5 mars 2020
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« La Fantasia » par Loris Chavanette
Editions : Albin Michel
Parution : Janvier 2020
284 pages
19,90 €
Ce roman saura toucher la génération qui n’a pas connu l’Algérie des années 50. Loris Chavanette, à l’instar de Camus, décrit avec talent la beauté de ce pays dans ses moindres recoins de paysages et de cœurs humains. Malgré son grand âge et son retour forcé en France, la pensée de la vieille Mariane est restée au-delà de la Méditerranée, et c’est ce qu’elle veut partager avec son petit-fils qui n’a pas connu la vie de ses ancêtres pieds-noirs. Le jeune Antoine découvre alors les heures les plus significatives de la vie de sa grand-mère, dont, entre autres, cette magnifique Fantasia qui résume la grandeur mauresque ou sa nuit à Tlemcen qui suivit la procession de Notre-Dame de Santa Cruz. Malgré la lucidité politique de Pierre , journaliste parisien qui fait pressentir une rébellion inévitable, et grâce à la sensibilité de Mariane héritée d’une ascendance noble de coeur, l’auteur parvient à faire revivre bien plus les amitiés indéfectibles que les inévitables humiliations humaines, remémorant des similitudes de mœurs et de rites qui sauront rapprocher les cœurs délicats. Les couleurs chatoyantes de cette terre magnifique contrastent avec le teint diaphane d’une vieille femme en fin de vie, trop lucide sur la nature humaine pour ne pas dévoiler, avant de mourir, son secret et ses espérances. Comme le dit Loris Chavanette lui-même, « Oui !ce livre valait la peine d’être vécu» : une fresque d’ombre et de lumière, une vie pleine de fierté et chagrin, de sensualité et pudeur, imprégnée de l’écho du muezzin et du parfum des fleurs d’oranger, malheureusement blessée par des séparations fatales et des départs sans retour ! Et si ce magnifique roman n’était qu’une allégorie de l’histoire d’amour de la France pour l’Algérie? Au lecteur de le dire , mais en tout cas il en sortira aussi fortifié que le jeune Antoine.
B.Clavel Delsol
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2020
2 mars 2020
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FREDERIC BEIGBEDER
Editions : Grasset
Janvier 2020
317 pages
20,90 €
Une fois ce livre acheté le lecteur se sent victime de la tyrannie des médias. A quoi bon un roman sans titre, simplement annoncé par un smiley narquois qui déverse un flot de paroles d’un somnambule qui n’est autre qu’Octave Parango, « l’humoriste le plus écouté de France » sur l’émission Matinale la plus populaire ? Animateur d'une radio publique, ce Parisien, obsédé par la drogue et le sexe, par sa jeunesse dorée et la mort de ses utopies, ne sait plus s’il est espion ou victime de son temps. Certes son égocentrisme sans limite a toujours nui à son bonheur. Mais, à la veille de sa matinale radiodiffusée, il ne veut plus jouer ce rôle de diversion. Car l’humoriste professionnel ne réussit que s’il parvient non seulement à ridiculiser mais à détruire sans pitié. Or cette nuit l’empathie d’ Octave Parango prend la relève. Dommage que son passé plein d’amères expériences et profondes déceptions envahisse sa tête nébuleuse d’un vocabulaire tout scatologique et d’images pornographique ! Sera-t-il assez fort pour donner sa démission ? Peut-être peut-on voir dans cet anti-héros l’appel au secours d’un homme déçu par le matérialisme roi et d’une prise de conscience du rôle de l’écrivain qui se doit de montrer « une vision liturgique du monde»! Rien d’impossible puisqu’Octave Parango n’est autre que Frédéric Beigbeder qui a fui Paris et n’a pas dit son dernier mot …
B. Clavel Delsol
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2020
23 février 2020
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« Un moine en otage » par Jacques Mourad avec A. Guillem
Editions Emmanuel
Parution : 2018
17,90 €
213 pages
L’œuvre d’Orient a décerné son prix littéraire 2019 à un ouvrage sans pareil : un témoignage bouleversant du père syro-catholique Jacques Mourad retranscrit en direct par Amaury Guillem, directeur RCF Aix-Marseille, auteur de plusieurs ouvrages profondément marqués par sa foi en Dieu et dans les hommes. Si le récit du père Mourad alterne entre les souvenirs heureux lors de la reconstruction des monastères de May Moussa et de Mar Elian et un douloureux enlèvement par les djihadistes où il subit une torture autant physique que psychologique, l’importance de ce livre réside dans le renfort et le salut que peuvent apporter la solidarité entre croyants de diverses confessions. Car comment réagir devant des fanatiques qui accusent d’œuvre du diable l’école de musique fondée par le père Mourad, détruisent ses deux monastères et prônent le massacre des mécréants ? Il est connu que Dieu ne fait des miracles qu’avec la participation des hommes. Et c’est ce que démontre le livre. En effet grâce à l'aide de jeunes musulmans qui le paieront de leur vie et à la constance de ses prières, le père Mourad, après cinq mois de dure captivité, retrouve miraculeusement la liberté. Puissent les pays chrétiens apporter la compréhension et l’amour du prochain quel qu’il soit! tel est le souhait de ces deux co-auteurs qui s’en réfèrent au Dieu unique et remplacent les différends dogmatiques par une sagesse toute spirituelle. Le livre s’achève par une supplication du père Mourad au retour à la prière, seul moyen de pallier à l’urgence du dialogue et de l’évangélisation et de chasser la peur de ceux qui font régner la terreur. Conseil à divulguer!
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2018
9 février 2020
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« Tu seras un homme, mon fils » par Pierre ASSOULINE
Editions : Gallimard
Parution : Décembre 2019
283 pages
20 €
P. Assouline nous offre deux histoires en une, la biographie documentée et réaliste de Rudyard Kipling qu’il rend vivante grâce au narrateur, Louis Lambert, dont la probité intellectuelle fait penser à celle de l’auteur mais qui a la chance de rencontrer le grand romancier de l’Empire. Rudyard Kipling a tout de l’aristocrate britannique, maître de lui et de ses convictions colonialistes. Fin politicien, il pressent le bellicisme allemand et, bien que révolté par les indépendantistes irlandais, il n’hésite pas à faire enrôler son fils John, refusé en 1914 par la Royal Navy, au 2ème bataillon des Irish Guards. Le style de P. Assouline reflète les sentiments de ce célèbre écrivain que l’on voit évoluer avec le tragique des évènements. Le devoir de père de soldat va s’étendre bien au-delà du « privilège du feu », de la solidarité et du service rendu à la nation. Le lyrisme de l’auteur s’accentue au fur et à mesure que la guerre avance. Car la responsabilité de ce départ est dure à endosser quand on découvre que la terre n'est plus qu’un ossuaire. L’autre histoire est celle du lieutenant Louis Lambert raillé par ses collègues du lycée à cause de ses deux obsessions, Mallarmé son professeur d’anglais et Rudyard Kipling dont il cherche à parfaire la traduction de « if… ». Là encore l’auteur révèle les liens indéfectibles qui unissent un père et un fils, fussent-ils spirituels, même quand les tempéraments et les convictions contraires les éloignent à jamais. Un livre sur l’amour paternel, où le souci de ses obligations et la pudeur se confondent et qui font de ces lignes une belle œuvre littéraire.
B. Clavel Delsol
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2019
4 février 2020
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« Dieu, le temps, les hommes et les anges » par Olga TOKARCZUK
Editions : Robert Laffont - Pavillons Poche
Parution : Mars 2019
Publication originale: 1996
391 pages
9,50 €
Olga Tokarczuk surprend le lecteur autant par son originalité d’écriture que par l’authenticité de sa perception du monde. Son livre est semblable au jeu de labyrinthe qui offre une multitude de chemins pour avancer dans la compréhension de l’existence. Véritable boîte de Pandore, il aborde tous les sujets dans un style éthéré sans frontière entre le rêve, l’imagination et la réalité. L’existence énigmatique de Dieu à cause de son silence et son invisibilité est remplacée par une nature où grouillent plantes et bêtes vivantes, sorcières ou saintes femmes, rêveurs ou idéologues dangereux jusqu’à vouloir réformer la nature humaine et l’essence divine. Le village d’Antan où se déroule cette saga est au cœur de la Pologne comme de l’univers. Tour à tour envahi par les nazis et les Russes, il est cerné d’une frontière derrière laquelle tout semble avoir disparu. Il est recouvert d‘un ciel de plomb, repose sur un sol où la propriété est interdite, où la mort se décompose en un mycelium envahissant, où l’homme vit dans l‘angoisse de l’éphémère. La candeur d’Isidor, la capacité d’amour de Geneviève, l’énergie de Paul Divin à aseptiser l’environnement ou à faire régner un égalitarisme uniforme ne suffiront pas à combler le vide ou la concupiscence. Tout se décompose sous les idéologies monstrueuses. Les instincts bas et vils vont jusqu’à hanter l’âme des morts tandis que la capacité d’aimer peut transformer une sorcière en bienfaitrice. Et si le paysage s’étend du fin fond de la terre jusqu’au ciel, l’auteur y parvient grâce à des errances qui lui permettent de discerner les inévitables souffrances humaines dans les rides d’une lune qui pleure. Une fois le livre fini, le moulin à café, simple butin de guerre, continue comme l’univers à tourner inlassablement, imbibé des multiples sentiments de ses usagers, parfois grinçant parfois chantant, tout à fait semblable au style métaphorique d’Olga Tokarczuck. Livre envoûtant où la raison humaine dans toute sa fragilité essaie d‘endiguer la folie du monde. Livre néanmoins plein d’espoir pour celui qui sait voir la beauté derrière la frontière interdite et la fécondité du mycelium plus puissant que la mort.
B. Clavel Delsol
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2019
26 janvier 2020
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« La France et l’Islam au fil de l’Histoire » par Gerbert RAMBAUD
Editions du Rocher
Parution : Octobre 2017
306 pages
21,90 €
Gerbert Rambaud, historien et juriste lyonnais, parvient en un livre à récapituler quinze siècles de relations entre les terres de France et l’Islam. Par une très belle fresque historique il révèle maints détails d’amitié et de trahison, d’intérêts personnels ou nationaux, de conquêtes spirituelles ou territoriales qui se répètent inlassablement. Tout commence au VIIIème siècle avec la victoire inattendue en Espagne sur les Wisigoths, réputés invincibles, des armées Omeyades qui poursuivront jusqu’à Poitiers. Quelques siècles plus tard, tandis que le christianisme se veut ferment d’unité de l’actuelle Syrie jusqu’aux Pyrénées, la tribu turque des Seldjiukides harcèle l’ancien empire romain, officialise le Coran, convertit de force, multiplie les razzia. Gerbert Rambaud révèle les liens qui dans notre Moyen-Age tissent les évènements. Le rapt du supérieur Maïeul de Cluny peut expliquer la volonté d’un autre Clunisien, le pape Urbain II, de prêcher la croisade. Un véritable labyrinthe des cœurs humains conduit le lecteur à découvrir maintes contradictions. Les trahisons sont dans les deux camps quand il s’agit d’intérêts personnels et la mort de Roland à Roncevaux en restera à jamais le symbole. La Renaissance a peur du Turc. Néanmoins un processus de négociations diplomatiques a lieu et annonce l’alliance à venir entre François Ier et Soliman le Magnifique, même si celle-ci n’est qu’un moyen de se protéger de la politique de Charles Quint. Cette tactique se retrouve avec le cardinal de Richelieu, aussi intransigeant avec les protestants de France qu’œcuménique avec les musulmans chassés d’Espagne. Garante du monde chrétien ou alliée de la Sublime Porte, la France hésitera toujours. Le pragmatisme de Bonaparte ou l’extermination des pirates du port d’Alger aurait pu convaincre les Musulmans d’une entente avec la France, à défaut de laquelle eut lieu une colonisation. Livre clair et objectif à mettre impérativement dans les mains des lycéens…
B. Clavel Delsol
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2017
23 janvier 2020
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« Le baron perché » par Italo Calvino
1ère publication : 1957
Editions : Seuil
321 pages
« Le baron perché » est un personnage fantasque inoubliable autant par son originalité que par son souci de liberté et sa quête de vérité. A la fois parabole politique et autoportrait, ce roman philosophique transporte le lecteur en haut des arbres de la forêt d’Ombreuse en Italie du Nord, au siècle des Lumières, lors des campagnes de Napoléon. C’est là que se réfugie le jeune Côme Laverse du Rondeau, au cœur d’un mûrier, révolté contre une aristocratie trop refermée sur elle-même, où l’autoritarisme d’un père et le rigorisme d’une mère sont cause de sa révolte intérieure comme de l’obscurantisme insupportable de sa soeur « à moitié nonne ». Côme s’installe entre ciel et terre, jure de ne plus jamais poser un pied sur le sol de son enfance, et saute désormais de branches en branches, de vergers en forêts, pour découvrir le monde sous toutes ses faces. L’extase devant la beauté de la nature se transforme peu à peu en un intérêt toujours accru pour une plus ample connaissance livresque, une croyance en le progrès, et un désir infini de se rendre utile. Les occasions de venir en aide ne lui manquent pas et c’est avec franchise qu’il prend parti dans tous les débats qui agitent son époque. Côme a besoin des cimes des arbres comme Italo Calvino de l’usage de l’humour et de la poésie afin d’estomper le tragique de l’existence, l’impossibilité de l’amour parfait, la misère des uns et la prétention dévastatrice des autres. Roman intemporel et enchanteur accessible de 9 à 99 ans…
B. Clavel Delsol
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1957
15 janvier 2020
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« Judas le coupable idéal » par Anne Soupa
Editions : Albin Michel
Parution : Février 2018
214 pages
15 €
Il y a des chrétiens qui se tiennent vent debout contre toute interprétation personnelle des Evangiles. Anne Soupa n’en fait pas partie. Au contraire ses convictions réformistes contre l’institution trop rigoriste de l’Eglise l’inspirent à enquêter sur la condamnation ancestrale de Judas Iscariote. A la différence de l’Evangile de St Jean, elle révèle un Judas ni félon, ni cupide, ni déicide, ni suicidaire. Selon elle, la prophétie de la trahison et le rapide repentir de Judas ne font qu’innocenter celui-ci. Ainsi le Christ respecte le plan divin comme le libre-arbitre de son disciple infidèle. Si les disciples sont témoins de l’attachement maladif de Judas à l’argent, Anne Soupa y voit la cause première de son erreur. Celui-ci a mis son espoir en Jésus parce qu’il Le croyait grand sauveur de la puissance et de la gloire terrestre d’Israël. Alors le repas pascal et le lavage des pieds ne lui disent rien qui vaille, le doute l’assaille, et Satan, l’ange de la désunion, gagne la bataille. De même que les prêtres du temple ne font preuve d’aucune compassion pour son repentir, de même une telle brebis galeuse ne peut trouver sa place dans « la pastorale de la peur ». Alors Anne Soupa ôte l’auréole noire de la tête de Judas. Celui-ci ne serait que le bouc émissaire de la dérive anti-juive qui dure depuis plus de 2000 ans. Sa faute devient universelle, elle se résume dans le désespoir d’un pardon du maître de la Miséricorde. Livre passionnant où le mal se révèle consubstantiel à la nature humaine qui a besoin d’un Sauveur…
B .C.D.
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2018
5 janvier 2020
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« Un autre son de cloche » par Jacques LAURENTIE
Editions : Téqui
Parution : Octobre 2019
301 pages
18 €
S’il est de bon ton de faire du christianisme l’origine de tous les maux de la terre, Jacques Laurentie n’hésite pas à apporter un autre son de cloche. A son franc parler s’ajoute une riche bibliographie qui apporte plus d’un argument pour le catholique confus de honte autant que d’ignorance face aux attaques inconsidérées. Certes la critique d’une Eglise imparfaite est légitime mais combien dangereuse quand elle ne se réfère qu’à des textes apocryphes, dénature le but des croisades, ignore les secours des missionnaires, détourne de son contexte historique un tribunal juridique ecclésial, et stigmatise sans nuance les guerres de religion. Elle devient pur combat idéologique, fait du Christ une simple invention humaine, méconnaît que la vocation de l’Eglise est le soutien du plus pauvre. Alors Jacques Laurentie multiplie les exemples des bienfaits de cette institution, sans pour autant oublier ses erreurs, dues, selon lui, autant à un déclin de civilisation qu' à une nature humaine imparfaite. Il ne sera jamais assez répété que le but de l’Eglise n’est autre que de proclamer l’amour du Christ et la paix de Dieu. Car la religion chrétienne n’est pas une « religion du Livre » mais de la Parole, du Verbe qui s’est fait chair, une religion de la vie, de « la foi en l’avenir ». Et l’avenir ne réside pas dans l’euthanasie, ni l’avortement, ni le mariage pour tous, ni dans l’Homme nouveau et ce trans-genre qu’il veut instaurer. J. Laurentie, quelque peu partial, a le mérite de rétablir des vérités pour poursuivre un débat qui se doit d’être permanent, avec, pour seule arme, la vérité.
Brigitte Clavel Delsol
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2019
30 décembre 2019
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« COUPURES » par François RACHLINE
Editions : Albin Michel
Parution : Novembre 2017
246 pages
19 €
Ces deux histoires en une sont séduisantes, celles de deux jeunes femmes, à un siècle de distance, sensibles jusqu’à en perdre la raison. Else Blankenhorn, née de la riche bourgeoisie allemande du début du XXème siècle et dotée de nombreux dons artistiques inspire la jeune Elise à rédiger sa biographie. Bien vite celle-ci découvre la fragilité psychologique d’Else qui fit plusieurs séjours en maison de repos sur le lac de Constance avant un internement définitif à l’hôpital psychiatrique d’Heidelberg. Mais pourquoi ses peintures aux effigies toutes prophétiques n’ ont pas été classées dans « l’art dégénéré » éradiqué par le nazisme ? C’est ce que sa biographe va chercher à comprendre et ce que François Rachline s’évertue à faire avec le plus possible de vérité historique. Si le roman tourne autour d'Else et d'Elise, la politique, la science médicale et l’art restent au cœur du sujet. François Rachline n’oublie rien, ni les premières découvertes de la schizophrénie dans l’art, ni le concert annulé devant Hitler par le grand musicien Hermann Van Steiger, ni les célèbres expositions de Prinzhorn qui alimenteront son livre « La beauté insensée ». Même la providence joue son rôle et va mener Elise sans le savoir à rejoindre Else jusqu’à sa maison natale. Les deux femmes finissent par se confondre. La coupure avec le monde extérieur a lieu, « l’art brut » est atteint, au lecteur de mettre un pont entre la réalité personnelle et la réalité collective!
Brigitte Clavel Delsol
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2017