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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 09:23

 

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2014

208 pages

17,90 €

 

 

Notre société  serait elle à ce point impitoyable  pour qu’une mère de famille esseulée plonge dans un pareil désespoir suite à la réflexion acerbe d’une institutrice au sujet de sa fille? Une écriture parfaitement maîtrisée est la principale caractéristique de ce roman  où la tonalité  humoristique s’enfonce dans une  tragédie sans retour.  A partir de cette simple phrase  « votre fille est une catastrophe », goutte d’eau qui fait déborder le vase,  le lecteur assiste  à une révolte intérieure  de la mère de Camille qui n’en peut plus de refouler ses sentiments. Origine juive, mère  exigeante, départ du père de  Camille, tout l’isole. Seule la rédaction de modes d’emploi d’appareils ménagers  la rattache au monde du travail. L’école lui apparaît alors  comme une machine à broyer et sa propre vie n’est rien d’autre qu’une machine en panne. Ainsi si N. Kuperman souligne les désastreuses conséquences de l’étiquette définitive posée sur le front d’une écolière, elle ne résout pas le problème de l’enseignement. La vocation première du professeur est l’épanouissement intellectuel de  l’enfant et quand le terreau familial est fragilisé, la semence a du mal à grandir. Un moyen de rappeler la responsabilité de chacun des  membres d’une société qui ne se veut pas sauvage.

B .Clavel Delsol

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13 octobre 2014 1 13 /10 /octobre /2014 08:31

 

 

Editions : Zulma  SEUIL

Parution : 2014

16,50€

131 pages

 

Helga est morte et ce n’est pas un chant mais un cri d’amour que lui adresse Bjarni. Pour ce paysan islandais, l’amour d'Helga se confond avec celui  de sa terre.  Sous le  désespoir de Bjarni le lecteur perçoit  un hymne à la création. Tout fait penser à la femme aimée, de la toison blanche des moutons aux reflets du soleil à travers les herbes ou les nuages. Une expression pleine de simplicité, parfois rustre, parfois  érotique, loin de choquer, révèle le sacré de la vie. Les seules  références  de Bjarni sont celles de ses ancêtres. Pas besoin de la ville et de ses richesses superflues. Mais à l’absence de maîtres à penser succède peu à peu  la révolte de l’homme sauvage face à la civilisation, l’attachement aux bêtes plus qu’aux humains, et à force de «  penser avec le cœur comme les anciens, et non avec le cerveau » Bjarni ne sait plus saisir les occasions offertes.  Beau tableau  islandais,  destiné plus aux amateurs de  sensations fortes qu’aux âmes prudes, plus aux amoureux de la nature sauvage qu’aux citadins, plus aux amants  transis qu’aux maris routiniers ...

B C D 

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8 octobre 2014 3 08 /10 /octobre /2014 12:55

 

 

Editions du Seuil

Parution : Avril 2013

350 pages

21,90€

Estimation : 4/5

 

 

Si  le cadre de « L’œil du léopard » est différent de celui  des « chaussures italiennes » l’auteur est bien le même avec ses angoisses et ses désirs d’améliorer le monde. Un   style toujours  fluide transcrit les illusions les plus utopiques et les fluctuations du moral toujours en péril de Hans, qui a toutes les qualités du anti-héros mais auquel  le lecteur s’attache inlassablement.  Pendant presque vingt ans ce jeune suédois réside en Zambie, mais il  ne passe pas un jour sans dire :   « il faut que je parte d’ici ». Car Hans fait partie de ces gens malheureux qui réalisent leur impuissance à faire  le bonheur des autres. Il ne met pas longtemps à réaliser  que sa vie est en danger car « la barbarie se cache sous un visage humain » et,  s’il reste dans ce pays  aussi longtemps, c’est que sa colère est plus forte que sa peur. Sa lucidité se révèle  aussi  grande que son rêve : comment peut il  parvenir à faire de sa ferme un modèle politique quand tout autour de lui n’est que corruption et superstitions, peur et incompréhension ? Car  tandis que la race blanche  se croit indispensable pour répandre la richesse et le bonheur qui doit en découler,  les Noirs résistent violemment  pour  préserver  leur terre rouge. Un beau voyage au cœur de l’Afrique et une belle étude de  la diversité humaine. A ne pas manquer…

B Clavel Delsol

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29 septembre 2014 1 29 /09 /septembre /2014 16:50

 

 

Editions :  Albin Michel

Parution : Septembre 2014

 

 

Si la Corrèze est son lieu de prédilection et la guerre de 1940 son thème récurrent, C.  Signol parvient à écrire une fois encore une œuvre pleine d’originalité. La description de ses paysages rappelle ceux de Jean Giono : une nature rude où le vent balaie la terre en ne laissant à découvert que les rochers arides de la montagne du Méjeau. C’est là qu’est né Jean Dolin, enfant naturel abandonné et devenu souffre-douleur d’un vieux  couple déshumanisé par une vie trop dure. L’appel au service militaire, la guerre puis la débâcle ouvrent des horizons à ce jeune innocent.  Miraculeusement  la Providence met  sur son  chemin des êtres exceptionnels, comme le lieutenant Fabre et le vieux Joseph, grâce auxquels il saura porter secours à des plus faibles que lui. Mais la guerre tue, sépare, fait perdre la raison. Belle étude de la fragilité humaine et de sa précarité, où la dramatisation du récit est compensée par un sens profond des valeurs premières.

B. Clavel Delsol

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27 septembre 2014 6 27 /09 /septembre /2014 20:04

 

 

Editions : Héloïse d’Ormesson

Parution : Juin 2014

121 pages

16 €

 

Jean d’Ormesson ne peut s’empêcher de partager ses pensées  et touche par la simplicité avec laquelle il les exprime, par son esprit empreint à la fois de culture et d’ingénuité, et sa générosité débordante. Car son but est d’apporter ici bas « un chant d’espérance » que tout un chacun a envie d’entendre.  Dans la formation du monde il distingue « le comment » qui est du ressort de la science du « pourquoi »  qu’il dit appartenir au roman. Mais c’est plus dans le domaine de la foi qu’il entraîne le lecteur : il  énumère ses raisons d’aimer la création,  révèle  un univers magnifiquement organisé qui continuera toujours  de tourner quoi que fassent les hommes.  Il ne se leurre pas, reconnaît que  toute vie est faite d’épreuves. Et de citer Leibniz sur la responsabilité de l’homme auquel  Dieu   a confié la création « pour qu’il en fasse un monde où…l’absence se change en présence et le mystère en raison ». Pour finir il invite à suivre une conduite de ligne de vie rédigée par un anonyme du XVIIème : « Allez tranquillement parmi le vacarme et la hâte… ». Ainsi d’Ormesson offre compréhension du monde  et  clé du bonheur, ce qui mérite bien l’achat de ce  livre.

B. Clavel Delsol 

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24 septembre 2014 3 24 /09 /septembre /2014 17:23

 

 

 

Editions : P.O.L

Parution : Septembre 2014

630 pages

23,90 €

Estimation : 2,5/5

 

 

Si  Emmanuel Carrère ressemble toujours à ses héros, il apparaît  dans « Le Royaume » dans sa plus grande simplicité. Après une pratique excessive  de la religion catholique suivie d’une profonde crise de la foi, il  se lance dans « un voyage au pays du Nouveau Testament », à la recherche de l’authenticité du Christianisme. Une approche de chacun des Evangélistes se révèle aussi enrichissante pour le lecteur que pour lui, mais combien  déroutante ! Car tout les différencie: leur origine, leur tempérament, leur style d’écriture, leurs convictions. Certains s’attachent aux rites, d’autres à la vie éternelle, certains sont fanatiques, d’autres tolérants, certains considèrent Jésus comme un rebelle à la religion juive, d’autres comme un insoumis à l’occupation romaine, certains comme un maître  plein d’exigence, d’autres comme un père plein de mansuétude. Avec les scrupules d’un historien E. Carrère s’enfonce dans le labyrinthe biblique pour découvrir que  les lois du Royaume n’ont rien de commun avec la morale traditionnelle et que la destruction du temple de Jérusalem n’empêche pas  de « rendre à Dieu le culte qu’Il mérite … par des actes de bonté ».  La thèse sociologique devient  peu à peu histoire d’amour, Carrère découvre  que « la vieille Eglise » reste fidèle au message du Christ et c’est grâce à cette fidélité que le lecteur s’accroche aux pages de ce gros livre, bien que celles-ci soient à plus d'une reprise  d'une trivialité et d' une provocation aussi irritantes qu'inutiles.

B Clavel Delsol

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23 septembre 2014 2 23 /09 /septembre /2014 10:27
« Son visage et le tien » par Alexis JENNI

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Octobre 2014

174 pages

15 €

Estimation : 4,5/5

 

Alexis Jenni n’a pas fini de surprendre tant il a de cordes à son arc. Professeur de Sciences naturelles qui  fit  indéniablement preuve de poésie et de positionnement politique dans «  l’Art français de la guerre », prix Goncourt 2011, il se lance aujourd’hui dans une leçon de vie qu’il veut accessible à tous. Les hommes, selon lui, sont  semblables à des élèves ignorants qui paniquent en ne  voyant jamais rien au microscope.  « En colère contre la mort », ils réclament  en vain des divertissements, ont besoin de bavardage et à force de vouloir l’éternité finissent pas se noyer dans le précaire. Et pourtant la solution est simple pour cet écrivain  scientifique, aussi réceptif qu’avide de pérennité lui aussi. Le corps est doué de sens qui permettent l’expérience du beau, tremplin entre l’éphémère et l’éternel, entre l’humain et le divin, et ainsi libèrent le moi trop renfermé à cause de croyances obsolètes. La vocation de l’homme n’est pas la souffrance mais la joie, de même que Dieu ne demande pas de souffrir mais au contraire libère de la souffrance. Alors ce petit corps de chair, seule richesse de l’homme, est un temple où seul le recueillement apporte le souffle nécessaire pour le partage de l’amour éternel. Ouvrage magnifique où le visage de Dieu est semblable à celui côtoyé chaque matin.

Brigitte Clavel Delsol

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14 septembre 2014 7 14 /09 /septembre /2014 18:47

 

1ère parution : 1967

Editions Points 1995

461 pages

 

Lire « Cents ans de solitude » est une façon de rendre hommage à Gabriel Garcia Marquez mort en avril dernier. Pourquoi un tel titre est-il attribué à la nombreuse descendance de  José Buendia  et  de sa cousine Ursula ? Rien à priori ne les prédestine  à la solitude. Seule l’interdiction de leur union due à leur consanguinité les fait vivre dans la peur d’un mauvais sort. Comme Adam et Eve ils s’enfuient pour fonder Macondo, petite ville isolée du reste du monde où malheureusement le bonheur ne va pas durer. Comme le mal se glisse entre Caïn et Abel, la folie s’instaure petit à petit à Mocondo. Un désir inassouvi de richesses, l’ivresse du pouvoir, la concupiscence, les massacres jouissifs pour certains, traumatisants pour d’autres, ont des répercussions désastreuses où l’auteur mêle le vraisemblable à l’imaginaire. A la fois allégorie de l’histoire colombienne et symbole de la condition humaine, G. Garcia Marquez parvient à réaliser une fresque biblique où le déluge ravage le paradis terrestre. L’histoire tragique des Buendia laisse derrière elle une impression d’éternel recommencement, symbolisé par la répétition des prénoms retrouvés à chacune des générations et qui font dire à Ursula que « le temps tourne en rond sur lui-même »…Heureusement des passages hauts en couleurs et en personnages de caractère  métamorphosent la triste réalité en une légende fantastique :  Aramanta  tricote un linceul pour sa rivale Rebecca la mangeuse de terre, Mauricio Babilonia l’amoureux transi apparaît toujours  enveloppé de papillons, Remedios la vierge monte au ciel corps et âme … Une littérature à la croisée des racines hispaniques et indiennes où persistent les couleurs du soleil.

B Clavel Delsol

 

 

 

 

 

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8 septembre 2014 1 08 /09 /septembre /2014 15:17

Éditions : Albin Michel

Parution : 4 Septembre 2014

427 pages 

Estimation : 4/5

 

 

Dans les mémoires posthumes de Robert SABATIER  le lecteur trouvera le même naturel, la même spontanéité que dans ses romans et poésies, le même amour de la vie malgré les chagrins et les peines rencontrés, un "quelque chose de fragile et naïf " décelé dès son premier livre par les éditions Albin Michel . Dans "Je vous quitte en vous embrassant bien fort", aucun souvenir ne lui échappe, le moindre événement du quotidien est relaté, la liste des amis écrivains  et célèbres ne cesse de se rallonger avec les années, car c'est de ses compagnons de route dont il veut parler, des êtres de chair et de sang plus que de lui-même et de ses tourments. L'amitié l'emportant toujours sur les mondanités, deuils et fêtes se succèdent. Il se dit  bavard , mais il est un conteur sensible, pudique sur ses idées politiques ou religieuses, de même que sur ses amours, mais toujours si sincère et affectueux pour les autres et humoristique pour lui-même. Une éternelle innocence côtoie la sagesse de son âge, ses nombreux voyages ne font que fortifier ses attaches à sa terre natale. Il se dit amateur et autodidacte, qualifie ses mémoires de "bric à brac" alors qu'elles font du quotidien "un patchwork de beautés" guidé par le seul souci de "faire lever le jour", comme le félicitait A.Camus. Livre passionnant qui plonge le lecteur dans le milieu littéraire des années d'après-guerre jusqu'à nos jours.
Brigitte Clavel Delsol

 

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1 septembre 2014 1 01 /09 /septembre /2014 13:43

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Juin 2014

234 pages

17,90 €

 

 

Les talents d’écrivain de Jean-Marie Rouart sont indéniables. Le lecteur découvre  des portraits pleins de vie d’illustres contemporains, recueille  des confidences intimes, aperçoit des endroits idylliques.  Et pourtant J-M. Rouart laisse derrière lui des traces d’amertume. Son protagoniste est un anti-héros,  un éternel adolescent qui se cherche sans beaucoup de convictions. Seules  deux passions  le taraudent depuis toujours : les femmes et l’écriture. Une ambition démesurée se heurte à ses échecs répétés, non dus à un  manque de capacités mais plutôt à la fréquentation d’un milieu qui l’éblouit  jusqu’à l’aveugler. Ecartelé entre un parisianisme mondain et un désir jamais feint de liberté, il est fier d’appartenir à une famille d’artistes pour laquelle seul l’art compte. Néanmoins  il n’a de cesse de fréquenter de hauts  milieux argentés et libertins qui le dévoient de sa vocation de contemplateur. De ce livre émane un malaise de mal aimé,  accompagné d’un  parfum d’insatisfaction permanente qui l’incite à penser que son destin aurait été tout autre s’il avait été enfant de pêcheurs. Ouvrage d’un être désenchanté qui se ressource à Noirmoutier…

B. Clavel Delsol

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