8 avril 2014
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Editions : Gallimard
Parution : Février 2014
156 pages
15,90 €
Le dernier roman en date de J-C Rufin est aussi époustouflant par son suspens qu’émouvant par la complexité des sentiments. Au sortir de la guerre de 14, l’officier Lantier du Grez est chargé de juger le soldat Morlac. Celui-ci, après avoir été décoré de la Légion d‘Honneur, est retenu prisonnier dans la caserne militaire d’une sous-préfecture de province complètement désertée, sauf par son chien qui hurle à la mort jour et nuit. Ce n’est pas en juge que Lantier débarque, la guerre lui ayant appris à connaître les hommes, mais en fin psychologue qui veut comprendre la révolte de ce héros. Deux hommes que tout oppose, mais que ce chien finira par réunir, car lui aussi a participé aux combats… Peu à peu l’intrigue prend une nouvelle dimension. Morlac avoue sa haine de la guerre et son rêve de paix universelle, Lantier entrevoit les limites de la nature humaine et les dangers de l’idéologie. Et si la fidélité n’appartenait qu’à l’animal asservi et la liberté n’était qu’un mythe ? Livre magnifique qui apporte à la guerre non pas un souffle de haine mais de vérité : la petitesse humaine et son impuissance sauvées par le pardon …
B Clavel Delsol
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2014
5 avril 2014
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Editions de Fallois
Parution : Janvier 2009
239 pages
20 €
Ebranlé dans sa jeunesse par la lecture de Céline, le sociologue Paul Yonnet, une fois l’âge mûr atteint, cherche à mieux comprendre ce personnage mythique de la littérature qui tripote les phrases comme le corps de ses patients. Homme à double vocation, médecin et écrivain, Céline est un pessimiste, « pas résigné, mais résolu à souffrir ». Au lieu de se focaliser sur son nihilisme, c’est d’abord sur les évènements politiques de l’époque que P.Yonnet s’arrête, et leurs répercussions désastreuses autant sur le plan littéraire que social. Céline est né l’année de l’incarcération du capitaine Dreyfus et a vingt ans en 1914. Telle est sans doute l’explication de sa révolte, de son style anarchiste, et de sa vision désespérée de la vie, « ma nuit à moi, mon cercueil… », qui font que ses romans n’entrevoient jamais la lumière et rebutent autant qu’il attirent. Si le sociologue reconnaît l’importance des circonstances sur le destin, il n’en néglige pas pour autant la part de liberté de chacun. Céline scandalise, rompt le pacte du silence, révèle une humanité ignominieuse et la vie d’un absurdisme révoltant : « …le boulevard de la Révolte… C’était ma rue ». Et pourtant Céline a comme livre de chevet « René » de Chateaubriand qui aspire à « la monotonie des sentiments ». Mais la pauvreté le torture : « Ils rajeunissent c’est vrai plutôt du dedans à mesure qu’ils avancent, les pauvres… Leur tâche à eux c’est de se vider de leur obéissance… ». Alors une telle empathie doublée d’un pacifisme sans borne expliquerait, selon P. Yonnet, un racisme obsessionnel qui condamne le nationalisme juif intrinsèquement colonialiste et responsable de tous les conflits internationaux.Thèse discutable, mais bel hommage à Céline trop souvent incompris qui sut rendre à P. Yonnet avant de mourir la sérénité que jeune il lui avait ôtée !
B Clavel Delsol
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2009
28 mars 2014
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Editions : Gallimard
Parution : Janvier 2014
122 pages
12,90 €
« C’est une chose bien dangereuse que de lire », prévient Christian Bobin qui préfère l’étude de la nature à celle des livres. Avec une simplicité portée à son paroxysme dans le choix des mots et l’alliance des contraires, Christian Bobin se lance dans une ode à la vie plus intensément que jamais. Il y a sur terre tant de beautés indicibles que « la poussière du néant ne tient pas ». L’innocence est partout, la nature est remplie d’étourneaux ou de loups, Dieu comme nous joue et titube, mais chaque jour comme chaque seconde la résurrection est possible. Ainsi Ch. Bobin rejoint Baudelaire par la sublimation du quotidien et ses correspondances avec l’au-delà. Seule « la saisie intuitive du sens de la vie » provoque un rayonnement transmissible. Seule la vie qui « fait entrer l’éternel dans nos chairs » transfigure le néant, seul l’esprit poétique est « la grande vie ». Poésie en prose qui surprend par sa naïveté autant qu'elle émerveille par sa beauté...
Brigitte Clavel Delsol
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2014
24 mars 2014
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Prix des lecteurs : sélection 2013
Editions : livres de Poche
Parution : 2013
520 pages
7,90 €
L’histoire se passe en Crête, sur la petite île de Spinalonga, où est mise à l’écart toute une colonie de lépreux. Difficile de ne pas penser à « La peste » d’Albert Camus. Même variété de comportements, même étude psychologique, même valeur didactique. La peste, symbole du mal universel sous toutes ses formes, finit par être vaincue. Car bonne volonté, patience et solidarité se sont associées pour faire de Spinalonga un lieu, si ce n’est de grand bonheur, du moins de joie profonde et d’espérance. Le jeune Dimitri ne reconnaitra-t-il pas qu’il aurait eu une vie moins heureuse s’il n’était pas venu à Spinalonga ? La douce Maria n’y a- t-elle pas trouvé « le plus précieux des trésors » ? Très joli roman dont certains personnages, tout spécialement Eleni, institutrice dévouée et le dr Kyritsis, chercheur autant que médecin, sans oublier le vieux Giorgis qui assure le ravitaillement par mer, parviennent à convaincre que « notre destinée est déterminée par les actions de ceux qui nous entourent et de ceux qui nous ont précédés ».
Brigitte Clavel Delsol
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2013
24 mars 2014
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Editions : Arthaud
Parution : Mai 2013
185 pages
12 €
Un retour en Egypte après quarante ans d’absence, tel est le thème de ce très bel ouvrage où passé historique et actualité s’entremêlent. Quand le narrateur arrive au Caire, plus d’un million de manifestants bloquent la place Tahrir et empêchent celui-ci de se rendre à Zamalek où il veut revoir la seule femme qu’il ait aimée. La violence fait rage, un ciel pollué recouvre des bâtisses délabrées, et la misère qui en émane fait jaillir des souvenirs hauts en couleurs, tandis qu’un nouveau régime tente de reprendre la ville. L’apparence occidentale du voyageur en taxi, qui se sent encore plus étranger sur sa terre natale qu’à Paris, est suspectée. Heureusement les amis de jeunesse font preuve de fidélité. Mais rien n’est plus pareil. L’insouciante grandeur de l’Egypte fait place au chaos. Très beau roman contemporain où la lucidité du narrateur ne nuit pas au lyrisme de l’écriture.
B Clavel Delsol
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2013
13 mars 2014
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Editions : Gallimard et Folio
Parution : Janvier 2006
486 pages
22,50 €
Si un roman ne doit pas resté inaperçu, c’est bien celui-ci. Les raisons sont nombreuses: le style est plein d’une poésie envoutante qui transporte le lecteur au fin fond de l’Anatolie. Le silence oppressant de la neige qui ne cesse de tomber sur la bourgade de Kars semble vouloir cacher plus d’un mystère. Ka, poète turc exilé en Allemagne, s’y rend officiellement en tant que journaliste pour comprendre la vague de suicides qui frappe la gent féminine et observer le déroulement des élections municipales. Non sans émotion, car c’est la ville de son premier amour, celui de la belle Ipek, l’ex-épouse de Muthar, candidat du « parti de Dieu » à la mairie. Ka ne met pas beaucoup de temps à comprendre que Kars est partagée entre deux clans : les nationalistes laïcs et les islamistes intégristes. Mais si l’opposition entre eux est très nette, chacun veut persuader Ka de ses bienfaits, les uns du respect de l’ordre de l’Etat laïc, les autres de l’ordre de Dieu, et ce, par n’importe quel moyen. Livre magnifique où le poète trouve son inspiration dans le tragique de la réalité.
Brigitte Clavel Delsol
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2006
12 mars 2014
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Editions : Albin Michel
Parution : Novembre 2013
407 pages
20,90 €
Tout dans ce roman historique tend à prouver que la princesse Aliénor d’Aquitaine ne donna pas la France aux Anglais, mais au contraire se battit jusqu’à son dernier souffle pour agrandir et sauvegarder son royaume. Isaure de Saint Pierre ne néglige aucun détail de la vie de cette femme, lourde d’épreuves autant que de conquêtes. Elle peint son portrait moral avec une grande précision historique entrecoupée de témoignages écrits. Le lecteur découvre ainsi que rien n’arrête Aliénor qualifiée à juste titre d’ « insoumise ». En effet celle-ci n’hésite pas à égayer la cour protocolaire du roi de France, Louis VII qu’elle épouse. Elle n’a pas peur de partir en croisade délivrer Jérusalem ni de tromper ouvertement son mari avec le prince d'Antioche. Elle trouve les arguments nécessaires pour justifier son divorce auprès du pape. Elle ne craint pas la jeunesse fougueuse d’Henri Plantagenêt dont les terres ajoutées aux siennes, avant même qu’il hérite du trône d’Angleterre, encerclent le petit royaume de France. Femme moderne, elle veut plus de bien-être et de justice. Spirituelle, elle fait appel à Bernard de Clairvaux. Intelligente, elle donne toute sa confiance à Thomas Becket dont l’auteure nous fait un portrait inoubliable.Courageuse,elle préfère quinze années d’emprisonnement à l’humiliation d’être écartée du pouvoir. Fine politicienne, elle encourage ses fils à s’emparer du trône de leur père et fera l’impossible pour sauver son honneur et celui de sa descendance. Isaure de Saint Pierre a réussi son pari : Aliénor d’Aquitaine, deux fois reine et mère de deux rois, mérite une plus grande place dans les livres d’histoire de France et prouve que la femme au Moyen-Age savait garder sa liberté de penser.
B Clavel Delsol
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2013
28 février 2014
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Editions : Albin-Michel
Parution : Avril 2012
256 pages
18 €
Romancier du terroir autant que de la Résistance, G-P Gleize a tous les atouts pour séduire le lecteur. Dans ce livre, plein des faits divers qu’ont connus les années 40 et de suspens, de portraits psychologiques et de descriptions de paysages, les Pyrénées orientales se dressent avec toute leur majesté et aussi leur modestie. Un matin dans sa ferme que plusieurs générations avaient occupée avant lui, Pierre Barrès apprend qu’un homme qui lui ressemble étrangement est arrivé au village. S’agirait-il de son frère disparu par une nuit de juin 1943 ? C’est alors que les souvenirs remontent et que Pierre revoit la scène où son frère et lui servaient de passeurs pour l’Espagne…Ce soir là, Roger n’est jamais revenu, Pierre s’est enfui, et leur vieux père a vécu dans le déshonneur, accusé par les villageois d’avoir des fils déserteurs. C’est ainsi que G-P Gleize prend plaisir à révéler tout un monde de patriotes qui savaient servir, chacun à leur façon, leur terre de France.
Brigitte Clavel Delsol
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2012
24 février 2014
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Editions : Albin Michel
Parution : Décembre 2013
419 pages
22,50 €
L’entente des trois religions monothéistes serait-elle un pur leurre? C’est la question que semble poser G.de Cortanze dans ce beau roman, à la fois historique et contemporain. Gâlâh, jeune juive de quatorze ans, n’est autre qu’une allégorie du peuple juif qui traverse les siècles. La vie de ses ancêtres est liée à cette belle terre Al-Andalus dont le parfum de amandiers ne va pas résister aux nauséabonds carnages sanguinaires. Un style anaphorique rythme la lecture, lui apporte une douceur indispensable pour surmonter les horreurs perpétuées sans cesse et sans fin. Guerres d’expansion ou guerres de religions, combats fratricides ou génocides, il s’agit toujours de chasses aux Juifs tenus responsables du Mal sur terre. Boucs émissaires de peuples aux instincts guerriers, de religieux intégristes qui ont pour seule arme la terreur, le peuple des damnés devient peuple d’élus. Les yeux de la mémoire de Gâlâh se confondent avec ceux du présent. Gâlâh erre de par le monde, partout la discorde est plus forte que la paix, partout rôde Iblis le criminel, Lucifer le diviseur. Mais à ses côtés Gâlâh ressent toujours la présence de son bien-aimé Harim, jeune poète musulman qui, par son amour, prouve que l’entente inter-religieuse n’est pas impossible... Livre très instructif adouci par un style plein de poésie .
B Clavel Delsol
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2013
19 février 2014
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Editions : Grasset
Parution : Janvier 2014
217 pages
17 €
Aujourd'hui comme hier, au pays du lieutenant Shreiber, les idéologies sont plus attrayantes que l'héroïsme des soldats morts pour la France. Alors, comme il le fait depuis toujours, Andreï Makine écrit uniquement pour "vaincre l'oubli". Il brosse le portrait de ce lieutenant, non pas en héros invincible, mais en homme qui ne cesse de penser aux exploits de ses camarades disparus ou blessés sous ses yeux. Jeune aspirant "souriant et sans peur", Jean-Claude Schreiber rentrera du front comme un étranger, loin des vanités sociales et de l'intelligentsia parisienne qui entoure Jean-Paul Sartre. Peu lui importe que l'Armée française lui refuse la croix de la Légion d'honneur à cause de son origine israélite! La raison de sa souffrance est due à une réalité vécue si cruelle qu'elle demeure indicible. Arrivé au crépuscule de sa vie il finit par rédiger ses Mémoires, mais aucune maison d'édition ne veut les publier sous prétexte de manque d'argent ou de lecteurs! Alors Andreï Makine prend le relai.Trop subtil pour tomber dans un pessimisme primaire, il constate simplement que, pendant que certains sont au combat , d'autres font la fête et donnent des conseils. Il rend hommage aux généraux qui le méritent, justifient le silence de ceux qui ont trop souffert pour raconter. Car Makine comme Schreiber ont compris que la vie n'est autre qu' "une kyrielle d'enfermements" offerte pour gagner bonheur et liberté. Livre magnifique.
Brigitte Clavel Delsol
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2014