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1 mars 2011 2 01 /03 /mars /2011 21:53


 

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Janvier 2011

412 pages

22,80 €

 

Lysange Kenny, démographe reconnue, mariée à un homme fidèle et mère de deux enfants, se meurt d’amour pour un  photographe de guerre toujours sur le départ et qui ne fait qu'accroître ses angoisses.  La Providence la met entre les mains de Tomas, un vieil admirateur de ses études  sur les migrations en Amérique du Sud, qui devine ses tourments amoureux. Celui-ci pourra-t-il l’aider dans cette liaison qu’elle dit elle-même « diabolique » ? Il lui offre sa maison sur la dune, en bordure de l’océan atlantique, comme havre de paix, où elle découvre le journal d’une  religieuse missionnaire. Roman dans le roman, sœur Madeleine, en route pour le Brésil, cède à la passion  de son  guide, un « sombre voyou » qui n’a pour religieux que le prénom d’Angel. Pourquoi Tomas tient -il à repartir au Brésil? Et si, lui aussi, avait  été un démon tentateur en son temps ? Saurait-il alors être aujourd’hui un honnête conseiller pour Lysange? Le livre de Frédérique Deghelt est épais, mais le style coule à flots. Celle-ci a trop de problèmes à résoudre : le colonialisme, le christianisme, la guerre ; trop de questions à élucider : l’amour parfait impossible ou dévastateur, la vie sacerdotale inhumaine, la fidélité dans  le mariage inconcevable... Le temps la presse  et le lecteur veut connaître la fin du roman, même s’il sait que la vérité est tronquée : juste un prétexte de la part de l’auteur, aussi idéaliste qu’une adolescente, pour parler ouvertement de sujets qui lui tiennent à cœur…  

Brigitte Clavel  

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14 février 2011 1 14 /02 /février /2011 11:32
« Vies de Job » par Pierre Assouline


                                                                                  

Editions : Gallimard

Parution : Janvier 2011

492 pages

21,50 €

 

 

 

Le titre de ce livre n’est pas dénudé de sens. « Vies de Job » récapitule  la célébrité universelle  de cet homme de la Bible depuis la nuit des temps. Pas un seul moment d’ennui dans ce gros livre qui n’est ni un roman, ni une biographie, mais une démarche personnelle de la part de P.Assouline, hanté par  Job le juste, dépourvu  de tout,  sauf de son amour pour Dieu. L’auteur révèle combien cet homme déchu a fait l’objet de multiples recherches d’exégètes, philosophes ou hommes de lettres de toutes religions confondues. Qu’il soit un  mythe, un saint, un esclave en révolte, un masochiste dédaigné par sa femme ou un personnage supérieur à Dieu, qu’il soit représenté par les peintres en homme fortement musclé ou totalement décharné, Job est le symbole  de la condition humaine, de l’insoutenable souffrance. Le mutisme de Dieu inspire au prophane révolte  et nihilisme. Les théologiens juifs  le considèrent comme un renoncement à la toute puissance « pour laisser à l’homme son libre arbitre ». Et Pierre Assouline d’ajouter : « C’est aux hommes de réparer le monde, non à Dieu. Car s’il ne nous est proche que par sa capacité à faire rempart à l’horreur, c’est triste. Il faut se dégager de cette vision naïve, puérile pour ne pas dire…infantile, pour mieux se rappeler que les hommes sont responsables du destin de l’humanité, qu’ils doivent répondre de leurs actes et non s’en défausser sur le Tout-Puissant ». Ainsi grâce à une culture religieuse aussi grande que sa sensibilité, l’auteur dépasse son héros. Il voit en Job « un intranquille », il fait de  l’inquiétude  une vertu indispensable à l’homme face à ses responsabilités terrestres et incite celui-ci à vivre dans un qui-vive permanent, avec pour aide, l’étude, la prière et le respect de l’ordre divin.

Brigitte Clavel

 

 

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8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 15:59

 

Editions : Verticales

Parution : Décembre 2010

317 pages

18,90 €

 

 

Un style prolixe et spontané, tour à tour  familier et technique, amène le lecteur  à Coca, ville fictive américaine. Son maire, dit le Boa, symbole du « rampant prédateur » est  un mégalomane, passionné de buildings et de modernité. Si Coca est complexée par sa situation  à l’écart des grandes villes et sa dépendance en matières premières, pourquoi ne deviendrait-elle pas, grâce à son maïs, reine de la bioénergie? Mais il faut un pont, et pas n’importe lequel, un ouvrage sans pareil, manne véritable pour beaucoup de travailleurs venus de par le monde. C’est alors que l’auteur passe de la fiction à la réalité et offre, avec humour et finesse,  un tableau typique de la société actuelle avec toute la diversité que comporte  la nature humaine. L’objectif de chacun n’est pas le même pour tous. Certains  s’adonnent au dragage des fonds sous-marins, d’autres partent à la conquête du ciel. Certains se battent pour un salaire mérité ou pour la nidification des oiseaux, d’autres s’amusent à risquer leur vie ou faire du sabotage. L’hyperactif emploie son  énergie   à « travailler le réel », à être sans cesse sur le terrain, réaliser des projets, donner des ordres, assurer la sécurité, pardonner, aimer. Un appel à la vie, à la création sous toutes ses formes, à l’aventure, avec ses joies et ses désillusions, sans utopie aucune, « l’expérience intérieure elle n’est jamais dedans », et qui lui a valu le Prix Médicis 2010.

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

 

 

 

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31 janvier 2011 1 31 /01 /janvier /2011 20:06


 

 

 

Editions : Seuil

Parution : Janvier 2011

195 pages

18,50 €

 

 

 

L’oxymore du titre contient à lui seul tout l’intérêt du livre. La sensibilité du narrateur contraste dès les premières pages avec le pays totalitaire qu’il décrit en arrière fond. Un endoctrinement basé sur la haine et des promesses utopiques transforme les habitants en moutons avant d’en faire des loups ou des prisonniers. De la société idéale promise par Lénine, l’amour est totalement absent. Dès l’enfance  le narrateur  en souffre physiquement. Il n’attend pas l’âge adulte  pour découvrir la « beauté insaisissable »,  percevoir«  la proximité d’un tout autre monde » que celui de la violence et  respecter le « mystère souverain de la personne ». « Ce qu’il faudrait expliquer aux autres c’est que la seule doctrine vraie, elle est toute simple. Elle tient au fait de…de s’aimer ». La joie de vivre est  peut-être la seule arme utile contre une idéologie paralysante. Mais un profond amour fraternel est le seul moyen d’arracher à la tristesse un homme meurtri à jamais. Livre magnifique où Makine , par sa poésie en prose  et sa véracité habituelle, touche et bouleverse.  Il n’a rien d’un rebelle, juste l’âme d’un patriote qui aime son pays comme une femme, avec sa beauté et ses défauts. Il est un poète qui sait découvrir partout la joie et la lumière.

Brigitte Clavel

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30 janvier 2011 7 30 /01 /janvier /2011 14:44


 

 

Editions : Liana LEVI

Parution en Italie: Avril 2010, en France : Janvier 2011

174 pages

15 €

 

 

 

Ce très joli livre est une histoire vraie, celle d’un petit Afghan du nom d’Enaiatollah Akbari appartenant à l’ethnie des Hazaras que  les Patchounes et les talibans veulent éliminer à tout prix. Le père d’Enaiat, camionneur de profession, a succombé lors d’un accident et l’enfant, ne pouvant rembourser la marchandise du camion accidenté, est menacé de mort. Sa mère n’a qu’une solution : l’abandonner de l’autre côté de la frontière pakistanaise. Le lecteur assiste alors au courage incommensurable de ce garçon qui pendant cinq ans  connaît l’horreur de la clandestinité. « Je n’ai jamais peur …Et j’ai toujours peur…Je ne sais plus faire la différence ». Mais, grâce à sa volonté de survie et à sa force de travail, le jeune Enaiat passe les frontières d’Iran et de Turquie, traverse miraculeusement les tempêtes pour atteindre les côtes grècques avant d’arriver en Italie. Livre qui mérite le succès du film « Va, vis et deviens » paru en 2005 où l’abandon délibéré d’une mère éthiopienne avait sauvé  son fils de la famine. Mais ici il s’agit de la haine raciale qui égorge les minorités suspectées d’être des espions américains et des difficultés de trouver une terre d’asile devant l’immigration toujours croissante. Une seule certitude : le miracle existe pour celui qui se bat pour la liberté…

Brigitte Clavel

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24 janvier 2011 1 24 /01 /janvier /2011 13:38

Le village de l'Allemand ou Le journal des frères Schiller
 

Editions : Gallimard

Parution : Décembre 2007

264 pages

17 €

 

Boualem Sansal  n ‘est pas le premier à  soulever les graves séquelles psychologique sur la jeunesse  des actes de guerre, dissimulés par faiblesse ou par souci de protection. C’est ce que nous révèle le journal intime de chacun des deux frères Schiller, Rachel et Malrich, fils d’un nazi allemand Hans Schiller. Après les horreurs  de la 2ème guerre  mondiale, «  le SS, l’exterminateur, l’usurpateur »se réfugie en Algérie, se bat pour l’indépendance, adopte la nationalité algérienne et se convertit à l’Islam pour épouser la jeune Aïcha.  Très vénéré  dans son village, il est malheureusement égorgé le 24 Avril 1994,  avec son épouse, par les talibans  lors d’une cruelle razzia dans leur calme  petit bled « en emportant avec lui son secret dans la tombe ». Ses deux fils,  qui avaient été  prudemment confiés à un oncle dans une banlieue parisienne défavorisée, vont tout faire pour commémorer, chacun à leur façon, ce père et le révéler dans toute sa vérité. L’aîné, parfaitement intégré à la société française, meurt de honte, de  folie et  de chagrin : « se découvrir le fils d’un bourreau est pire que d’avoir été soi-même un bourreau ». Le cadet, beaucoup plus jeune et inculte,  se bat  pour  faire connaître l’Histoire.  Car c’est la loi du silence qui engendre le crime, et les jeunes de la cité doivent connaître la vérité, les dangers du fanatisme et de la haine, les similitudes entre nazisme et islamisme et  leurs méthodes barbares, jusqu’à ce que justice soit faite. « Dire la vérité, partout dans le monde ». Tel semble l’intention première de l'auteur talentueux, Boualem Sansal, comme s’il était à la fois témoin du passé et responsable de l’avenir. Mais ce n’est pas facile de contrer un imam qui maintient  par la force la nécessité de l’islam dans la cité, qui  confirme le statut d’émir à  « l’Eradicateur » de Nadia , petite coiffeuse de 16 ans aux mèches blondes, et  de pécheurs à ceux qui se désolidarisent de leur frère en islam… Livre plein d’actualité qui fait peur, de réalisme quant à la nature humaine mais  d’espoir dans la capacité de discernement d’une jeunesse  encore saine !

Brigitte Clavel






 

 

 

 

 

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21 janvier 2011 5 21 /01 /janvier /2011 19:57

 

Editions : Gallimard

Parution : Novembre 2010

178 pages

14,90 €

 

Dès les premières pages le lecteur ne peut s’empêcher de penser à Francis Ponge : même sensibilité poétique, même esprit d’observation jusqu’à faire vivre l’objet et lui donner un sens, même magie des mots pour sublimer le plus banal quotidien. L’important, pour Philippe Delerm, ce sont les jeux de lumière : ils apportent mouvement, légèreté, vie. Paradoxalement ils suscitent sensation de fugitif et sentiment d’éternité, « le voyage est en soi, il commence quand on s’arrête ».  Le lecteur  découvre alors « le détail qui permet de tenir… le sel de l’existence », « on va enfin se sentir vrai », « on existe dans l’absolu, sans idées, sans projet », simplement avec des « plaisirs minuscules », des « rituels d’éternité modeste ». Et c’est là que le bât blesse, l’idéologie succède à la poésie, le stéréotype à l’unique et l’inaltérable. Le bourgeois, taxé de matérialisme et de « rapport de force » est celui pour qui « le meilleur est le plus cher ». « Tout est tellement civilisé »,  même le plaisir est surveillé par un « code de réserve ». Heureusement restent sacrés le bien-être du dimanche, la fidélité aux morts, la lumière dans la nuit, et si certains font preuve de fermeture d’esprit d’autres savent aimer. Ce livre de  Philippe Delerm est exactement celui qu’il prône, « la lecture pour fauteuil du Luxembourg », « des pages libres et détachées….où on se laisse dériver ».

Brigitte Clavel

 

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18 janvier 2011 2 18 /01 /janvier /2011 13:47


 

 

Editions : Grasset

Parution : Janvier 2010

469 pages

20,,00 €

 

 

Le lecteur ne trouve pas dans ce livre la prose romantique propre à Dominique Bona.  Sans doute le cœur dur et froid  de ce ministre de de Gaulle  a contraint celle-ci à une biographie sans fioriture. Un amour d’adolescent  doublé d’un désir d’évasion   emporte  André  et Clara  en Indochine loin de la petite épicerie familiale des Malraux et du nid douillet des Goldschmidt. Et c’est à partir de ce moment que commencent la célébrité  pour lui et l’effacement pour elle. Sans bagage intellectuel et sans argent, Malraux bénéficie de la bonne éducation et instruction de Clara, bilingue, passionnément amoureuse qui suit aveuglément cet homme  avide de voyages, surtout quand ils sont lucratifs ou pleins de prétentions politiques. Clara fera toujours tout pour lui, jusqu’à risquer sa vie pour le faire libérer de prison ,  épouser ses convictions communistes, obtenir de son propre frère, Georges Goldschmidt, des avions pour les républicains d’Espagne qui feront le succès de Malraux .  Rien n’y fera, ce qui importe c’est la célébrité…et comment être célèbre avec une petite révolutionnaire née quand le vent tourne et qu’on veut être aux côtés  du général de Gaulle ??? D’autres, plus mondaines et plus belles, auront vite fait de la remplacer.

Brigitte Clavel  

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10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 19:47
« ILS SE CROYAIENT ILLUSTRES ET IMMORTELS… » par MICHEL RAGON

 

Editions : Albin Michel

Parution : Janvier 2011

154 pages

15 €

 

 

Ce n’est pas la curiosité intellectuelle de Rabelais qui inspire cette fois Michel Ragon, mais les déboires de fin de vie d’hommes célèbres qui « se croyaient illustres et immortels » et sont morts dans le plus grand dénuement et anonymat. Il en  rappelle  plus d’un à notre mémoire, dévoile leurs extravagances, leurs positions politiques  préjudiciables, leurs mœurs légères, leurs dettes après des fortunes amassées inopinément. Il les dépeint dans leur contexte familial et social avec le réalisme et la vivacité qui  caractérisent tous ses romans.  Ainsi il met en scène  Alexandre Dumas dans son fauteuil d’invalide face à Dumas fils, auquel tout l’oppose. Il raconte les relations tumultueuses entre  Descartes et la  monarque Catherine de Suède qui le fera mourir de froid et de peine, lui jusqu’ici si attentif à sa santé. Il montre  Courbet, communard exilé, alcoolique et sans argent, avec, pour  idée fixe, la reconstruction de la colonne Vendôme à ses frais. Il réveille la voix frêle de Fréhel, fait revivre Le Corbusier dans son cabanon de Vintimille et bien d’autres personnages encore qui ont, pour seul lien, la gloire posthume. « Quand on est dans le malheur personne n’ose plus s’occuper de vous ». Même le président Mitterrand dût retirer son « amitié tendre » à Françoise Sagan au profit du fisc et de la police anti-drogue !!!

Brigitte Clavel

 

 

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6 janvier 2011 4 06 /01 /janvier /2011 09:38

Editions : SABINE.WESPIESER

Parution : Août 2010

131 pages

17 € 

 

 

Plus que de lait et de miel,ce livre est composé de la tristesse que peuvent engendrer la guerre, l'exil forcé, une séparation sur un quai de gare dont on ne se remet jamais, un amour plein d'espoir mais fragilisé par tant de souvenirs malheureux. Jean Mattern, dont la sincérité de l'expression rend véridique ce roman dédié à son père, remémore une époque de grandes souffrances où Russes et Allemands s'entre-déchirent. Né à Timisoara en Roumanie, exilé en France depuis 1944, le narrateur, en fin de vie, ne peut s'empêcher de penser à son passé. Il nous le révèle par bribes à mesure que l'assaillent ses souvenirs. Il lui a fallu prendre des décisions hâtives,renoncer à une amitié, rompre une promesse pour fuir, car en lui coule du sang juif. Il souffre maintenant de savoir son meilleur ami incognito à Honolulu alors que celui-ci avait tous les talents d'un grand musicien international et de se voir lui-même dans un village perdu de Champagne ,mourir "sans panache" alors qu'un désir de survivre a toujours habité ces habitants d'Europe centrale. Pour gagner la célébrité,son compatriote Johnny Weissmuller devenu le célèbre Tarzan avait eu "le cran de mentir"...Ainsi "des gens très bien étaient nés à Timisoara, il ne fallait pas croire...".Ce livre est un nouveau témoignage émouvant d'un homme brisé par la seconde guerre mondiale .

Brigitte Clavel  

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