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29 mai 2013 3 29 /05 /mai /2013 15:18
Editions : Grasset
Parution : Mai2013
334pages
18,90€



Après avoir publié " Les sentinelles de Lumière", très beau livre sur la vie contemplative, Didier Decoin se tourne vers le monde de la débauche, de la violence, de la misère. L' histoire est vraie, c'est celle de Ruth Elis, jeune anglaise des années qui suivirent la deuxième guerre mondiale. Victime  comme sa soeur d'incestes innommables puis abandonnée enceinte  par un soldat canadien, elle va de déceptions en déceptions amoureuses. Mais sa foi en l'homme demeure, même si ses boucles décolorées  et ses lèvres trop rouges ne parviennent plus à camoufler  ses meurtrissures morales et physiques  affligées par des amants alcooliques et sans scrupules Alors qu'elle s' enfonce dans une vie de prostituée naïve qui  fera d'elle une criminelle malgré elle, s'élève une autre voix, celle d'un bourreau discret et consciencieux, fier de son travail et reconnu comme  le plus expert des exécuteurs. Quand  il découvre le beau visage de Ruth Elis avant la pendaison, il réalise combien  la souffrance poussée à l'extrême peut  inciter  le misérable à souhaiter la potence et il met fin a sa carrière .Magnifique plaidoyer contre la peine de mort!
B.C
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19 mai 2013 7 19 /05 /mai /2013 16:45
« Le flûtiste invisible » par Philippe LABRO

                               

 

 

Editions : Gallimard

Parution : Mars 2013

173 pages

17,50 €

 

Sous forme de trois petites nouvelles ce livre est un bref condensé de l’Histoire d’après-guerre qui marqua la génération de Philippe Labro : l’Amérique et son emblème de la liberté, la guerre  d’Algérie qui divise les Français eux-mêmes, la  cruelle déportation suivie de l’humble immigration. Un même style pour les trois : une  narration où s’entrechoquent réalisme et innocence, quête d’absolu et  tentative de conciliation avec le monde. Un thème commun : le  hasard, le  sort malheureux qui transforme sans crier gare une vie douillette en un enfer, ou l’étoile mystérieuse qui permet par miracle d’échapper à un camp de concentration ou à une ligne de mire. Ouvrage d’un homme mûr qui regarde les horreurs du  passé tout en pensant à l’avenir : « Je n’exclus pas que tout cela pourrait recommencer ». Il reconnaît la chance des uns et la malchance des autres,  essaie de comprendre cet  « élément inconnu » au puzzle de l’existence que l’enfant désarmé appelle fatalité mais que l’adulte lucide  appelle « l’incertitude des choses ».  Car si l’homme comme «  le flûtiste invisible » est capable du meilleur comme du pire, n’est il pas appelé, en tant qu’héritier  du Créateur, à combattre l’ange destructeur et construire au plus vite « les piliers de la sagesse » ? Laisser « l’empreinte de sa patte », sans ambition aucune, puis « s’envoler on ne sait où …  comme une oie sauvage », tel est le sort humain …

B C

 

B C

 

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15 mai 2013 3 15 /05 /mai /2013 08:38
Editions : Seuil

Parution : Mai 2013

279 pages

19 €

 

 

Ecrire des romans dans la langue française, tel a toujours été le vœu de Eun-Ja Kung, qu’elle réalise certes, mais au prix de maints sacrifices. C’est ce qu ‘elle expose dans ce  récit autobiographique. Au lieu d’emporter le lecteur dans un rêve,  elle le transpose  dans  une rude réalité. Son pays, la Corée du Sud, a du mal à se relever de la guerre avec le Nord. Les études sont un luxe mais, vu ses capacités à l’école, celle-ci  y a droit.  La faim qui  taraudait l’enfant se transforme chez l’adolescente en passion pour la littérature coréenne puis française. Son expression simple et naïve évolue peu à peu vers une lente maturité. Un désir d’exister par elle-même l’envahit. Mais point de repères dans cette société d’après-guerre si ce n’est un conformisme qu’elle exècre. La petite fille chétive et effacée se transforme  non seulement en major de faculté, mais en femme libérée qui finira par «  mettre un couvercle sur ses pensées et ses sentiments ». Sa fascination pour la France ne sera pas un simple rêve, elle quittera la Corée. Et si ce livre n’était qu’une longue métaphore, celle de l'ambition personnelle qui dévore tout, jusqu’à laisser derrière soi les êtres les plus aimés pour se retrouver « L’étrangère », loin de sa terre natale ? Il laisse en tout cas le souvenir d'une famille coréenne  soudée autour d'une benjamine qui aimait trop le français...

B.C.

 

 

 

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12 mai 2013 7 12 /05 /mai /2013 11:30
Editions : Liana Levi
Parution : Janvier2010
219 pages
9 €



"Le lieu perdu" est précisément l'endroit où le voyageur dans le temps comme dans l'espace a plaisir à s'arrêter. L'auteur parvient , grâce à une fine analyse psychologique et beaucoup de sensibilité poétique, à faire découvrir la  province de Jujuy au nord de l 'Argentine lors de la dictature de la junte militaire dans les années 1970.
 Un rythme lent, des scènes récurrentes , des descriptions détaillées autant de la nature environnante que des sentiments intimes, font de ce coin du monde  une terre certes  archaïque et désertée, mais désespérément attachante. Marita résiste a toutes les tentations: elle ne s'exilera pas, supportera une grand- mère acariâtre et autoritaire , fera vivre  son petit restaurant grâce à la "chicha" ,aux "tamates" et au "piquante"de poulet.Mais pourra- t -elle longtemps  résister à Ferroni, ce fonctionnaire de Buenos Aires envoyé par la milice pour retrouver Mathilde, sa chère amie , sa presque soeur,  la compagne d 'un dangereux  "subversif" politique , dont elle est seule à partager les secrets amoureux ?
Mais plus que le suspens c'est la qualité littéraire de l 'écriture qui captive le lecteur ,  la diversité des impressions qu'un même homme peut ressentir à partir d 'un même paysage : réminiscences de l'existence d' un enfant innocent comme la prise de conscience  d 'un tortionnaire satisfait du devoir accompli.
Heureusement la nature elle aussi offre cette superposition d 'impressions qui font que les yeux d'une vielle louve morte se transforment en étoiles et que l'apparente froideur d' une jeune fille ne soit que le résultat d'une profonde détermination. 
Mais plus l' histoire avance , plus la tension grandit entre un homme à la patience limitée et une jeune fille opiniâtre.Ainsi la trame de ce roman est aussi  symbolique que le tissage des " panchos" qui font revivre les jours heureux, car les mots choisis de l'auteur sont de   véritables  "fils de soie" qui ouvrent le chemin de la vraie   liberté!
Brigitte Clavel
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9 mai 2013 4 09 /05 /mai /2013 08:37
                            


Editions de Fallois
Parution : Mars2013
220 pages
16,50€

Cette célèbre helléniste est l'exemple même de la philosophe  qui a toujours mis sa plume au service de tous. Ses admirateurs savent l'importance qu'elle attachait à la culture gréco-romaine qu 'elle a prouvée indispensable à la compréhension du monde.Elle n 'était pas moins indifférente à la petite histoire humaine et sa sensibilité littéraire lui a inspiré plus d'un roman ou nouvelle. Elle ne désirait pas publier  "Rencontre" de son vivant. Sans doute craignait-elle que le thème  abordé  soit démodé en évoquant les problèmes de coeur d'une jeune fille trop bien élevée qui deviendra une femme trop scrupuleuse. Quand  Anne Aubier jeune veuve croit avoir aperçu au parc du Luxembourg Paul, le premier amour de sa vie qui l'aimait avec insouciance et sans conformisme, elle quitte tout pour le retrouver, ses amis fidèles comme sa dignité! Sa soumission au destin se transforme en panique, en révolte , en désespoir. Mais la recherche ne sera pas tout à fait vaine. Car pourquoi vouloir remonter le temps à tout prix? Le parc  du Luxembourg lui tend toujours les bras.L'unique  maladresse serait de ne pas percevoir le bonheur là où il est, c'est à dire dans l'accueil de  la rencontre impromptue, dans la beauté du quotidien,dans l 'offrande affectueuse  d'une hospitalité toujours en éveil...
B. C.
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5 mai 2013 7 05 /05 /mai /2013 08:56

Editions : Albin Michel

Parution : Février 2013

338 pages

22€

 

 

Mieux comprendre un monde apparemment composé de « fous », de « timbrés », « cinglés », … tel semble être l’objectif de cette romancière et philosophe israélite. En arrière fond, la route entre St Jean d’Acre et  Haïfa, parcourue quotidiennement depuis l’accident de son fils par une  vieille clocharde dénommée Na’omi. Celle-ci n'est pas la seule à être hantée par la mort.   Tamar est obsédée par la disparition de sa soeur qu'elle croit retrouver à chaque queue-de-cheval  de couleur châtain .  Au grand carrefour un mendiant russe toujours ivrogne, accusé d’avoir tué son frère. Plein de  contradictions sur cette terre patriarcale : les murs sont recouverts d’inscriptions obscènes et les rues bloquées par des manifestations féminines opposées au projet d’insémination artificielle; au service militaire  obligatoire les jeunes  préfèrent   vodka et  tatouage. L'instabilité humaine n'en finit pas d'exaspérer. Chacun souffre jusqu’à la déraison, mais point de misérabilisme, point de sensiblerie.  Même si l'appartement qui revient à Sacha et sa soeur  est squatté, le leitmotiv demeure joyeux  « Things can only get better »  et fait avancer le lecteur dans une histoire à plusieurs voix, une alternance de monologues, moitié récits, moitié confidences, parfois très drôles, parfois tragiques, toujours prosaïques, mais qu'une heureuse providence finit par dénouer. C’est ce souci d’élucider le mystère humain qui semble avoir inspiré l’auteur. L’énigme est résolu : il y a dans le cœur de l’homme « de la place pour un seul amour »...Livre déroutant par la modernité du style qui n'a rien du romantisme annoncé par le titre mais qui laisse derrière lui le souvenir de personnages aussi loufoques qu'attachants.   

B.Clavel Delsol

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27 avril 2013 6 27 /04 /avril /2013 17:20

                          

 

 

Editions : Sabine WESPIESER

Parution : Février 2013

100 pages

14 €

Le suicide d’un vieillard  se déroulant sous les yeux  de la narratrice maintient celle-ci sous un état de choc. Une panique   incontrôlable s’empare de celle-ci. Et si rien n’était un hasard, si  tout avait une raison d’être, si des forces contraires s’annihilaient sciemment ? Sa féminité candide de même qu’une publicité criante de jeunesse dans les « boyaux obscurs » du métro n’auraient-elles  pas une part de responsabilité  dans  un tel acte de désespoir ? Mais surtout comment expliquer une course éperdue dans Paris,  au lieu de rejoindre un amant  qui attend patiemment dans un hôtel en bord de mer ? Une fuite effrénée peut seule, pense-t-elle,  effacer le  film d’horreur qui repasse  sans cesse devant ses yeux. Un besoin de survivre au-delà des atrocités, un sourire partagé avec un inconnu comme un rendez-vous manqué avec un amant sont des épreuves personnelles inévitables…Alors elle sonde Paris comme à la recherche d’une aide impossible, creuse sa mémoire  et les  souvenirs, heureux ou malheureux, avec ou sans celui qu’elle croyait aimer, surgissent. Comme la marée montante et descendante, un flux la rapproche de celui-ci tandis qu’un reflux l’en éloigne…Une "pluie intérieure" va durer, et  le vieil homme du métro rester… Ouvrage magnifique pour celui qui a plaisir à donner du sens à l’irrationnel et aime les errances poétiques…

B.C

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26 avril 2013 5 26 /04 /avril /2013 12:39

                    

 

 

Editions : Albin Michel

Parution : Avril 2013

166 pages

15 €

 

Ce  n’est pas de la considération que  Gérald attend des autres, simplement un regard qui lui donne une raison d’être. Enfant mal aimé, guichetier de banque effacé, amoureux ignoré, il souffre, mais aucun pathos dans son aveu. Il reconnaît avec humour qu’il n’a rien d’original,  mais rien de répulsif non plus. Il se sent juste inexistant. Alors  l’anti-héros  va réagir. Avec la timidité du faible complexé, il se lance un défi. Pourquoi ne deviendrait-il pas un héros en traversant la Manche à la nage pour épater à son tour ? Au-delà de ce pari, l’auteur semble vouloir mettre à l’honneur cette race d’hommes dont personne ne se soucie, plus fréquente qu’on ne le croit. Il y parvient parfaitement, ses phrases sont brèves, révèlent la panique de celui qui ne se sent jamais « la bonne personne à la bonne place ». La traversée devient de plus en plus dure pour le guichetier nageur qui n’aime pas spécialement l’eau,  mais l’auteur  parvient habilement  à la transformer en tragi-comédie afin que le lecteur n’abandonne pas Gérald au milieu de la Manche…Un livre plein de sensibilité et  de rêves qui laisse comme  souvenir  un homme libéré…

B C 

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 19:15

 

 

Editions : Gallimard 

Parution : Janvier 2013

212 pages 

16,90 €

 

 Ce second livre  de  la jeune Katrina Kalda est d’une aussi grande qualité littéraire que le premier. Au romantisme d’ « Un  roman estonien » elle  ajoute  une ironie subtile  qui sait mêler empathie et lucidité sur les êtres et le monde.  En 2010 son héroïne, Kadri Raud, estonienne comme elle,  rédige  son journal intime. Elle y décrit une  arrière grand-mère  en permanence apeurée,  sa  grand-mère Eda  aussi aimante qu’exaspérante ; quand il n’est pas sous l’emprise du tabac ou de l’alcool, son  père se voue à son violon, malgré le désaccord d’Eda, apparemment soumise à la rigueur mathématique promue par les Soviets ; sa  mère n’ayant soudain plus  d’amour pour cet homme, défie  le Rideau de fer et emmène sa fille  vivre dans  les quartiers  pauvres de Paris. Tel est l’atmosphère qui pèse sur la jeune Kadri. Depuis l’enfance ses questions ont  toujours été éludées et  elle est devenue, sans le savoir, le réceptacle de l’angoisse de trois générations. Les anxiolytiques n’ont plus d’effet sur elle.  Son ironie devient révolte, sa colère explose jusqu’à demeurer incapable d’aimer et à avorter l’enfant qui est en elle. Car,  si la vie se révèle un cauchemar et  le bonheur  un rêve insolite,  pourquoi vouloir à tout prix  former des couples en situation d’échec et  engendrer des enfants avec pour seule promesse  la souffrance ?  Tel est le tourment  de Kadri  qui vit dans la hantise  de n’avoir pas assez aimé ceux qui l’ont précédée. Car Eda ne lui a –t-elle pas légué le plus précieux héritage  en lui confiant le courrier de Lisbeth rédigé  dans les années 1945-46 lors de son incarcération dans un camp du Goulag?  Une fois élucidés, les drames, que chacun a camouflés et  essayé de surmonter, se transforment en miracle dans le cœur de  Kadri : dorénavant embrasser  les beautés de la création  sera sa raison de vivre, le lien  qui la rattachera  à ceux qui surent voir dans la nuit et croire à une arithmétique des dieux qui n’a rien à voir avec celle des humains…

B.C

 

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21 avril 2013 7 21 /04 /avril /2013 17:45

Editions : Stock

Parution : Août 2012

316 pages

20 €

 

 

 Pour  qui aime flâner  au  jardin du Luxembourg   ce livre est tout à fait conseillé. Ses allées bordées de statues, son kiosque à musique, ses grenadiers sortis des serres, rappellent au narrateur « l’enfant grec » qu’il était à Callithéa. Mais au-delà des souvenirs personnels c’est un autre monde qui s’ouvre, celui de l’imaginaire  qui  se fond avec la réalité. Rescapé d’un grave anévrysme et d’une suite d’amours malheureux, le narrateur marche avec lenteur à l’aide de béquilles et profite de son handicap pour mieux observer ce beau parc de Paris. Il découvre alors que le Gnafron de Laurent Mourguet  a laissé sa place à de vrais personnages tout droit sortis de la Littérature ou de l’Histoire. Au détour des chemins, le lecteur croise alors d’Artagnan, don Quichotte, Anatole France, Jean Valjean, Milady, tous les compagnons d’enfance du narrateur. L’imagination est reine tant qu’elle redonne vie au néant. C’est ce que parviennent à réaliser deux sœurs, Odile, fabricante de marionnettes et  Georgette qui a plaisir à en  tirer les ficelles au théâtre du Guignol du Luxembourg, de même que  le SDF Ricardo  épris du parc dans ses moindres recoins, et Marie-Paule, pleine d’empathie dans l’exercice de son humble gagne-pain.  Alors que le narrateur  avait  du mal à avancer avec ses béquilles et qu’il traînait péniblement derrière lui tous ses fantômes de jeunesse, surgit, au milieu de ce  joyeux monde loufoque, le souvenir d’une Grèce  contemporaine en déroute et de sa politique d’austérité, qui une fois de plus brouille la frontière entre la littérature et la vraie vie, entre le passé et le présent, et donne envie de se perdre dans le  jardin du Luxembourg…

B.C.

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