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12 avril 2011 2 12 /04 /avril /2011 21:41

Editions : Robert Laffont

Parution : Janvier 2011

304 pages 

19 €

 

Ce roman, très prisé en  Espagne  et tout  récemment  traduit en France, est le  préféré  de l’auteur. Les raisons sont nombreuses. Le narrateur, Oscar Drai, est son alter-ego. Comme lui, il aime la Barcelone d’autrefois avec ses belles demeures envahies par la mousse et l’oubli. Comme lui, aventureux et romantique, il ne résiste pas à pousser la porte de l’une d’entre elles. Amoureux  du mystère qui attire la belle Marina, il nous entraîne dans une aventure qui tourne vite  en  enquête, à ses risques et périls. Le décor devient alors  lugubre et les évènements cauchemardesques. Comment expliquer la présence  de formes humaines suspendues dans une  petite serre recouverte de lierre ? Comment justifier un album rempli exclusivement de photos de petits monstres ? Pourquoi une tombe anonyme peut-elle servir d’entrée à un souterrain ? Voilà ce que veulent élucider Oscar et Marina qui bien vite vont trouver les traces  de Mihaïl Kolvenik, savant russe immigré, enrichi puis disparu. Dans ce roman, apparemment pour adolescents  amateurs d’émotions fortes,  l’auteur adopte  le genre fantastique pour aborder  les sujets les plus graves. L’échec du progrès, de la médecine comme des enquêtes judiciaires, l’invincibilité de la mort sont compensés par la noblesse de l’amour et de la fidélité. Le voyage initiatique d’ Oscar Drai est celui de C. R. Zafon. Il ne  se termine pas  dans les couloirs d’un hôpital, mais dans l’écriture. La fuite et l’oubli ne peuvent rien contre le souvenir. C’est pourquoi  Marina et Oscar Drai s’acharnent à décrire leur descente dans les enfers de Barcelone, comme C. R. Zafon tient à retourner aux sources de l’être et nous rappeler que c’est folie de vouloir «  faire le travail de Dieu ».

Brigitte Clavel

 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 13:01

 

 

Editions : Albin-Michel

Parution : Avril 2011

391 pages

22

 

 

 

 

« L’Histoire, je ne la viole pas, non, je ne la bouscule jamais. Mais, c’est vrai, je la caresse, je la cajole. J’occupe les vides, je me faufile dans les interstices ». Ainsi parle  F. Chandernagor qui, à travers « Les enfants d’Alexandrie », premier tome d’une trilogie, fait revivre la cour de Cléopâtre et de Marc Antoine aussi haute en couleur qu’un « Conte des Mille et Une Nuits ». Le roman regorge de détails sans doute pas toujours vrais, mais jamais entièrement faux. Romancière de l’Histoire, F. Chandernagor semble non seulement vouloir  faire revivre  l’Antiquité mais aussi, en abolissant « la  distance des siècles », donner un cours de politique. Les conquêtes ne s’improvisent pas ; les parades pompeuses  ne sont que des leurres pour intimider ; l’homme invincible  peut cacher un héros shakespearien ; la dignité  des conquérants n’est que fabulation, la guerre est toujours sans pitié et le pouvoir une proie qu’on ne partage pas :« On commence par donner sa moustiquaire, et on finit par céder son trône ». Rien n’échappe à F. Chandernagor qui a plaisir à ressusciter les qualités de chef d’état-major de Cléopâtre comme la douceur de son unique fille la petite Sénélé, qui sous prétexte de souffrir des yeux,  les ferme pour ne pas voir en face les fastes qui précèdent la chute inéluctable.

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 21:18

 

 

Editions : Grasset

Parution : Janvier 2011

249 pages

16 €

 

Histoire vraie, autobiographie ou pure fiction ? En tout cas « C’est une histoire entre Français ».  Guy Rolin, au nom bien  lyonnais en forme d’anagramme, est un père distant,  qui laisse pour legs à son fils un paquet de photos à déchiffrer. En 1944 il a 12 ans: « C’est là que tout a commencé et que tout a fini », rue Jarente, avec vue sur la cour du collège St Joseph, à côté du siège de la Gestapo, détails si précis que le roman devient enquête historique. Pourquoi Guy Rolin a t-il secrètement un ami allemand  qui fait partie de la Stasi ? Pourquoi se complaît-il à emmener sa famille en vacances  voir  la pauvreté  des pays communistes et à leur faire visiter les cimetières juifs, tout en détestant les Français et en admirant les Américains ? Serait-il d’origine juive ?  Ou alors un espion ? Autant de questions qui font tourner les pages de ce livre où est retracée l’histoire de ce père, marqué non pas  par la guerre, mais par la violence hystérique de Français contre des Français, qu’il avait prise à l’époque  pour un jeu d’enfants. Miliciens contre Résistants, la tragédie demeure à jamais.

Brigitte Clavel

 

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29 mars 2011 2 29 /03 /mars /2011 20:52


 

 

 

Editions : Gaïa

Parution : Février 2011

558 pages

24 €

 

 


 

« Cent ans » rentrent dans la lignée des grandes sagas norvégiennes  qu’il faut avoir lues. C’est avec romantisme et réalisme confondus que H.Wassmo présente l’histoire de trois générations  qui se ressemblent sans être tout à fait les mêmes. La  fresque  peinte par l’auteur   de ses  propres aïeules dans ce pays du Grand Nord est aussi réussie que le retable réalisé  par le pasteur à vocation de peintre. Et si était là le but de H. Wassmo ? Révéler l’être humain  s’efforçant de suivre  la  voie qu’il a choisie, malgré toutes ses embûches. Les uns le font avec courage, d’autres en ânonnant des prières, d’autres dans un dépassement de soi total ou au contraire avec une profonde souffrance intérieure. Certes les difficultés sont nombreuses sur cette terre battue par la mer et le vent. Féministe avant tout,  H. Wassmo n’a visiblement pas le sens inné du sacrifice comme celles qui l’ont précédée. Une certaine révolte sous-jacente gronde devant un progrès trop lent  à venir et des préjugés arriérés. A la fin du livre, l’espérance est chancelante avec la naissance  de la dernière de la lignée au prénom délibérément païen dans ce pays de tradition luthérienne. Mais c’est celui-là même de l’auteur, celle qui reconnaît le bonheur de ses aïeules d’avoir eu, dans leur famille, plus de naissances que de morts, de vrais gaillards comme fils, et des sœurs toujours prêtes à dépanner. En un mot la vie est semblable à cette région septentrionale,  belle mais intransigeante.

B. Clavel

 

 

 

 

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25 mars 2011 5 25 /03 /mars /2011 08:08

Editions : Albin Michel

 

Parution : Avril 2011

280 pages

19 €

 

 

Dans son dernier ouvrage comme dans les précédents, Michel Benoît a pour objectif de continuer son combat : démystifier Jésus. Selon lui, ce rabbi galiléen n’est pas Dieu, ni fils de Dieu, mais un prisonnier de l’Eglise et des dogmes, un mystique proche du bouddhisme, un humaniste anticlérical. Avec une grande connaissance des Ecritures  et beaucoup de lyrisme l’auteur donne la parole à Jésus. Si Jésus guérit les âmes et les corps, s’il dépasse l’accomplissement de la Loi et accomplit les prophéties, c’est, nous dit il, dans l’unique but  de  « soulager la détresse humaine ».

Mais pas de mystère dans cette infinie capacité d’amour. C’est grâce à sa victoire sur les forces du Mal dans le désert que Jésus a  l’esprit de compassion et la force du miracle : « Ce qui m’a toujours paru miraculeux, ce n’est pas leur guérison mais cette rencontre avec leur souffrance subie et ma souffrance assumée ». Sa nature est semblable à celle du centurion dans lequel il se reconnaît : «Je suis un homme comme lui, soumis comme lui à mon créateur, mais capable comme lui de me faire l’intermédiaire entre la puissance royale de Dieu et les nécessités de mon service ».Parfois même sa confiance en Dieu est plus chancelante que celle des pécheurs qui l’approchent : « Cet homme du commun était allé plus loin que moi dans les profondeurs de la foi ».

Malgré une profonde méditation, Michel Benoît ne parvient pas à déceler la divinité du Christ.  Voulant avant tout rester humain, ce qui est tout à son éloge et très contemporain, il  en oublie qu’ « Au commencement était le Verbe... et le Verbe s’est fait chair ». Alors, tristement, il achève son livre comme Marguerite Yourcenar ses " Mémoires d'Hadrien " : « Je commence à apercevoir le profil de ma mort ». Ainsi est l’orgueil humain : se passer de Dieu, se réaliser par soi-même, et devenir un dieu à son tour. Telle est la domination falacieuse de la raison sur la foi.
Brigitte Clavel

 

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19 mars 2011 6 19 /03 /mars /2011 19:58

Editions de l’Olivier

Parution : Août 2010

232 pages

18 €

 

 

Un mal-être permanent, des falaises abruptes, des penchants suicidaires, une famille incompréhensive, tels sont les thèmes chers à Olivier Adam. La narratrice Sarah ne peut se remettre du décès de son frère jumeau, Nathan, jeune anarchiste déprimé qui s’est tué en voiture. Pour se rapprocher de lui et mieux le comprendre, elle se rend au Japon «  où il avait trouvé…mieux qu’une cure de sommeil… le repos, un répit, un refuge… ». Là elle rencontre ceux que Nathan  a croisés et se sent plus proche d’eux que de  sa propre famille. Ainsi en voulant comprendre son frère, Sarah se découvre elle-même. C’est alors un beau voyage de révélations sur les autres  et sur soi. C’est aussi  une très belle écriture qui abonde en descriptions de la nature, en variétés de personnages, qui nous fait aimer le Japon plus que jamais, comme si l’amour d’Olivier Adam pour cette île était prémonitoire.

Brigitte Clavel

 

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16 mars 2011 3 16 /03 /mars /2011 08:40
 

 

 

 

 

Editions : Flammarion

Parution : Janvier 2011

141 pages

16 €

 

Une île  polluée où la misère est à son paroxysme, tel est le lieu où se passent   trois vies chinoises que Daie Sijie dépeint par touches aussi subtiles qu’impitoyables. En arrière-fond se dressent des décharges de déchets électroniques, au premier plan une prison, un camp de rééducation avec sa réserve d’eau gelée, une forge fermée car la toxicité de la terre a supprimé tout besoin d’outils agricoles. La pollution est telle qu’elle engendre chez ses habitants la progéria, l’amnésie et l’aliénation mentale. Pourquoi alors un tel endroit est-il appelé « île de la Noblesse » ? Le lecteur y trouve des  personnages inoubliables, avec des capacités de cœur,  d’imagination et de courage  aussi grandes que ce lieu est cauchemardesque.  Si Dai Sijie dénonce la tyrannie d’ « un Etat tout-puissant »,composé de propagandistes mafieux, s'il révèle les dangers d'une nouvelle ère industrielle, il sait aussi mettre au grand jour la beauté de la nature humaine. Dans cette île sinistre existent encore des êtres exceptionnels, avides de liberté, d'amour et d'art, prêts à   sacrifier leur vie pour ceux qu’ils aiment.

Brigitte Clavel Delso

 

 

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8 mars 2011 2 08 /03 /mars /2011 12:49


 

 

Editions : Fayard

Parution : Janvier 2011

271 pages

17 €

 

 

Caricature humoristique   de la femme du XXI ème siècle qui veut et doit  tout gérer : sa profession, son intérieur, son couple, tel pourrait se résumer ce livre où le bon goût n’est pas toujours de rigueur. Pas de temps pour une belle littérature, juste la volonté  de faire réaliser au lecteur la stupidité dans laquelle le monde féminin évolue aujourd’hui. Ce qui importe  pour Sibylle  la narratrice, c’est de maîtriser le quotidien, non sans peine et sans énervement. Si le rapport de force n’est pas inné chez elle, un souci de rentabilité est indéniable, jusqu’à annihiler ses collègues de bureau et Adrien son compagnon. Dorénavant, exit l’admiration phallocrate et la maternité,  mais prise en charge des sans-papiers et  organisation des congrès tambour battant ! Malheureusement, aux yeux de Sibylle, les hommes sont des apathiques, juste bons à négocier, et des épicuriens juste bons à se divertir. Et si ce livre était tout simplement un cri de désespoir de la femme à la recherche de sa propre identité et de celle de l’homme qu’elle ne sait plus comment séduire ? En tout cas, pas de décoration en vue! Juste de la solitude…

Brigitte Clavel

 

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7 mars 2011 1 07 /03 /mars /2011 09:44

 

Editions : Edimontagne

Parution : 2011

Poème de 360 vers

 

 

Le grand reproche fait à Denis Clavel est son thème récurrent de la mort. Et si , au contraire, il fallait lui rendre grâce de  présenter, à chacun de ses écrits , une autre vision de l’existence, celle que jamais personne ne perçoit et que tout le monde craint. C’est avec un pas de marcheur joyeux  qu’il  fait part de ses découvertes. La planète offre         

 « …de quoi marcher la vie entière »…

« …la beauté nous salue

Jusqu’à la fin du monde et même au-delà ».

Nulle tristesse, nul pessimisme, nulle angoisse. Seule la louange permet d’avancer.

« La joie est de donner un nom à chaque chose »,

de lire sur les visages … "la marque des dieux",

d ‘écouter le silence comme un chant .

Celui qui ne peut suivre se cogne contre l’évidence et a vite fait de comprendre

Que  gravir  un chemin n’est pas systématiquement monter. 

Mais paraphraser la  poésie de Denis Clavel serait un anathème,

 un contresens, une injure.

 L’important c’est la création intime permanente et

« Si vous croyez en rien étonnez vous de ce rien ».

L’infini est complexe et n’a jamais fini de surprendre,

Comme la mer de glace est jardin de Talèfre,

 Le pèlerin terrestre  est créateur de l’éternel.

B.C. Delsol

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6 mars 2011 7 06 /03 /mars /2011 12:13

 Editions : Albin Michel

Parution : Août 2010

458 pages 

22 €

 


Ce roman, présenté sous la forme d’ un échange épistolaire et d’un journal intime rédigés en plein XIX ème siècle, n’a pas pour auteur un historien, mais un observateur de la nature humaine, de ses dépassements comme de ses mesquineries. A cela s’ajoute une vocation médicale, non seulement des corps mais des âmes. Selon le médecin narrateur, la rigidité des institutions religieuses et sociales comme la pesanteur des préjugés « imbéciles » ne fait qu’accroître le mal-être intérieur. Seul l’amour, « antidote à la mort », peut raviver cette nature complexe de l’homme. Le livre est écrit avec tant d’humanité que le lecteur le poursuit avec un immense plaisir, trouvant, dans ces multiples histoires campagnardes, une vérité universelle. Brusquement la voix du docteur se tait, laissant le lecteur perplexe  devant un vide   une immense déception succède à l’utopisme. Sans doute, comme la rage, l’amour connaît-elle  trois  phases : celle de l’innocence, celle de l’expérience, celle du sacrifice...

Brigitte Clavel

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