28 mai 2025
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"Ces fleuves qui coulent en nous"
par Erik ORSENNA
Editions : Julliard
Parution : Mars 2025
200 pages
21 €
Qui n'a jamais eu envie de s'embarquer sur un fleuve et mieux encore sur celui qui coule en nous? Car l'homme n'est pas une goutte d'eau dans la mer , mais un océan à lui seul. Erik Orsenna nous offre ce voyage, véritable hymne à la vie. Observations personnelles et connaissances médicales se rejoignent dans la plus grande simplicité, avec un naturel tout spontané qui rend authentiques les assertions les plus scientifiques comme les plus originales pour ne pas dire les plus intimes. L'écrivain n'en oublie pas pour autant les angoisses contemporaines, sachant relever la grandeur du progrès sans en ignorer le danger des excès. Une invitation à la curiosité du corps humain dont "les larmes sont le sang de l'âme", au plaisir de sa découverte jamais achevée, à l'apprivoisement de la mort. Le tout dans une écriture des plus vivantes, pleine de poésie et de sensualité, qui parvient à combler l'abîme entre médecine et connaissance de l'être.
B. Clavel Delsol
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2025
14 mai 2025
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« Un bûcher sous la neige » par Susan Fletcher
Editions : J'AI LU
Parution : 2010
8,90 €
455 pages
Certes ce roman historique est un rappel de la résistance des partisans des Stuart face à ceux de Guillaume d’Orange, du clan MacDonald face à celui des Campbell. Mais il évoque aussi la beauté sauvage des vallées et des locks écossais et surtout les méfaits de l'ignorance et de la superstition qui font passer une femme surhumaine pour une sorcière. Corrag, condamnée au bûcher, porte bien son nom et c' est de sa bouche que se déroule le récit de sa vie. Charles Leslie, homme d’Eglise irlandais, fidèle au roi Jacques, est venu jusqu’ au fin fond de l’Ecosse pour l’interroger sur le célèbre massacre de Glencoe dont elle fut témoin. La description de son physique rébarbatif et de sa geôle putride contraste avec la beauté du style, promesse d’une lumière certaine. Tout est obscur et froidure dans la prison où le seul écho est celui de sa mère qui ne croyait pas au diable et dont le seul conseil était « n’aime jamais » car « c’est l’homme qui fait tout le mal ». Mais Corrag, dans sa fuite toujours plus au Nord, dans sa solitude sauvage, devient « mère de cent mille choses ». Charles Leslie saura-t-il percevoir que ses talents de guérisseuse et de prémonition n’ont rien de la sorcellerie mais sont dûs à une profonde communion avec la nature et ses habitants? Saura-t-il discerner la grandeur de cet être christique au physique apparemment déchu mais à l'âme pleine d’apesanteur? Très beau livre qui, en rendant justice et hommage à cette visionnaire pleine de bonté, invite le lecteur à savoir discerner les tout petits moments de bonheur qui peuvent changer le monde ... B.C.D.
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2010
5 mai 2025
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« Le courage des innocents » par Véronique OLMI
Editions : Albin Michel
Parution : Août 2024
281 pages
21,90 €
« Les adultes sont des salauds » tel est le fil conducteur de ce livre à deux temps, celui où Ben est en France avant de rejoindre l’Ukraine. Certes l’histoire porte bien son titre. Avant de découvrir les horreurs de la guerre, Ben apprend que son demi-frère est confié à la DASS. Son tempérament plus spontané que réfléchi l’incite à aller kidnapper l’enfant, ce qui lui fait découvrir la vulnérabilité de ces petits êtres en foyer. Et s’il s’engageait à secourir les jeunes Ukrainiens menacés de bombes et pire encore de déportation ? Ainsi Ben fait partie de ces courageux innocents que rien, même une belle histoire d’amour, n’interrompra dans son secours à ces petits malheureux. Pas question d’obéir aux checkpoints à ces criminels de guerre, plutôt mourir que leur confier la petite Maya…L’écriture de Véronique Olmi est au rythme du sang qui bat dans les veines de Ben, la logique n’y est pas toujours à sa place. Ce qui importe pour l’auteure comme pour Ben c’est le partage du sort des malheureux, le courage du face à face avec l’ennemi, la résistance à l’usurpation d’identité et au génocide. Le lecteur reste désappointé devant le tragique du dénouement, point de non-retour où l’innocent est le jouet du monde mais qui est seul à sauver l’honneur de l’humanité. B. C. D.
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2024
28 avril 2025
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« Bourlingue dans la brousse » par
Louis-Jean Nicolazo de Barmon
Editions : France-Empire
Parution : Février 2025
184 pages
22 €
Après une immersion dans la brousse du Cameroun, un carnet de voyages s’imposait. L-J Nicolazo de Barmon n’a rien du chasseur sans foi ni loi, ni du touriste condescendant. Il aime l’Afrique, ses traditions ancestrales, ses habitants conscients de la richesse et de la fragilité de la faune qui les entoure. Là, un paradis terrestre se déploie où girafes, buffles noirs et lions fauves attirent des chasseurs du monde entier au son et au flamboiement des rolliers d’Abyssinie et des pintades de Numidie. Malheureusement, aiguillonnés par l’appât du gain ou la nécessité de survie en finançant des terroristes, des braconniers pénètrent dans les plus grandes réserves. C’est ainsi que peu à peu les espèces sont menacées, voire en voie de disparition. La préservation de l’écosystème de cette terre de chasse exceptionnelle devient obsession pour le bourlingueur de la brousse. Car l'homme a besoin de la nature comme celle-ci a besoin d'être régulée par l'homme. Aussitôt L-J Nicolazo de Barmon s'engage pour assainir et brûler à la sueur de son front des hectares de champs de paille et se transforme en bâtisseur de pistes et de digues indispensables à la survie du Cameroun. Il fallait à l'auteur raconter cette belle aventure humaine où la chaleur écrasante du soleil assèche la terre et fertilise les amitiés .
B. C.D.
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2025
24 avril 2025
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« Sur le chemin des cathédrales »
par Henri d’Anselme
le héros du sac à dos
Editions : fayard
Parution : Novembre 2024
21,90 €
234 pages
Le dessein du héros est différent de celui du saint : le premier rend hommage à l’humanité, le second à Dieu. Dire qu’Henri d’Anselme a justement cette double mission n’est pas exagéré. En poursuivant le chemin des cathédrales de France l’auteur veut révéler non seulement les splendeurs réalisées par les bâtisseurs mais aussi leur foi en ce Dieu protecteur de leurs heurs et malheurs. Car les cathédrales ont mis des siècles à s’élever entre terre et ciel, accueillant aujourd’hui encore touristes et pèlerins trop heureux d’y trouver paix et beauté. Le témoignage d’Henri d’Anselme est d’autant plus poignant qu’il est perçu par son regard estudiantin, témoin de violence gratuite, d’ignorance historique, mais aussi d’accueils chaleureux au sein d’une Eglise torturée. Sa persévérance fut, du début à la fin de ce pèlerinage, toute providentielle : l’incendie de N-D de Paris l’incite à partir, et l’attentat d’Annecy sera le point décisif du non-retour, celui de la poursuite d’un tour de France qui devient un chant, un « remède de l’âme », « écho immortel du temps ». Sa visite de cent-quatre-vingts édifices religieux s’achève en même temps que la reconstruction de Notre-Dame de Paris, véritable miracle réalisé à la sueur de deux-cent cinquante entreprises spécialisées dans la restauration des monuments historiques, preuve que Dieu intervient quand l’homme se donne de la peine…Henri d’Anselme fait partie de ceux-là !
B.C.D.
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2024
23 avril 2025
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« Les piliers de la mer » par Sylvain Tesson
Editions : Albin Michel
Parution : Avril 2025
210 pages
21,90 €
Ce n’est pas la première fois que Sylvain Tesson relate ses exploits, non pas pour épater mais plutôt pour partager le bénéfice qu’il en tire. « Ne sachant peindre, je m’en vais. Ne sachant prier, je grimpe ». C’est ainsi qu’il justifie sa traque, tout autour du monde, des piliers de la mer qu’il va escalader un à un. Le lecteur a vite fait de comprendre la valeur allégorique de ces stacks, sentinelles rocheuses détachées de la côte, qui se lèvent fièrement solitaires, résistant au temps, à l’érosion, aux tempêtes, au tourisme. Ne sont-elles pas semblables à l’auteur lui-même qui se réfugie dans la certitude que sans le dépassement de soi tout est tristesse et dégradation. La liste des stacks pris à l’assaut est longue et variée, mais jamais lassante, toujours excitante. Les roches ne sont jamais les mêmes, de même que la stratégie pour les vaincre. Les végétaux sont rares mais les oiseaux pullulent. A la grandeur du paysage se joint la noblesse des sentiments, la joie de la liberté durement acquise, et la découverte que la main de l’homme a le même dessein que celui du Créateur. La tentation banale et mesquine du vide et du vertige est recouverte par des strates de sentiments multiples de la naissance jusqu’au dernier jour, par des surprises inattendues où le morbide est chassé par la contemplation. Ainsi Sylvain Tesson rejoint Christophe Ono-dit-Biot dans sa perception du cœur humain qu'il perçoit comme un container bien rempli… B. C. D.
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2025
22 avril 2025
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« MER INTERIEURE »
par Christophe ONO-dit -BIOT
Editions : L’Observatoire
Parution : Mars 2025
240 pages
Jusqu’où la mer emmènera-t-elle Ono-dit-Biot ? Au temps de l’enfance elle est pour lui refuge, contemplation, mystère insondable. Mais bien vite elle devient attirance irrésistible, les caresses des vagues ne lui suffisent pas. Il s’y enfonce, découvre une faune marine, véritable monde magique. Mais Ono-dit-Biot ne s’arrête pas là, ses perceptions sont submergées par une réminiscence de mythes et une littérature marine qui l’emmènent toujours plus loin dans sa réflexion. Le bleu du ciel est lié au bleu de la mer, les dieux eux- mêmes s’unissent avec des mortels, le corail est un couple de végétal et d’animal, Nemo aime Nautilus autant qu’il en est prisonnier. Alors le lecteur ressent monter l’angoisse toute métaphysique de l’auteur. Il voit dans Ulysse repartant avec sa rame sur l’épaule sous l’injonction de Poséidon l’image même d’Ono-dit-Biot soucieux de “faire connaître la mer à ceux qui ne la connaissent pas “. Mission parfaitement accomplie.
B. C.D.
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22 avril 2025
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« Quand viendra le printemps »
par SOPHIE NAULEAU
Editions : Actes Sud
Parution : Février 2025
85 pages
13 €
Une découverte toute providentielle d’une Sophie Nauleau née en 1793 incite l’auteure du même nom à remonter le temps. Celle-ci se lance dans des recherches étymologique et généalogique qui la transportent sur les terres marécageuses de la Vendée, là où il y eut la pire des guerres civiles, mais où la Vie continue de couler et donner son nom à de nombreux villages. C’est là que naquit l’homonyme de l’auteur qui, à cause d’une extrême misère, n’atteignit jamais l’âge adulte. Le style de l’auteure est amer, il rappelle celui de Marie-Laure de Cazotte, plein de colère et de tristesse mélangées face au martyr des Vendéens et de cette jeune Sophie Nauleau innocente dont le visage reflète toute la souffrance. L’auteur ne réserve point de place à l’imaginaire mais recourt aux registres des petites communes quand les habitants eurent le temps de laisser leurs témoignages avant d’être massacrés. Le lecteur est surpris de voir que cette terre marécageuse inspire aujourd'hui encore non seulement une écriture à la fois romantique et engagée mais aussi éveille une fraternité séparée de trois siècles, liée par le sang et les larmes. Petit recueil indispensable pour faire connaître l’histoire trop souvent oubliée de ce coin de France où seuls les printemps sont consolateurs des temps sinistres qui exterminaient les fidèles à Dieu et au roi.
B. C. D.
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13 avril 2025
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« MESOPOTAMIA »
Par Olivier GUEZ
Éditions : Grasset
Parution : 2024
405 pages
23 €
C'est un bel hommage qu Olivier Guez rend à Gertrude Bell, officier de l'armée des Indes, dénommée « reine de l’Irak » qui, comme Lawrence d Arabie, se voua corps et âme pour émanciper la Mésopotamie libérée des Ottomans, tout en la laissant sous le contrôle des Britanniques. Mais la tâche n'est pas facile. La Mésopotamie est composée depuis toujours de mille ethnies, religions et sectes que l’accord Sykes-Picot va partager plus ou moins en secret entre le Royaume-Uni et la France. Car si cette terre entre le Tigre et l’Euphrate est un Eden, elle est surtout un puits de pétrole. Le livre alterne entre l’intérêt des politiciens pour le contrôle des gisements de l’or noir et les rêves de Gertrude Bell qui se considère comme la « sage-femme » d'un pays sur le point d’éclore. Olivier Guez nous raconte l'histoire de cette femme comme un vrai roman dans les déchirements du Moyen-Orient au XX ème siècle.
B. C. D
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2024
8 avril 2025
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« La gratitude » par Laetitia Strauch-Bonart
Récit politique d’une trajectoire inattendue
Editions : L’Observatoire
Parution : Janvier 2025
224 pages
21 €
Ni le socialisme de Jean-Claude Michéa, son professeur de philo, ni l’ingratitude des étudiants hyperprotégés de la rue d’Ulm ou de Sciences po, ni le carriérisme des politiciens ne parviennent à satisfaire Laetitia Strauch-Bonart dans sa quête d’une pensée politique qu’elle veut à la fois humaine et constructive. Comment accepter que des intellectuels traitent de « ploucs » des habitants d’une zone pavillonnaire sous prétexte qu’ils votent à droite ? L’auteure se plonge alors dans la philosophie politique en vue de découvrir la meilleure organisation collective possible. Elle lit Aristote , Hobbes, se tourne vers Charles Maurras, Joseph de Maistre… La tâche est lourde, voire décevante. Mais c’est sa rencontre lumineuse avec le penseur anglais de la droite conservatrice libérale, Roger Scruton, qu’elle veut nous faire partager. Celui-ci lui fait découvrir les ouvrages d’Edmond Burke, député britannique du XVIII -ème siècle et philosophe, analyste perspicace de la Révolution française dès ses premières heures. Burke revendique la tolérance religieuse, l’abolition progressive de l’esclavage, les droits des colons tout en condamnant les prédateurs. Selon lui la loi du changement est inévitable mais ne doit pas se faire au mépris de la prudence et de la continuité. « Père fondateur du conservatisme moderne », il adapte la politique non pas aux raisonnements humains, mais à la nature humaine. Pour lui « pas de plus grand danger que la liberté sans sagesse et sans vertu, que la carte blanche d’un passé rayé des mémoires, que l’empire absolu de la raison ou de la sensiblerie ». En reconnaissant la fragilité humaine Burke prône un désir d’innovation inséparable d’un sentiment de conservation. Libéralisme et conservatisme sont réunis et Laetitia Strauch-Bonart a enfin trouvé son camp et sa raison d’être, juste équilibre entre famille et nation, mémoire et oubli, gratitude et pardon, en un mot entre harmonie sociale et consécration de l’Homme.
B. C. D.
Published by brigitte clavel-delsol