Editions : Robert Laffont
Parution : Janvier 2011
304 pages
19 €
Ce roman, très prisé en Espagne et tout récemment traduit en France, est le préféré de l’auteur. Les raisons sont nombreuses. Le narrateur, Oscar Drai, est son alter-ego. Comme lui, il aime la Barcelone d’autrefois avec ses belles demeures envahies par la mousse et l’oubli. Comme lui, aventureux et romantique, il ne résiste pas à pousser la porte de l’une d’entre elles. Amoureux du mystère qui attire la belle Marina, il nous entraîne dans une aventure qui tourne vite en enquête, à ses risques et périls. Le décor devient alors lugubre et les évènements cauchemardesques. Comment expliquer la présence de formes humaines suspendues dans une petite serre recouverte de lierre ? Comment justifier un album rempli exclusivement de photos de petits monstres ? Pourquoi une tombe anonyme peut-elle servir d’entrée à un souterrain ? Voilà ce que veulent élucider Oscar et Marina qui bien vite vont trouver les traces de Mihaïl Kolvenik, savant russe immigré, enrichi puis disparu. Dans ce roman, apparemment pour adolescents amateurs d’émotions fortes, l’auteur adopte le genre fantastique pour aborder les sujets les plus graves. L’échec du progrès, de la médecine comme des enquêtes judiciaires, l’invincibilité de la mort sont compensés par la noblesse de l’amour et de la fidélité. Le voyage initiatique d’ Oscar Drai est celui de C. R. Zafon. Il ne se termine pas dans les couloirs d’un hôpital, mais dans l’écriture. La fuite et l’oubli ne peuvent rien contre le souvenir. C’est pourquoi Marina et Oscar Drai s’acharnent à décrire leur descente dans les enfers de Barcelone, comme C. R. Zafon tient à retourner aux sources de l’être et nous rappeler que c’est folie de vouloir « faire le travail de Dieu ».
Brigitte Clavel