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29 août 2014 5 29 /08 /août /2014 11:53

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2014

188 pages

16 €

 

 

Pas de temps pour la poésie dans ce livre, mais un style spontané au rythme régulier pour tenter de résoudre un problème  difficile: celui de la maladie qui transforme une amie  chère  pleine de dynamisme en une épave  brisée. Briante et conquérante, telle était Molly jusqu’au jour où un coma profond l’annihile totalement. Au réveil ce n’est plus la même, mais  son état inspire la narratrice. Si l’amitié de celle-ci pour Molly reste inaltérable, sa perception de la vie change. Les défauts des autres deviennent compréhensibles, les faiblesses d’un mari pardonnables, le bonheur des enfants plus important qu’une carrière grisante. Une très jolie confidence qui fait aimer le quotidien, qui transforme en grâce chaque minute de l’existence, un beau  retournement de situation où l’être immobilisé demeure inspiration à mieux vivre et où la profusion des sentiments est remplacée par la pudeur des mots.

Brigitte Clavel Delsol

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18 août 2014 1 18 /08 /août /2014 20:27

 

Editions : Feux croisés

Parution : Janvier 2014

787 pages

 

 

 

 

Rien dans le style prolixe de Donna Tarrt ni  dans  l’enchaînement des  évènements catastrophiques de la vie du jeune Théodore ne laisse prévoir une envolée finale aussi optimiste  qui mérite que ce livre épais  soit lu jusqu’à sa dernière page.  Si le début du roman semble  inspiré par la thèse rousseauiste à savoir que l’ « homme naît bon, la société le dégrade », ou celle de G. Cesbron qui laisse entrevoir le jeune  Théo comme  « un Mozart qu’on assassine », le problème du bien et du mal soulevé par l’auteur est beaucoup plus nuancé : seules les expériences de la vie, les larmes jamais taries  et les repentances sincères donnent une raison de vivre bien plus consolatrice que l’alcool et la drogue dans lesquels se noient Théodore  et son ami Boris  comme le firent  avant eux leurs pères respectifs. Enfant mal aimé par un paternel violent et lâche, Théodore  a pour seule richesse l’amour de sa mère qu’il perd  lors d’un attentat  au musée de New-York tandis que celle-ci se plaisait à admirer en sa compagnie « le chardonneret » de Carel Fabritius, disciple de Rembrandt. Lui-même miraculeusement épargné,  Théodore s’échappe du musée  en feu avec « le chardonneret » à la main, tableau dont la disparition  lui causera plus d’un déboire, sa  déchéance autant physique que morale, voire la perte de sa propre identité.  A cause de Boris l’ami voyou et sans peur,  mais  combien fidèle, il lui faudra courir le monde,  jusqu’à ce que son désespoir atteigne quelque chose de sublime, cet espace sacré «  entre vérité et non-vérité » qui lui fera mieux comprendre tous ceux qu’il croisa sur son chemin. Ainsi après avoir découvert que « la tentative conventionnelle » est  aussi absurde que la drogue dure, Théodore conjure « de traverser le cloaque tout en gardant  nos yeux et nos cœurs ouverts ». Roman qui sonne comme un appel  à sortir du labyrinthe de la vie tous ceux qui s’y enfoncent désespérément.

B Clavel Delsol

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9 août 2014 6 09 /08 /août /2014 09:36

 

 

Editions : Gallimard

Parution : mai 2014

101 pages

12,50€

 

Pas étonnant que les mémoires posthumes de Romain Gary soient le best-seller de l’été : le lecteur y retrouve l’atmosphère  de « La promesse de l’aube » où,  à la douceur de l’espoir juvénile, vient s’ajouter l’énergie invincible de l’homme mûr, avec l’humour sur lui-même et l’humilité nécessaire face aux flash-back d’un passé à peine révolu. En un mot il s’agit d’une œuvre qui est le parfait miroir de son auteur, plein de sensibilité autant que de courage, du sens du devoir autant que d’indépendance d’esprit, de reconnaissance envers la France et de lucidité sur les évènements contemporains. Prophète il entrevoit le déclin de l’Occident,  humaniste il a le souci des plus faibles,  agnostique il reconnaît l’amour du Christ, homme malheureux en amour il ne connaît pas de plus grande  valeur d’existence que celle du couple. « On ne comprendra absolument jamais rien à mon œuvre si l’on ne comprend pas le fait très simple que ce sont d’abord des livres d’amour ». Sa seule souffrance aura été celle d’ « un manque », entrevu comme un « trou » abyssal…

Brigitte Clavel Delsol

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8 août 2014 5 08 /08 /août /2014 11:48

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Mars 2014

362 pages

21,80€

 

 

C’est dans  un projet fou  que   Gabrielle, l’héroïne de ce roman, entraîne le lecteur : se sentir en harmonie avec ceux qui l’entourent, même si ceux-ci sont invisibles et ont quitté cette terre depuis longtemps. Il  faut croire  que le style de l’auteur est envoûtant pour suivre  les expériences  peu crédibles de cette jeune parisienne née d’un père physicien  newyorkais et d’une mère qui toute sa vie renia ses origines paysannes et dont elle hérite une propriété qui se révèle hantée. De santé mentale très solide, de tempérament plutôt matérialiste que mystique, Gabrielle se défend de toute conviction religieuse.  Quand elle réalise que sa vieille tante l’a attendue toute sa vie tandis que sa propre mère l’ignora et que son mari l’interne dans un hôpital psychiatrique quand elle lui fait part de ses dons de médium, Gabrielle finit par penser que le monde qu’elle côtoie est bien  étriqué.  Si elle croit s’éloigner  des Evangiles qui conseillent de « laisse(r) les morts enterrer leurs morts », elle ne fait en fait que de s’en rapprocher, ceux-ci appelant à vivre une vraie vie où « les brumes de l’apparence » doivent  être déchirées au profit de vérités trop souvent cachées, comme l’éternité de l’âme. Ouvrage original qui romance les  questions les plus existentielles.

Brigitte Clavel Delsol

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31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 15:42

Editions Albin Michel

Parution : Mai 2013

393 pages

21,90 €

 

Dans « Le palimpseste d’Archimède » comme dans tous ses romans  Eliette Abécassis laisse déferler autant son imagination que son érudition. Une suite de crimes  est l’occasion pour  le narrateur Joachim, jeune normalien, de découvrir un  monde de rites antiques dont la pratique est de sacrifier des humains. Bien vite il s’aperçoit que la cause première de cette tuerie en série de deux  professeurs  de la rue d’Ulm et d’un de ses amis  est  un vieux codex authentique qui  serait le palimpseste d’Archimède. Cette recherche de la vérité n’est  autre pour Eliette Abécassis qu’une occasion de relancer l’éternel débat entre déistes et rationalistes, entre obscurantistes et fanatiques. Le lecteur est emporté dans un courant d’évènements aussi bien historiques que fictifs qui font que du début à la fin du roman il espère un dénouement plus métaphysique que policier. Le criminel est bien trouvé, mais la Vérité, elle, reste dans  tout son mystère initial… Livre distrayant et passionnant grâce au style d’ Eliette Abécassis qui sait mener de paire intrigues et philosophies. Il est cependant regrettable que celle-ci manque trop souvent d’impartialité à l’égard de la religion chrétienne, tout spécialement des moines du Moyen-Age et de la congrégation des Jésuites, sans parler des Croisés…

B Clavel Delsol

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23 juillet 2014 3 23 /07 /juillet /2014 15:53

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2013

437 pages

21,50 €

« Tout l’amour de nos pères » n ‘est autre qu’un hommage supplémentaire de la part de C. Signol à ce Périgord Noir auquel il est si attaché. Littérature populaire peut-être, mais récit authentique de plus d’un siècle de guerres successives où la province profonde sacrifiait ses fils pour l’honneur de la patrie et souffrait en silence d’être un coin trop souvent oublié, sauf par les guerres et les maladies. Ecrit sous forme de journal intime par les quatre générations successives de la famille Marsac, ce roman raconte les combats successifs que celle-ci mena pour servir ses compatriotes autant par les armes que par la médecine. Ludivine parviendra-t-elle à échapper au sort de cette cruelle condition humaine, même si elle se donne autant de mal que ses ancêtres ? Roman aussi plaisant à lire qu’instructif : « l’amour de nos pères » est seul à pouvoir faire croire en l’humanité. Et à la question inévitable : « qui gouverne réellement nos vies ? », la réponse coule de source à travers une jolie écriture sans prétention, mais pleine de finesse dans les sentiments, de volonté dans le devoir et d’émerveillement dans les plus petites choses car « on ne combat la mort que par la vie ».

Brigitte Clavel Delsol

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19 juillet 2014 6 19 /07 /juillet /2014 08:38

Editions : Albin Michel

Parution : Mars 2014

596 pages

23,90 €

Plus qu’un roman, c’est un récit à trois voix, celle d’un jésuite français, d’un chef de tribu huron et de sa jeune prisonnière iroquoise. Toutes trois s’élèvent des terres sauvages du Canada, en plein XVIIème siècle, quand la religion catholique entreprend de convertir « les Sauvages » et que Hurons et Iroquois s’entretuent, les uns pour sauvegarder leurs race et traditions, les autres pour commercer avec le nouveau monde qui s’annonce. C’est un hymne à la vie, car chacun d’eux aime l’existence, la nature, l’amour, la guerre. Personne n’est épargné, ni les Jésuites dévoués au nom d’un Dieu tout puissant dont il faut suivre les lois et d’un Christ martyrisé dont il faut suivre l’exemple, ni la race indienne où s’entremêlent les forces du bien et du mal, les superstitions et les connaissances intuitives. A regarder de plus près c’est l’éternel humain qui est dépeint, avec ses fiertés et ses cruautés insoutenables, ses fragilités et sa force, ses rêves et sa spiritualité. Rien n’est laissé au hasard : une étude sociologique poussée ajoutée à un grand talent d’écrivain et de fin psychologue fait de ce livre une œuvre magistrale où l’homme, quel que soit le groupe auquel il appartient, veut poser à n’importe quel prix sa pierre angulaire « dans le grand cercle du monde ».

B Clavel Delsol

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1 juillet 2014 2 01 /07 /juillet /2014 12:55

 

Editions  XO

Parution : Mars 2014

241 pages

17,90 €

 

 C’est avec un style sans fioriture, au rythme rapide des invasions barbares que Max Gallo tente d’expliquer la chute de l’Empire romain. Goths, Wisigoths, Ostrogoths, Alains, Suèves, Vandales et Huns envahissent successivement le plus grand empire du monde.  Depuis longtemps « la Virtus romaine » n’existe plus, au sommet de l’Etat règnent rivalités et trahisons, crimes et corruption. Vaincus, les généraux romains s’allient chaque fois aux vainqueurs, devenant barbares à leur tour. Il ne s’agit plus d’invasions mais d’une installation progressive d’étrangers pour lesquels seule compte la conquête de la pourpre impériale. Et les empereurs s’alternent à une cadence effrénée. Un personnage clé : Galla Placidia, fille, sœur et mère d’empereur. Elle proclame sans hésitation qu’elle est « d’abord fille du Christ avant d’être fille d’empereur » et recommande de ne pas oublier ce que sont avant tout les Romains, un peuple dont les lois doivent garantir  la vie et élever à la condition d’homme libre, et non des barbares qui se contentent de tueries. Aetius, « le dernier des romains » prend acte, convainc  l’armée wisigothique et vainc Attila. Si l’empire romain meurt, un nouvel ordre du monde naît, grâce à la reconnaissance des peuples fédérés et de la reconnaissance par eux de la vraie religion chrétienne. Belle leçon de politique !

B Clavel Delsol

 

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22 juin 2014 7 22 /06 /juin /2014 20:37

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Août 2010

327 pages

19 € 

 

 

Fatou Diome est une fine psychologue de l’âme africaine. Douée d’un grand talent d’écriture où les raisons de cœur dépassent celles de la raison, elle dépeint l’Europe comme lieu d’enrichissement  et de perdition auquel, telle une sirène, les garçons du Sahel ne peuvent résister, prêts à affronter tous les dangers.  En effet une extrême pauvreté pousse ceux-ci à émigrer et tandis qu’ils découvrent la vie dure d’émigrant où l’exclusion alterne avec liberté de mœurs et racisme, « celles qui attendent » au pays  restent emprisonnées dans des conventions sociales telles que  polygamie et analphabétisme qui les forcent à courber l’échine. Mais sur cette terre torride, la chaleur brûle  du début à la fin, qu’elle  soit maternelle ou conjugale.  Les mères ont plein d’ambitions légitimes  pour leurs fils, et les épouses sont rongées de désespoir par une attente qui n’en finit pas. Quand l’heure du retour sonne, l’émigré est un héros, le bonheur revient laissant derrière lui l’Eldorado tant désiré. La roue de la fortune tourne, et c’est ainsi depuis toujours. D’autres repartiront à leur tour, même si la terre d’accueil est  inhospitalière, car elle a besoin d’eux, comme eux ont besoin d’elle. Une fois ce livre achevé le lecteur pense que « ce n’était pas un roman, c’était le fleuve Sénégal qui se déversait … et rien ne semblait pouvoir l’endiguer », si ce n’est la générosité sans bornes de la vieille Arame ou la regrettable acrimonie de l’auteure vis à  vis de la vieille Europe. …

Brigitte Clavel Delsol

 

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17 juin 2014 2 17 /06 /juin /2014 21:55

 

 

             par DAVID TREUER

 

Editions : Albin Michel  - Terres d’Amérique

Parution : Mai 2014

410 pages

24 € 

 

 

Le voyageur en partance pour l’Amérique appréciera cet ouvrage qui a le mérite de ne pas réduire les Indiens à de simples clichés. Entremêlant récits historiques et personnels, David Treuer, lui-même "sang-mêlé", donne envie de s’arrêter chez ces hommes, partagés entre traditions et modernité, pauvreté et richesse. A plusieurs reprises l’auteur rappelle que les réserves indiennes, trop souvent considérées à tort  comme des privilèges,   résultent uniquement de droits achetés contre d’autres avantages, durement négociés et garantis par traités.  Conscients de leurs richesses naturelles, et ayant pour culte  la nature, les Indiens d’Amérique  ont toujours préféré la pêche des dorés jaunes et la chasse  des bisons à l’exploitation de leurs ressources forestières et minières. Mais ce penchant rural justifie-t-il à lui seul la pauvreté de certains ghettos où la misère laisse place à la violence, où la jeunesse préfère la drogue à l’américanisation de sa race, où l’éduction se limite à brandir « la patte d’ours », et où le policier, s’il n’est pas indien, est appelé le « diable blanc »? Telles sont les questions auxquelles  l’auteur semble vouloir répondre par diverses anecdotes  pleines de vie et d’humanité, à l’instar de celles de sa mère, juge de profession, qui  sanctionne toujours ses clients  par « Fais quelque chose de ta vie », de son grand-père qui avait fait vœu de fidélité à sa Réserve s’il survivait au Débarquement de 44. Car c’est toujours au nom de la liberté que  les Indiens se battent. Et si aujourd’hui ils peuvent  manger  « des côtes de bœufs de première qualité », développer une culture exclusivement indienne et sauvegarder leur dialecte, c’est grâce à leurs somptueux casinos et non au gouvernement fédéral dont ils veulent rester entièrement indépendants ! Une belle leçon de liberté … mais peut-être pas d’unité !

B Clavel Delsol

 

 

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