux mais bien incapables d’embrasser le monde. «Si Dieu pardonne tout, les hommes, rien », jusqu’à ce que la Providence ramène leurs pas à « La Société des Belles Personnes », là où on naît dans les pleurs mais où on meurt dans la joie, là où les youyous finissent par estomper la peur…Magnifique voyage au cœur du monde et de l’homme !
B. Clavel Delsol
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2020
30 octobre 2020
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« Manderley for ever » par Tatiana de Rosnay
Editions : Albin Michel
Parution : Mars 2015
437 pages
22 €
Si les romans de Daphné du Maurier ont quelque chose de désuet, Tatiana de Rosnay les remet au goût du jour avec un talent imparable. Elle nous transporte dans cette Cornouailles sauvage qui sauva la jeune londonienne des impératifs mondains et de l’emprise de ceux qui l’aimèrent et la possédèrent à son insu. C’est la mer, le bateau du futur général Frederick Browning, les horizons infinis le long du littoral et les vieux manoirs oubliés aux allées sylvestres qui vont la faire vibrer et la révéler à elle-même avant de trouver le succès littéraire auquel elle rêvait tant. Si son envoûtement pour le domaine de Manderley passe avant tout le monde, c’est parce qu’il est un refuge voire une forteresse face aux contingences quotidiennes. Un trop plein de solitude dû aux obligations militaires de son époux va justifier sa nature qui se prête plus qu’elle ne se donne, qui entend deux voix en elle, celles du yin et du yang, celles de la joie de séduire par des histoires sombres et dramatiques. Et quand l’inspiration ne viendra plus elle s’acharnera à des biographies aussi travaillées que celle de Tatiana de Rosney. Livre très plaisant qui replonge le lecteur dans cette Angleterre victorienne pleine de mystères.
B. Clavel Delsol
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2015
19 octobre 2020
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« IMPOSSIBLE » par Erri DELUCA
Editions : Gallimard
Parution : Septembre 2020
172 pages
16,50 €
Peu importe si l’accusé est coupable ou non. D’ailleurs le lecteur ne le saura jamais, pas plus que le magistrat qui l’accuse. Tout coïncide pour le crime parfait car la victime après avoir été un ami proche pendant les années révolutionnaires de l’Italie fut un délateur. Cependant l’inculpé fait preuve de rares honnêteté de cœur et probité d’esprit si bien que le magistrat donne l’impression de ne plus chercher à savoir la vérité mais plutôt à confirmer ce dont il est sûr. Le but de l’auteur serait-il de remettre en cause la justice en tant que telle? Il ne le semble pas car il souligne les dangers d’une vengeance personnelle toute relative. En fait ce paysage grandiose des Dolomites incite l’auteur à rester libre, libre vis à vis d’une justice qui pénalise un groupe et non l’individu, vis à vis des préjugés des classes sociales et de leurs complexes, vis à vis d’un Etat totalitaire où les résultats de la procédure ne sont que des approximations qui n’ont rien à voir avec la vérité loyale du cœur humain. Peut être veut-il aussi justifier ses erreurs de jeunesse ? Heureusement son amour de la montagne apporte à cette technique d’ introspection une précieuse distanciation avec le monde en même temps que l'assurance de la bonne conscience ! Très beau livre où la tension dramatique est compensée par le lyrisme propre à Erri De Lucca et par le fait que l’idéalisme n‘a pas systématiquement le monopole de « l’impossible »…
B. Clavel Delsol
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2020
16 octobre 2020
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« Fantaisie allemande » par Philippe Claudel
Editions : Stock
Parution : Septembre 2020
170 pages
18 €
Le dernier livre de Philippe Claudel prête plus à la réflexion qu’au divertissement. Les descriptions d’une Allemagne nazie ne pourraient justifier ce titre, ô combien déroutant, si l’auteur ne révélait pas l’essence même de la nature humaine. En effet qu’ils soient acteurs ou victimes, déserteurs ou embrigadés, responsables d’hôpitaux psychiatriques ou simples agents d’entretien, ils apparaissent fétus de paille ou fruits de coïncidences hasardeuses, comme un fantaisie musicale se nourrit d’impromptus! Ici c’est le temps de la peur et de la mort. Il engendre l’incapacité de résister, de discerner le bien du mal, voire même de ne pas différencier un brouillon d’une œuvre d’art. Plus tard peut survenir un désir de faire éclater la vérité ou simplement de se venger d’une génération meurtrière. Ironie du sort : les protagonistes s’appellent tous Viktor. Mais la victoire espérée n’est pas à n’importe quel prix, c’est celui de la cruauté et du sadisme, du génocide, sans le moindre repentir, car chacun des Viktor a toujours fait ce qu’on lui a dit, jusqu'à déposer une petite Juive dans une fosse de morts. Alors ils s’éteignent peu à peu dans le noir d’une conscience pas nette, voire inexistante, celle qui a subi, obéi, hérité comme par transmission familiale. A une génération de séniles qui s’endort au son de la musique nazie succède une jeunesse parfois morte avant d’avoir vécu, parfois au contraire assoiffée de vie mais incapable de la moindre compassion. Philippe Claudel ne juge pas, il met en garde tout simplement !
Brigitte Clavel Delsol
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2020
14 octobre 2020
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« Sur la terre comme au ciel » par Christian Signol
Editions : Albin Michel
Parution : Octobre 2020
246 pages
19,90 €
Le bien connu chantre de la terre ne se limite pas à la contemplation des arbres et des sillons mais se révèle ici un ornithologue hors pair, amoureux des plus fragiles créatures. Sa connaissance des oiseaux, de la plus petite sarcelle jusqu’aux grands hérons cendrés, n’est pas celle d’un scientifique mais d’un vieux gardien vigilent d’un parc naturel où viennent se reposer les oiseaux migrateurs. Alors quand le malheur frappe son fils parti pour découvrir les espaces plus grands et plus sauvages du Nord du Québéc, le vieillard perçoit la ressemblance entre la jeunesse et ces oiseaux, avides d’immensité et de liberté, dont il a toujours regretté les passages trop brefs au-dessus de ses étangs du Touvois. Parviendra-t-il à redonner goût à la vie à ce voyageur imprudent par le simple amour de sa terre natale ? Saura-t-il retenir ce fils auquel il a transmis sa passion pour la nature ? Et s’il était lui même responsable de ce désir permanent de pousser toujours plus loin les frontières terrestres ? Telles sont les questions posées une fois de plus par Christian Signol, éternellement partagé entre la terre et le ciel …
B. Clavel Delsol
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2020
13 octobre 2020
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« Les caves du Potala » par Dai Sijie
Editions : Gallimard
Parution : Juillet 2020
172 pages
18 €
A Lhassa, capitale du Tibet définitivement annexée par Mao, les communistes chinois lors de la révolution culturelle de 1968 transforment les caves du célèbre Palais du Potala en prisons et lieux de tortures pour les contre-révolutionnaires. C’est là que se trouve Bstsn Pa, vieux peintre du dalaï-lama, qui, pour tenter de résister à ses cruels tortionnaires, remonte le temps heureux où il peignait ses tankas, rouleaux de peinture sur toile réservés à l’art sacré. Il revit ses chevauchées à travers un pays empli de monastères, revoit les chemins des pèlerins bordés de reliquaires et moulins à prières et la lumière du lac des Visions, à l ombre du plus haut toit du monde, qui inspirait ses pinceaux. De même que le régent du Tibet avait pour mission de trouver l’enfant digne de la réincarnation du dalaï-lama, de même le peintre se doit de réaliser l’union mystique entre le ciel et la terre, entre le charnel et le spirituel. Dans cet enfer communiste rien ne peut sauver Stan Pa. Mais grâce à l’écriture de Dai Sijie, aux descriptions des fresques comme des paysages, les œuvres de Stan Pa resteront éternelles. Livre enrichissant, autant historiquement que philosophiquement. Le lecteur découvre la coexistence du beau et du mal, l’apaisement de l’âme malgré la souffrance physique, une liberté intérieure que nul ne peut atteindre et l’intérêt de l’art sacré qui permet au commun des mortels d’accéder au monde harmonieux de la méditation et du recueillement.
B. Clavel Delsol
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2020
7 octobre 2020
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« La fièvre » par Sébastien SPITZER
« La fièvre » par Sébastien SPITZER
Editions : Albin Michel
Parution : Août 2020
310 pages
19,90 €
La Fièvre jaune envahit Memphis le 4 Juillet 1878, jour de la fête nationale. A partir de cet événement qui a dévasté la ville en quelques semaines Sébastien Spitzer parvient à faire sur la nature humaine une véritable étude psychologique, révélant les diverses réactions humaines engendrées par une telle épidémie. Le style est bref, sans détour, les dialogues très vivants, la tonalité parfois lyrique, parfois drôle, parfois tragique. Mais les phrases vont s’allonger et les tempéraments se brouiller au fur et à mesure que les évènements s’aggravent. La population fuit la ville, les pillards l’envahissent, le maire minimise les événements, le couvent des religieuses fait plus preuve de maladresses que de bonne volonté, le jeune docteur charlatan est un lâche tandis que le responsable du journal local fait des découvertes insoupçonnées qui vont changer le point de vue de son quotidien. Si le racisme comme le puritanisme subsistaient encore dans ce Sud enrichi par le coton, la Fièvre les chassera à jamais, car les sauveurs de Memphis sont ceux que l’on n’attendait pas : Anna Cook transforme son lupanar en hôpital et T.Brown l'ancien esclave prend les armes pour rendre à la ville la paix qu’elle mérite. Ce très joli livre fait revivre sans le moindre manichéisme des personnages qui ont véritablement existé et dont la grandeur d’âme est aussi imprévisible que contagieuse . Histoire opportune en ce temps de virus!
B. Clavel Delsol
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Published by brigitte clavel-delsol
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2020
2 octobre 2020
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« Les roses fauves » par Carole Martinez
Editions : Gallimard
Parution : Juin 2020
345 pages
21 €
Carole Martinez n’en finit pas avec ses cœurs cousus …Elle les découd sans scrupules et fait découvrir des secrets ensevelis avec les ans, des amours impossibles, des ribambelles de filles illégitimes, des graines de roses prolifères mais mortifères. Jusque là Lola, diminutif de Dolorès, petite postière boiteuse d’un village breton, n’osait pas toucher à son héritage andalou, une tradition à transmettre de mère en fille, des cœurs cousus par ses aïeules, bourrés de billets écrits et d’aveux inavouables que personne ne doit jamais lire. Mais Carole Martinez veut faire éclater la vérité: la lignée des Dolorès a été dupée par l’amour et meurtrie par la révolution espagnole. Et pendant que le fil de leur vie se laisse découdre, Lola perd de sa rigidité, donne enfin son cœur comme l’ont fait ses aïeules, tandis que l’auteure-narratrice se met en scène pour y « intégrer ses obsessions » : Halte aux traditions imposées, aux sujets tabous, aux commérages médisants, au mépris des enfants illégitimes et des vieilles filles boiteuses, au silence des morts ! Hymne rendu à la libération des plaisirs charnels, à la libération de la femme et bien entendu à l’instinct maternel de Miguel, l’homosexuel ! Eloge de l’éphémère qui permet à la petite postière du village de vivre un conte de fée avec une star de cinéma hollywoodien ! Tel est le cri d’une écrivain qui juge l’éternité assommante et l’amour semblable aux roses fauves, à l’odeur de sang et de mort. Comme disait Camus: "Un roman n'est jamais qu'une philosophie mise en image"...Les images de Carole Martinez sont magnifiques mais sa thématique désir-frustration bien affligeante ...
B. Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
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2020