29 décembre 2025
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« L’eau des miroirs » par Christian BOBIN
Ecrit en 1970
Publié en 2025
Edition : Gallimard
130 pages 14 €
Personne mieux que Lydie Dattas, l’épouse poète de Bobin, ne saurait interpréter cette spirale du vide que ressent l’auteur face au désespoir d’un amour malheureux. Car « L’eau des miroirs » est trouble, la mal aimée qui s’y reflète se meurt. Le livre a tout du fil d’Ariane, ce fil qui sauve Thésée mais que Thésée ne se prive pas de rompre. Ce que veut l’amant c’est de se délivrer de tout lien, d’éviter de tomber dans les pièges de la banalité. Alors la voix de l’amante agonisante s’élève du début à la fin de cet ouvrage que Bobin écrivit très jeune mais ne voulut pas publier. Il s’y trouve plein d’amour et de haine, de lucidité et d’incompréhension, de jalousie et de don de soi, d’envie de vivre et de mourir, de confusion entre absence et présence. William Blake comme Louise Labé ne sont pas loin : l’amour ne serait-il rien d’autre qu’un poison mortel, une attraction répulsive, une contradiction inévitable, « arc-en-ciel devant des statues aux yeux froids et vides » ! Quand on connaît le cheminement de Christian Bobin , on considère cet écrit de jeunesse tout simplement comme un réveil brusque mais nécessaire avant sa découverte de la grandeur dans la petitesse, de la sainteté dans l’humilité, de l’éternité dans l’éphémère . Livre très sombre mais très beau. B. C. D.
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Published by brigitte clavel-delsol
27 décembre 2025
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« Quitter la vallée » par Renaud de Chaumaray
Editions : Gallimard
Parution : Juin 2025
206 pages
20 €
L’amateur de paléontologie aura plaisir à découvrir, avec Renaud de Chaumaray, Montignac-les Eyzies, capitale mondiale de la Préhistoire, qui offre toute une kyrielle de grottes célèbres pour leurs peintures pariétales. Nombreuses sont celles encore inexploitées et c’est dans l’une d’elles que Johanna et Fabien s’aventurent avec témérité. La prouesse de l’auteur réside à faire avec trois récits l’histoire imaginée mais combien plausible d’ une grotte totalement inconnue, où s’entremêlent passé et présent, curiosité et effroi, secret et découverte. Le lecteur est tenu en halène du début à la fin. Il assiste à l’enfoncement dans la galerie souterraine après le déblaiement d’une entrée dissimulée, à la disparition d’un petit garçon, à l’aveuglement d’une touriste pour un Périgordin qui ne saura jamais s’il faut ou non quitter la vallée. En attendant R. de Chaumaray a tout l’air d’un enfant du pays, conscient de la portée historique de ce lieu dont les escarpements et les profondeurs sont apaisés par le cours tranquille de la Vézère, source d’inspiration depuis des millénaires.
B. Clavel Delsol
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2025
25 décembre 2025
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« Folcoche » par Emilie Lanez
Editions : Grasset
Parution : Octobre 2025
184 pages
19 €
Dans son livre « Folcoche », Emilie Lanez cherche à comprendre pourquoi Hervé Bazin, écrivain à scandale, a tant détesté sa famille sans pour autant en renier le nom qu'il a gardé pour sa plume. Publié en 1948 « Vipère au poing » connut aussitôt un grand succès, des milieux littéraires parisiens jusqu’aux lectures secrètes des collégiens de province. Tout y était réuni pour séduire cette génération élevée à l’école de Jean-Paul Sartre, où la détestation de la famille et des autres avait le vent en poupe. Vilipender publiquement sa mère, humilier sa famille jusqu’au silence, multiplier les fabulations, les vols, les mensonges, les séjours en hôpitaux psychiatriques ou en prisons furent une partie de son existence que dévoile Emilie Lanez, soucieuse de remonter aux sources familiales où primait le sens de l’honneur. Celle-ci ne se contente pas de lire et relire à travers les lignes les romans de l’écrivain, d’éplucher les archives d’incarcération, de questionner un neveu attaché autant à sa grand-mère qu’à son oncle. Elle réalise la souffrance occasionnée par un homme malade d'amour pour sa mère, trop longtemps absente et souvent maladroite, que seul le talent de l’écriture sauva de son mal-être.
B. Clavel Delsol
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2025
20 décembre 2025
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SOPHIE BARUT

Sophie Barut a plusieurs cordes à son arc. Le succès de ses bronzes ne se limite pas aux frontières de Lyon. Les expositions ne cessent de se multiplier à Paris comme en province, tandis que son livre autobiographique « Je rentrerai avant la nuit » a reçu le Grand Prix du Témoignage. D’où vient ce talent créateur qui ne cesse de se développer ? Ses œuvres ne peuvent être séparées de la poésie de son époux, Cédric Bondonnat, auquel elle redonne vie depuis un accident de vélo qui cloua ce professeur de philo à l’immobilité totale. Certes elle devient le sculpteur de la fragilité mais aussi de la force intérieure qui témoigne que malgré tout « l’univers est doux ». Car le prisonnier dans son corps finira par dire qu’il est heureux grâce à Dieu, « Il faut L’appeler tout le temps et ça marche.» Ainsi ces deux artistes unis pour le meilleur et pour le pire sont le témoignage vivant que « donner sa vie pour ceux qu’on aime » est le plus sûr chemin pour se réaliser soi-même et offrir aux autres l’espérance en cadeau.
B. Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
30 novembre 2025
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« Tout l’or du monde » par Anne de Guigné
Editions : Les Presses de la Cité
Parution : Août 2025
264 pages
22 €
Un ouvrage qui devrait être mis entre les mains de tout lycéen est bien celui d’Anne de Guigné. Il s’agit de la vision de l’économie à travers les yeux de la littérature, pur miroir de la société, pour mieux comprendre ses enjeux et prévenir de ses dangers. Ainsi de la Genèse jusqu’au XXième siècle le labeur est perçu sous bien différents aspects. Punition ou bien vocation ou tout simplement instinct de puissance ou souci du progrès, il a toujours été le mobile de l’existence, une ruse dans le Roman de Renart, un trésor selon La Fontaine , une valeur marchande pour Shakespeare ou Cervantes que le promeneur solitaire en la personne de J-J Rousseau réfutera mais que son contemporain épicurien Casanova rétablira aussitôt. Anne de Guigné continue sur sa lancée sans jamais lasser. Elle parcourt les villes ouvrières de Dickens, remémore les illusions perdues de Balzac, transpose en Amérique les dynasties industrielles d’Europe où les Etats Providence se multiplient au grand dam d’Ayn Rand qui souffrit dans sa chair du marxisme et de Friedrich Hayek qui voit en la mondialisation le seul remède possible au rapprochement des continents. Malheureusement la souffrance de l’âme humaine non seulement perdure mais semble s’accélérer au rythme du progrès technologique et d’une perte non seulement d’identité mais d’espérance quand on lit Michel Houellebecq et Gaspard Koenig. Pour finir Anne de Guigné semble se rallier au « Requiem » d’Anna Akhmatova, à savoir que la profonde crise de nos jours a pour racine non pas le capitalisme mais l’effondrement des structures religieuses traditionnelles. Sans doute le sang de la vénérable petite Anne de Guigné décédée en 1922 coule-t-il encore dans les veines de son homonyme, aujourd’hui journaliste au Figaro ….
Brigitte Clavel Delsol
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25 novembre 2025
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« Un monde à refaire » par Claire DEYA

Les Editions de l’Observatoire
Parution : mars 2024
412 pages
22 €
A la fois document historique, roman d’amour, parfait scénario cinématographique, ce livre dévoile ce que la plupart des Français d’aujourd’hui ignorent : le déminage des plages du sud de la France, non pas par l’Armée française encore en guerre dans le nord et l’ouest, mais par des volontaires français, aidés de prisonniers allemands, qui risquent leur vie à chaque instant. Si, au début des opérations, les relations sont tendues entre Français et Allemands, les dangers encourus et les accidents inévitables vont rapidement resserrer les liens. Certes , pour les prisonniers, déminer est un moyen de se faire pardonner, mais peut-être aussi un moyen de s’évader. Voilà ce que craint Fabien, responsable du déminage, qui a du mal à travailler avec des "boches". A sa différence, Vincent , son sous-chef, se lie d’amitié avec eux. Les confidences mutuelles ne pourraient-elles pas devenir entraides ? Vincent ne pourrait il pas troquer la liberté de Mathias contre des portraits de prisonniers susceptibles d’avoir abusé de résistantes, dont Ariane qu’il recherche ? Lukas n’a-t-il pas l’avantage sur les Français de connaître parfaitement le château des Eyguières, quartier général de la Wehrmacht, véritable poudrière qui renferme les arcanes de la politique nazie comme les délations des collabos, et qu’il est seul à pouvoir déminer ? Ainsi l’auteure soulève le problème de l’après-guerre, de l’oubli impossible, des amitiés interdites, des amours défendus, en un mot de la liberté retrouvée…
B. C. D.
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2024
18 novembre 2025
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"LA MOUSSON"
par Louis BROMFIELD
1ère Parution : 1937
Editions : POCHE
695 pages
Ce livre des années 30 est un parfait tableau des Indes lors du déclin de l’Empire britannique. A l’arrière-plan le paysage poussiéreux de Ranchipur, état semi-indépendant, que seule la mousson parvient à nettoyer. Au premier plan Tom Ransome, aristocrate en exil, réveillé de sa rêverie d’artiste peintre par la lucidité de Fern, jeune-fille rocambolesque, lasse comme lui d'une vie vide de sens. Grand observateur mais aussi fin psychologue, Louis Bromfield dépeint une fresque de personnages des plus attachants, qu’ils soient anglais, américains ou hindous, idéalistes ou futiles, égoïstes ou altruistes. La famille Smiley se voue corps et âme aux enfants Intouchables, le brahman Safti ainsi que Miss Mac Daid aux malades de l’hôpital, d’autres ne pensent qu’à s’enrichir comme sir Esketh, à s’amuser comme lady Edwina, à pérorer comme Mrs Simon, jusqu’à ce qu’un terrible tremblement de terre ébranle Ranchipur, effondre son barrage et avec lui la foi en la science occidentale. Une inondation apocalyptique suivie d’une épidémie de choléra offrent un spectacle de cadavres et de ruines. Et c'est dans cette épreuve terrifiante que tous vont se révéler, s'entraider et s'aimer. Cette histoire est peut-être aussi le reflet des trois grands dieux de l'Inde, Brahma, Vishnu et Shiva: la création, la préservation et la destruction. Sans doute est-ce la raison pour laquelle le colonel Moti, hindou réputé pour son radicalisme communiste, incendie Ranchipur, avec l'espoir de faire renaître un pays neuf sur ses cendres ...
B. Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
9 novembre 2025
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« L’ANNONCE » par Pierre ASOULINE
Editions : Gallimard
Parution : Janvier 2025
315 pages
22 €
Pas de militantisme dans ce dernier livre de Pierre Assouline et pourtant la tentation est grande. Deux témoignages d’un même homme mais à cinquante ans de distance. Le premier, celui d’un jeune étudiant, qui n’hésite pas à partir et revenir, l’autre, celui d’un homme plus mûr qui observe et compatit pour aboutir à une réflexion à la fois politique et intime… Tel apparaît Raphaël, le protagoniste, étudiant français en philosophie, qui laisse Paris en 1973 pour secourir Israël envahi par ses voisins. Il y a autant d’humour en lui que de générosité. Il ne parle pas hébreu mais arabe, il rêve de devenir journaliste mais accepte de s’occuper tant bien que mal de deux mille dindes s’il peut contribuer à la survie économique de ce pays en guerre. Où veut en venir Assouline avec cette histoire d’amour avec Esther, jeune israélite soldate psychologue qui a pour mission d’annoncer le décès des soldats aux familles respectives ? Elle est fragile, ils s’aiment, mais la vie les sépare jusqu’au 7 Octobre 2023 quand Raphaël décide de retourner sur ces lieux en souffrance. Alors le style change, gagne en gravité, ce n’est plus seulement l’heure d’annoncer la mort des soldats mais celle de rechercher les corps, de leur attribuer des noms, de reconnaître les erreurs d’identification…2023 est pire que 1973, les cadavres retrouvés ne sont que des amas d’os calcinés, la guerre s’enfonce dans les bas-fonds d’un Gaza d’acier blindé, Israël perd de sa superbe comme le corps d’Esther. Mais la chaîne des aïeux ne s’interrompt pas, Raphaël revoit la jeune Esther dans sa petite-fille, le lignage continue à lutter, à puiser de l’énergie dans l’espérance que chaque camp parvienne un jour à s’entendre. Livre d’un visionnaire qui sentait la nécessité de l'écrire depuis cinquante ans.
B. Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
31 octobre 2025
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« La maison vide » par Laurent Mauvignier
Les Editions de Minuit
Parution : Septembre 2025
744 pages
25 €
Cette histoire familiale semble avoir toutes les qualités requises pour le prix Goncourt 2025! Elle est magnifiquement écrite, pleine de romantisme et de fine psychologie. Malheureusement entre les lignes perce une obsession bien engagée, la famille est un enfer, le patriarcat responsable de tous les maux. Firmin, le grand-père, n’a-t-il pas forcé sa fille Marie-Ernestine à épouser le bon Jules pour sauver ses terres dédaignées par ses deux fils, et sans doute aussi pour éviter les prémisses d’un amour interdit ? Suite à une telle décision, rien n’ira plus, non seulement dans la tête de Marie-Ernestine mais aussi dans celle de sa fille Marguerite qui finira par tomber dans des travers impardonnables pour les habitants du bourg. Alors il faut sauver l’honneur à tout prix, ce qui, pour Marguerite, est hypocrisie, source de révolte et d’émancipation. Dans une vision travestie de la société d'hier, s’il y a scandale on camouffle, s’il y a mariage on fait semblant, s’il y a folie on la cache, s’il y a trahison on tond les cheveux. L’amour maternel est réduit à néant, le patron abuse, la salariée lesbienne console, l’héroïsme du soldat est remis en cause, Pétain décore la chair à canon pour se faire pardonner. Et si Marguerite finit par découvrir l’amour, la guerre une fois encore arrache les époux. Les femmes, si fortes pendant l’absence des réservistes, peuvent se révéler bien vite vulnérables. Peu importe le fil de cette histoire familiale. Ce qui intéresse l’auteur c’est de rendre hommage à tous, quels que soient leurs faits et gestes, à lever les tabous, à remplacer les vides des albums de photos, à retrouver des ressemblances entre des êtres dissemblables, à rouvrir une maison qui ne rivalisait pas avec les châteaux alentour mais qui renfermait un combat permanent, celui d'un bonheur personnel, à défaut de paix intérieure ...
B. Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
30 octobre 2025
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« KOLKHOZE » par Emmanuel CARRERE
Editions P. O. L
Parution : Septembre 2025
548 pages
24 €
Si Hélène Carrère d’Encausse fut, comme le dit son fils, « avocate de la décevante Russie », Emmanuel Carrère vient justifier les faux espoirs de celle-ci en révélant les penchants à la fois occidentalistes et slavophiles de ses ancêtres Russes blancs depuis la révolution bolchévique jusqu’à nos jours. En effet, née du nom de Zourabichvili, famille aristocratique de Géorgie, descendante du comte Panine qui participa à une tentative d’assassinat du tsar Paul Ier, l’Académicienne eut du mal à pardonner l’annexion de la Géorgie, où ses ancêtres antistaliniens se sont battus pour la liberté et où encore au XXème siècle une de ses cousines sut y représenter pendant quelques mois la démocratie en tant que présidente de la République. Mais pourquoi la grande spécialiste de la Russie n’a pas perçu le danger de la politique d’annexion de la Crimée qui ne faisait qu’annoncer celle des régions du Donbass ? Tel semble le moteur de ce livre où E. Carrère transporte le lecteur de l’histoire de sa famille à celle des pays où elle vécut. Il se tourne vers cet oncle maternel, jamais remis de la disparition mystérieuse de son père en 1945 sous la Libération. Il regarde aussi le présent, scrute la tristesse de son père mal aimé, effacé par la brillance intellectuelle de la petite immigrée devenue secrétaire perpétuelle de l’Académie française. Le style est celui d’un romantique où le « je » est omniprésent au grand dam de sa mère que la rigueur stylistique n'empêchait pas d'apprécier les passions pour le piano et la généalogie d’une belle-famille bordelaise…
B. Clavel Delsol
Published by brigitte clavel-delsol
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