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21 août 2013 3 21 /08 /août /2013 16:25

 

Editions : Albin Michel

Parution : 22 Août 2013

276 pages

19 €

 

 Il est de bon ton de confondre religion et intolérance. Par un roman dans le roman, Patricia Reznikov rappelle les excès du puritanisme de la Nouvelle-Angleterre dont  les Transcendantalistes, équivalents de nos Romantiques du XIXème siècle, dénoncent  l’impitoyable cruauté. C’est précisément le thème du livre de l’un deux,  « La lettre écarlate » de Nathaniel Hawthorne, unique objet  que Pauline retrouve épargné de l’incendie de son appartement parisien. Elle y voit un signe du ciel, cache ses brûlures sous son tee-shirt et s’envole à Boston sur les traces de Hawthorne. Elle découvre que si celui-ci  et ses amis  ont été sensibles aux beautés de la nature, ils n’en ont pas moins ignoré les injustices de ce bas monde. En effet ce sont les condamnations publiques d’Elizabeth Pain et d’Hester Craford, toutes deux coupables d’infidélité conjugale, qui ont inspiré à Hawthorne son héroïne, Hester Prynne. Contrainte par la justice  de l’époque de porter la lettre écarlate qui affiche son adultère, celle-ci symbolise pour notre Parisienne la souffrance morale de toutes les  femmes humiliées de l’Histoire. « Je compris  que la vie était courte. Tragique. Précieuse ». Alors les blessures cachées de Pauline  et ses impressions sur ses deux guides bien singuliers  prennent une autre dimension …Livre plaisant à lire, qui montre la raison de vivre que porte en soi  chacun des mystérieux  personnages rencontrés.

B.C

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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2 août 2013 5 02 /08 /août /2013 09:48

 

 

 

Editions : Pierre Guillaume de Roux

Parution : Avril 2013

329 pages

25,50 €

 

« L’Europe n’a de sens que si elle fait connaître son histoire, sa musique, sa littérature». Boris Pahor s'y emploie en nous faisant découvrir Trieste au coeur de la deuxième guerre mondiale, prise en étau entre l’Allemagne et l’Italie, entre le haut plateau du Karst et la Méditerranée. Ecrit en 1952 et  seulement traduit en français en 2013, le sujet est toujours d’actualité : il s’agit de la fuite  du jeune soldat Rubi Leban qui refuse de servir l’armée allemande comme ses ancêtres avaient tenté de résister à l’armée italienne. C’est alors une cavale éperdue à travers la Slovénie où tout enchante  Rudi : le parfum de sa terre, la diversité de ses femmes, le courage de ses hommes. Récit d’évasion autant que de résistance, l’amour du pays devient raison de vivre. Un livre qui donne envie de découvrir Trieste la déchirée  et ce pays de la force silencieuse qu’est la Slovénie.

Brigitte Clavel Delsol

  

 

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24 juillet 2013 3 24 /07 /juillet /2013 06:11

Editions : Albin  Michel

Parution : 22 Août 2013

247 pages

19 €

 

   Les difficultés auxquelles se confronte le principal personnage de ce roman ne semblent pas  s’apaiser avec les années  et,  sans la dimension onirique de Sylvie Germain, elles auraient tendance à révéler le tragique de l’ existence. Aussi pires soient-elles, Sylvie Germain les rend salvatrices, permettant à sa protagoniste de se construire peu à peu. Tous les problèmes sont abordés : l’absence d’une mère entourée d’un mystérieux silence, la famille recomposée et les rivalités qui en découlent, la mort qui frappe les plus jeunes comme les plus âgés,  la maternité pas assumée, la malformation du nouveau né, la liste est longue des causes du mal-être de Barbara Bérégance que son père tient à appeler  Lili sans voir que sa fille grandit et parvient tant bien  que mal à l’âge adulte. Comme «  le goût amère d’un morceau de sucre fondu dans une cuillère de thé », les sensations  contraires se bousculent, multiples, incompréhensibles, aussi cruelles qu’inattendues, rarement douces et réconfortantes. Mai 68 fait des promesses d’amour, mais les résultats sont décevants. Chacun se renferme sur ses secrets, sur ses chocs à la vue de scènes insoutenables. Roman dont le sombre obscur suscite plein  de  questions existentielles. Comment garder le goût de « la faim », de « la soif », de « la vie » ? Lili-Barbara  essayera tout, acceptation, révolte, amour,  créativité, mais en vain. Le seul moteur : une clarté qui, plutôt que de l’extérieur, vient d’un cœur isolé.  A force  d’observation et de réflexion  l’enfant devenue femme  se lance dans « une traversée en profondeur » de sa conscience, jusqu’à ce que l’écartèlement entre les deux prénoms  Lili et Barbara prenne fin. Ce n’est plus la considération qu’elle recherche. C’est simplement être au bon endroit au bon moment, comme Viviane en bas des escaliers en 1944, comme le chien Cosmos à côté de son père ou Paul le prêtre-ouvrier  des prisons, en un mot c’est aimer la vie, "la plus belle des croyances, en tout cas la plus salutaire"...Livre d’une femme mûre, tourmentée, marquée  par  les horreurs de ce monde  qu’elle parvient à tourner en désuétude  grâce à un coup de vent poétique qui transforme malicieusement un catastrophisme en  «  petites scènes capitales ».

Brigitte Clavel Delsol 

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19 juillet 2013 5 19 /07 /juillet /2013 09:04


 

 

 

Editions : Livre de Poche

Parution : Novembre 2012

548 pages

7,60 €

 

 

Chaque page de ce livre et chacun de ses personnages révèlent combien Naahal Tajadod, iranienne d’origine, sait observer, comprendre et aimer son pays. Qu’ils soient  burlesques ou sérieux, artistes ou politiciens, fins lettrés ou petits domestiques, tous tiennent la même place  dans son coeur. Point de manichéisme chez cette auteure qui sait déceler l’importance du détail dans la vie quotidienne, seulement plein de lucidité sur le cours de l’Histoire et la faiblesse des différents régimes qui se succèdent sans crier gare. Son héroïne Ensiyeh  lui ressemble. Depuis sa tendre enfance celle-ci souffre de voir traiter d’archaïsme les exploits et les rites de ses ancêtres guerriers auxquels l’Iran doit sa grandeur. L’esprit de service quel qu’il soit sera toujours  mal récompensé,  jusqu’à ce que la grande révolution instaure au pouvoir  la vengeance du pauvre  et la haine du riche. C’est dans ce contexte anticolonialiste et révolutionnaire  que le sympathique  Fereydoun, réalisateur de films télévisés à la vie dissolue, devient un célèbre personnage et tombe amoureux d’Ensiyeh l’aristocrate, tandis qu’un politicien francophone, Mr. V, s’évertue en vain de faire connaître  Victor Hugo. Une diversité  de personnages  et de situations nous fait ainsi découvrir, non seulement l’Iran du XXème siècle, mais la nature humaine universelle avec ses moments de tendresse et de nostalgie, d’ignorance et de légèreté, qui nous laissent « debout sur la terre » malgré tout….

Brigitte Clavel Delsol

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10 juillet 2013 3 10 /07 /juillet /2013 14:23

 

 

 

Editions :   Terres d’Amérique/ Albin Michel

Parution : Avril 2013

382 pages

22,50

 

 

A travers un petit village du Kentucky dénommé Roma l’auteur met en exergue ce que la majorité ne veut pas  voir : les faiblesses dissimulées au nom de la décence, le silencieux mystère qui entoure le monde des grandes personnes.  Dans ce lieu apparemment paisible règne l’ennui qui suscite  une course aux plaisirs jamais assouvis. A force de croire que  le sexe, la vodka et la marijuana apportent le bonheur, les drames  se multiplient dans chacune des huit  jolies  mais bien tristes nouvelles. L’adolescent, guidé par sa pure intuition ou ses seuls instincts, perd tout repère moral, multiplie les actes  irresponsables. Le souci de l’adulte réside dans son petit confort personnel ou dans la préservation de sa  bonne réputation. Les conséquences désastreuses augmentent au rythme de la panique et du désespoir. Le mensonge dissimulé, la lâcheté, un conformisme traître font aussi mal que la violence et  la cruauté du prédateur. Les plus forts ferment les yeux,  s’adaptent sans scrupules,  refont leur vie au dépens des autres, tandis que les plus faibles souffrent en silence, ou bien, révoltés par tant de faux-semblants, font un enfer de ce qui aurait pu être un paradis sur terre. Les descriptions de l’auteur sont dignes de celles de Stéphane Zweig. Malheureusement l’homme apparaît comme un fétu de paille, et  Dieu avec des mains impuissantes. Huit nouvelles qui ouvrent le yeux sur une triste réalité: le règne de l'absurde...

Brigitte Clavel

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4 juillet 2013 4 04 /07 /juillet /2013 09:54

      

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2013

284 pages

19 €

 

 

 

Pourquoi les Mandy restent-t-ils à l’écart  dans cette  minuscule maison de bois située au bord des rails de la gare de Budapest ? Il semble au jeune Imre que les trains monstrueux qui entourent cette minuscule parcelle ne sont pas les seuls responsables de la tristesse de son père et de la colère permanente de son grand-père.  A ses  multiples questions  il obtient pour toute réponse un silence lourd qui en dit long  sur les souffrances endurées. Il faut épargner la jeune génération, l’enfermer à clé pendant que la révolution  gronde au centre ville et que le grand-père part déboulonner la statue de Staline. L’ignorance, « seule source de bonheur » selon sa mère, ne satisfait pas le jeune Imre. Comment comprendre les siens quand ceux-ci dissimulent, par amour pour lui, les souffrances dues aux invasions successives des nazis et des communistes.  Quand la Hongrie retrouve son indépendance politique et que le mur de Berlin tombe, le jeune Hongrois découvre tout ce que l’Occident apporte à son pays : une liberté  qui enrichit  le commerce autant qu’elle  entache les mœurs. Alors  il comprend  le sens  du fronton de la maison qui porte le nom de quatre générations, plus important que le  sang qui coule dans les veines. Car, même  arrachées, les traditions familiales et patriotiques ne peuvent mourir. C’est précisément ce que veut  rappeler Alice Zeniter par les refrains du vieux grand-père qui alternent entre l' exaspération d’un alcoolique qui boit pour oublier " Qu’ils crèvent tous…"  et la tristesse d'un  poète qui pleure un " Sombre dimanche..."

Brigitte Clavel Delsol.

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2 juillet 2013 2 02 /07 /juillet /2013 09:35

 

Editions : Albin Michel

Parution : Mai 2013

190 pages

16 €

 

 

Le récit de Marie Rouanet est d’autant plus passionnant qu’il est aussi réaliste sur le fond que  poétique sur la forme. C’est la vie de  Jean Hugo (1894-1984) qui l’inspire et le lecteur aura vite fait d’en deviner les  raisons. Jean Hugo est doué de nombreux talents, mais la modestie l’emporte sur le souci de la réussite : rivaliser avec le génie de Victor le Grand n’est pas facile, son père Georges Hugo l’a prévenu. Cependant rien, pas même deux guerres ni la vie dissolue de ses amis et célèbres artistes parisiens, (Cocteau, Honegger, Radiguet, Picasso, Lucien  Daudet, Poulenc…) n’arrête son esprit contemplatif et créateur. Il conserve son carnet de croquis dans la poche,  rédige secrètement  ses mémoires  et gagne sa vie en tant que décorateur de théâtre et créateur de costumes. Par la sobriété de son art  il dévoile la sainteté de Jeanne d’Arc dans le film de Carl Dreyer,  par ses jeux de velours  il épouse chacun des rôles des pièces de  théâtre. Pour lui tout est terreau de créativité. De son « Voyage de Moscou et Leningrad » subsistent des  gouaches minuscules  où la pâleur des teintes annonce le chatoiement de celles qui l’attendent à Fourques, propriété héritée de sa grand-mère. Là il résiste à l’athéisme grandissant de son entourage, à l’opium de ses amis auxquels il ouvre sa demeure, à la solitude laissée par  le  départ indifférent de ses enfants.  Il trouve son bonheur  dans le régionalisme et la langue d’oc de Mistral, dans la foi contagieuse de  Jacques Maritain. Mystique exacerbé il reconnaît  Dieu partout, et grâce à Marie Rouanet gagne une postérité que celle-ci  mérite à son tour : car ressusciter un mort avec tant de talent relève du miracle.

B Clavel-Delsol

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27 juin 2013 4 27 /06 /juin /2013 14:20
Édition : Quai Voltaire
Parution : Avril 2013
378 pages
22 €

L'histoire se situe dans un petit port de pêche sur la côte est de l' Écosse.Point d' événements extraordinaires dans ce pays soumis aux variations du temps et aux rythmes des départs et retours des marins. Et c est précisement ce que l' auteur veut représenter, avec les états d'âme qui en résultent . Les journées sont interminables pendant que les hommes sont en mer et le seul divertissement de Myrtle et Annie sont des parties de cartes autour d'une tasse de thé. Pause qui ne sert que de prétexte aux deux amies pour se faire leurs confidences qui tournent vite en désaccords. Car les deux femmes sont différentes : Annie est d'une beauté irrésistible, provoque tous les hommes , a besoin d' argent et rêve de voyages pour échapper à son sort; le physique de Myrtle est moins gâté par la nature, mais son coeur fidèle et généreux est apprécié de tous dans ce coin perdu où elle se sent utile et enracinée. Certes le lecteur trouvera des longueurs dans ce récit où les descriptions détaillées priment sur l'action. Mais le réalisme, avec lequel est dépeint entre mer et ciel chacun des villageois, laisse l' impression inoubliable d'une fresque sur fond gris peinte au couteau dont la beauté inoubliable est due à sa simplicité. Brigitte Clavel.
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17 juin 2013 1 17 /06 /juin /2013 11:44

 

 

Edition : Gallimard

Parution : Janvier 2012

24 €

392 pages

 

 

Sa patrie c’est l’Autriche, sa langue c’est l’allemand, mais sa nationalité  est italienne : tel est le dilemme que vit depuis trois générations la famille d’Eva. Ce drame est aussi historique que familial : il remonte à 1919 lors du démantèlement de l’Empire austro-hongrois où le grand-père d’Eva s’opposait   à l’italianisation forcée de sa province du Tyrol du Sud, rebaptisée en Haut-Adige et ardemment  surveillée par l’armée italienne. Tandis qu’Eva  entreprend un long voyage en train vers la Calabre, ses pensées remontent vers le  passé  douloureux  de sa mère Gerda. Elevée  dès  sa plus jeune enfance  dans le sillage des indépendantistes avec  un père au passé nazi et   un frère terroriste, celle-ci fut  dans l’obligation de gagner sa vie très jeune  tandis que  sa beauté germanique enflammait tous les regards des officiers italiens. Mais pourquoi ce gentil brigadier calabrais du nom de Vito qui vécut quelques années avec elle deux, juste le temps pour Eva de savoir ce qu’est un père,  les quitta  subitement ? C’est ce que veut élucider Eva en rejoignant Vito avant sa mort. C’est surtout l’intention de l’auteur de révéler, dans un style émouvant,  combien la rigidité des lois et des frontières entrava pendant longtemps le bonheur des individus.  Selon elle, à temps nouveau, nouvelles mœurs !  En réalité le sang versé et les amours  sacrifiés semblent une fois de plus être l’éternel  prix à payer ...... Un style magnifique berce le lecteur au rythme régulier du train.

B C

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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10 juin 2013 1 10 /06 /juin /2013 17:07

 

 

Edition : Seuil

Parution : Janvier 2013

 282 pages

19,50 €

 

 

Un retour au Congo natal après vingt-trois ans d’absence  en même temps qu’une renaissance  dans son enfance africaine, telle est l’expérience que nous livre Alain Mabanckou avec autant d’objectivité que de sensibilité. Pour mieux  retrouver les siens et  se  comprendre lui-même,  il ne se voile pas la face. Il ne  dissimule  ni les rites  et les  superstitions surannées, ni  l’envie et l’exigence  incontrôlées des uns ou l’amour gratuit et éternel des autres.  Sincérité et humilité signent  chacun des portaits qu’il réalise avec le talent  et la psychologie d’un grand homme de lettres, photos à l’appui… Mais il ne renie pas  l’enfant de jadis et  sait « à travers la rudesse de l’existence trouver les points de lumière ». Pour préserver l’innocence de la jeunesse, le monde des adultes a toujours caché les soucis du quotidien. Alors, s’il ne se recueille pas sur la tombe de ses parents ni ne rend visite à sa cousine hospitalisée dans une chambre maléfique, c’est que lui aussi a « un peu peur », veut faire bonne figure et surtout «  ne pas bousculer ce qui se fond dans le décor ». Alors il repart,  laissant sa terre natale comme une concubine abandonnée certes, mais réconcilié avec lui-même : dorénavant il participera  aux funérailles de ses défunts et à la publication des écrits des jeunes ponténegrins…Très joli livre.

B. Clavel-Delsol

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