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18 décembre 2010 6 18 /12 /décembre /2010 22:39

 

Editions : Fayard

Parution : Septembre 2010

206 pages

17,90 €


 Montrer que "les chaînes de l'Etat sont plus lourdes que celles de la mort" , donner la liberté  aux vivants et la parole aux morts,tel est le sens du dernier roman d'Ismail Kadaré,écrivain albanais, dont la célébrité est due à son engagement politique contre la tyrannie de la dictature communiste . 

Le personnage principal, un dramaturge du nom de Rudian Stefa,  n'est pas autorisé,par le Conseil artistique albanais, à donner en représentation  sa dernière pièce de théâtre. La raison est simple : il fait intervenir sur scène un fantôme qui, "en tant que souffle, en tant qu'esprit"  ose faire des révélations politiques,audace par trop helléniste "inacceptable pour le réalisme socialiste". Au même moment Rudian est convoqué par le Comité de parti à cause du suicide d'une de ses  admiratrices, Linda B.. Il est suspecté: connaissait-il cette Linda B. qui,dans ses notes intimes ,lui déclarait son amour? Savait-il qu'elle était assignée à résidence à cause de ses origines aristocratiques et l'amie intime de Migena, sa maîtresse du moment? Il se met à douter de tout: Migena est- elle espionne?Ou est ce par amour pour celle-ci qu'il fait tant de démarches? Lui-même a-t-il une part de responsabilité dans cette mort étrange?  Il fait alors  son possible pour élucider cette énigme et faire entendre la voix de celle qui  n'a jamais eu le droit de parler.

Ce livre, qui est celui d'un apôtre de la liberté, a tout de la densité de la tragédie grecque à laquelle  il fait référence en permanence à travers les personnages d'Orphée et Eurydice. Le lecteur ne peut rester insensible à cette voix étouffée mais opiniâtre de Kadaré : "Sait-on jamais.Peut-être un jour finira-t-on par m'entendre?" Le lecteur se doit de l'entendre.

Brigitte Clavel
 
 
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8 décembre 2010 3 08 /12 /décembre /2010 22:20

 

 

 

Editions : Actes Sud

Parution : Août 2010

154 pages

17 €

 

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M.Enard incarne Michel-Ange avec tous ses rêves et ses déceptions, dans un style à la fois poétique et épuré,  propre au jeune  artiste, et c’est sans doute la raison pour laquelle  son  livre a reçu le Prix Goncourt des lycéens. Car Michel-Ange ressemble à la jeunesse d’aujourd’hui.

 Exaspéré par la violence des rois  chrétiens, par le despotisme du  Pape Jules II à son égard  et les conspirations de ses rivaux, il décide de quitter Rome la sombre. Il se rend en secret à Constantinople  où le Grand Sultan le convie pour projeter un pont sur  la Corne d’Or. Là, la pierre est ciselée et brille comme de l’or et Michel-Ange est sûr de réaliser des œuvres de grand maestro dans ce pays où tout est envoûtant. Mais rapidement il déchante, le sultan n’est pas plus prodigue ni plus tolérant que le pape, la beauté n’est plus de marbre mais de chair, et l’ampleur de la tâche le dépasse. Il se sent tiraillé entre deux rives, celles de l’Occident et celle de l’Orient, celle du travail toujours recommencé, de l’inspiration ordonnée et réaliste dans le moindre détail, trop souvent opposée à celle  bouillonnante d’imagination et débordante de vie. Alors il retourne à Rome aussi vite qu’il l’a quittée pour réaliser dans  la Chapelle Sixtine  les scènes mêmes  de Constantinople.

Ainsi M.Enard , en parlant « de batailles, de rois et d’éléphants », construit un pont entre Rome et Istanbul, entre la Renaissance et le XXIème siècle, entre les anciens et les lycéens.

Brigitte Clavel

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5 décembre 2010 7 05 /12 /décembre /2010 17:26

« PURGE »         par        Sofi Oksanen

 

 

 

Editions : Stock – La Cosmopolite

Parution : Octobre 2010

396 pages

21,50 €

 

 

 

 

L’Estonie fait partie de ces terres où la tradition est plus forte que le progrès et son insoumission fait d’elle un creuset d’inspiration  aussi poétique que politique .A deux générations d’intervalle, deux Estoniennes vivent l’occupation soviétique. « Une répugnante odeur de peur »  ne cesse de les entourer. En 1992 la  vieille camarade Aliid Truu  fait face aux menaces de jeunes indépendantistes comme elle a toujours su résister à son mauvais sort. Malgré sa méfiance elle accueille chez elle Zara, mais  ne sait pas à qui elle a à faire : à une folle? à une espionne russe ? à une voleuse?  à une estonienne exploitée par un proxénète russe ?  à son propre salut ?

 Et l’auteur nous fait remonter le temps, celui de la liberté perdue de l’ Estonie avec l’arrivée des Soviétiques et des Allemands, celui d’un amour impossible entre Allid et le mari de sa sœur indépendantiste. Grâce à la beauté de l’écriture, à la subtilité des sentiments et des détails descriptifs, le lecteur apprécie  chacune de ces  pages  sans savoir si elles sont fictives ou historiques. Il y trouve amour et jalousie,  courage et trahison, patriotisme estonien  et dépravation communiste dans toute son horreur. Roman magnifique qui fait réfléchir sur la fragilité de la condition humaine, sur  la force morale  des uns et les intentions perverses des autres, sur la beauté d’un instant qui, à lui seul, peut  effacer  les atrocités  de la chasse à l’homme et de l’exploitation sordide de la femme.

Brigitte Clavel

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1 décembre 2010 3 01 /12 /décembre /2010 20:51

 

 

Editions : Stock

Parution : Novembre 2010

108 pages

13 €

 

 

 

 Shimura  a l’intime conviction que quelqu’un pénètre dans son pavillon de la banlieue de  Nagasaki. Le lecteur ressent les mêmes obsessions que dans les romans de Maupassant, jusqu’à ce que  l’hallucination se révèle réalité : Shimura, grâce à une webcab installée dans son salon, voit sur l’ordinateur de son bureau son domicile occupé par une femme, quinquagénaire comme lui. Et c’est à partir du  moment où  Shimura  dénonce l’intruse à la police qu’il prend conscience du dénuement de sa propre existence. Ne serait-il rien d’autre qu’un mouchard ?qu’un célibataire qui exècre la solitude ?qu’un Japonais moyen qui déteste la réussite ? Ce qui était subconscient devient conviction. Seul l’absurde gère le monde, aucun Dieu protecteur, aucun sens à l’histoire, seul compte le retour aux sources lui dira la femme sans abri. C’est ainsi qu’Eric Faye présente le monde, un monde vacillant depuis le grand souffle nucléaire.  Le lecteur, lui, ne se souvient que de la chambre aux tatamis, du glissement des portes coulissantes, de la douceur du soleil du matin et du parfum des mets japonais  au milieu du vacarme angoissant des cigales. C’est sans doute la raison pour laquelle ce roman fut couronné du grand prix de l’Académie française.

Brigitte Clavel

 

 

 

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25 novembre 2010 4 25 /11 /novembre /2010 22:41

 

 

 

Editions : ALBIN MICHEL

Parution : Octobre 2010

19,50 €

324 pages

 

 

 

L-M Lapouge est une romancière qui  veut redonner vie au Moyen-âge. Pour ce faire, elle laisse la parole à Ghisla, sœur de Charlemagne.  Les guerres contre les hérétiques se succèdent et le lecteur retrouve les noms bien connus des personnages qui meublaient déjà "La chanson de Roland". Mais L-M Lapouge transforme  ceux-ci à sa guise. Peu lui importe la vérité historique. L'essentiel est de restituer une épopée moyenâgeuse.  Tout est tactique  politique pour le roi des Francs dont le leitmotiv est l'unité. La fin justifie les moyens. Il attaque les pays païens, reconnait l'importance des moines seuls à savoir écrire,  élimine son frère, instaure la loi salique et, en compensation, offre sa couche et sa protection à sa sœur. La personnalité de celle-ci a tout de la femme moderne : intelligence, détermination, audace, inclination pour les plantes médicinales et les amours illicites. Très joli livre qui choquera l'historien et le prude, mais qui fera passer un bon moment à celui qui est conscient qu'il faut du temps au temps pour construire un royaume.                          

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

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17 novembre 2010 3 17 /11 /novembre /2010 08:24

 

 

 

 

 

Editions :Stock

Parution : Septembre 2010

278 pages

19 €

 

 

C’est avec un immense talent que Philippe Claudel nous transpose dans la peau de l’Enquêteur, homme chargé d’élucider la croissance constante de suicidés au sein d’une Entreprise. Mais, dès la première page,  cette mission est rendue  impossible par un environnement totalement hostile. Une  atmosphère extérieure  angoissante  à l’excès développe chez le lecteur comme chez l’Enquêteur le sentiment d’être avalé  par un monde vampire.  Par cette allégorie d’une société moderne où tout est discipline robotisée, anonymat, solitude au milieu de la multitude, Claudel parvient à plonger le lecteur dans un cauchemar interminable.

C’est alors que l’Enquêteur découvre  l’étau dans lequel les  employés de l’Entreprise et lui-même sont enfermés. Aucun d’eux n’a de nom propre. Seul un habit de fonction leur donne «  un rôle à jouer ».  Leur  seule raison de vivre : obéir aux ordres du sacro-saint Fondateur qui petit à petit se transforme en  Fossoyeur. L’horreur est à son comble quand  l’Enquêteur lui-même se sent contaminé, tandis que la longueur des phrases augmente et les interrogatives se multiplient pour faire ressurgir toute l’Histoire humaine. L’Enquêteur  parviendra-t-il à échapper à cette spirale du vide qui aspire tous les hommes ? En tout cas il nous en fait prendre conscience ...

B.Clavel

 

 

 

 

 

 

 

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14 novembre 2010 7 14 /11 /novembre /2010 21:56

 

Editions : Stock

Parution : Septembre 2010

Prix : 21,50 €

394 pages

 

 

 

 

Ce très beau roman, dont l’histoire se situe dans les années 2090,  est dans la ligne de George Orwell. Blandine Le Callet semble vouloir nous mettre en garde contre les risques d'un monde régenté par des lois strictes qui, sous prétexte d’assurer le bonheur de tous, ne tolère aucune liberté ni initiative personnelles. L'enfant anormal doit être avorté, la moindre ride liftée, une  mère déchue emprisonnée, les livres remplacés par des  écrans où peut alors régner en maître  la pensée unique; bref  il s'agit d'une société  gérée par des "étroits", des "bornés " qui repoussent dans "la Zone" tous les anticonformistes et insoumis. Et c'est là que veut essayer de retourner Lila K, là où la misère a engendré drogue et prostitution, pour retrouver une mère dont elle a été séparée dans son plus jeune âge. Prise en charge jusqu'ici dans un centre de rééducation où anxiolytiques et vidéosurveillances sont d'usage pour obtenir son  obéissance, Lila K feint d'être consentante sur tout  afin de bénéficier au plus vite  d'une possibilité de sortie. La volonté de Lila K pour surmonter son mal-être de même que l’indépendance d’esprit  de plusieurs personnages courageux  qui l’aideront à  sortir de ce carcan tyrannique sont de magnifiques exemples de liberté intérieure et d’amour.

B. Clavel

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8 novembre 2010 1 08 /11 /novembre /2010 23:32

 

 

 

Editions : SEUIL

Parution : Octobre 2009

341 pages 

21,50 €

 

Beaucoup de lenteur dans une atmosphère toute scandinave, mais pas d’ennui dans cette lecture : juste le sentiment qu’une vie isolée, loin des misères du monde, est vide de sens. Après avoir commis une erreur chirurgicale irréparable, le docteur Fredrik Welin a pris refuge sur une minuscule  île de la Baltique appartenant à son grand-père. Une suite de symboles pleins de  signification s’accumulent, comme  un plongeon quotidien dans l’eau glacée pour se sentir exister, une fourmilière libre d’envahir une salle à manger par lassitude du propriétaire , une paire de chaussures réalisée comme une œuvre d’art dans un contexte de grande pauvreté….Le moral de Frederik Welin est bien bas quand il retrouve   la vieille Hariett se  traînant sur la glace avec son déambulateur et ses bouteilles d’alcool pour alléger un cancer incurable,  Agnès la manchote et ses protégées déséquilibrées, Louise, l’hystérique passionnée, ou le facteur hypocondriaque..Et ce sont justement ces personnages malheureux  qui vont redonner le goût de vivre à Frederik Welin et lui permettre de se faire pardonner ses erreurs de jeunesse. B.Clavel

 

 

 

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2 novembre 2010 2 02 /11 /novembre /2010 14:00
« La carte et le territoire » de Michel Houellebecq

 Editions : Flammarion

 Parution:Septembre2010                                                         428 pages                                                        

22 €

 

 

 

  Michel Houellebecq qualifie son livre de « stratégie littéraire ». Si son espoir est de remporter  le Prix Goncourt, en tout cas il amuse ses lecteurs  par son  imagination fertile, une maturité naissante et une désinvolture indéniable. Ame blessée par la vie, Houellebecq  recourt autant à l’autosatisfaction qu’à l’autodérision et parvient à faire rire autant qu’à réfléchir. Egocentrisme, parisianisme et fantasmes à la mode, tels pourraient être les caractéristiques de ce livre qui reste passionnant. En effet  Houellebecq lui-même est le personnage central : il se dépeint en tous ses états mais toujours pour contribuer à sa propre réputation, celle d’ « un grand créateur ». Pour ajouter de la crédibilité à son histoire, il donne la parole au début à Beigbeder qui le connaît bien, puis à la fin nous annonce la mort factice de celui-ci, comme pour rappeler au lecteur que les amis s’en vont sans crier gare. Le personnage  de Houellebecq ne s’arrête pas là. Deux protagonistes sont ses porte-paroles, sincères ou ironiques. D’abord Jed Martin, artiste en puissance qui s’ignore, et le commissaire J-P Jasselin qui doit sa vocation à une angoisse de l’enfance. Hommes de cœur, ils sont pleins d’originalité et d’anticonformisme vis-à-vis des idées toutes faites. Ils révèlent petit à petit leurs raisons de vivre : écouter un père vieillissant, « ne pas augmenter la médiocrité au monde », combattre l’euthanasie et l’incinération, reconnaître à l’être humain « conscience unique, individuelle et irremplaçable », se retirer pour contempler la force de la végétation,  sortir de sa retraite pour ne pas se laisser dévorer par le temps. Telle  est l’ambition de Michel Houellebecq en  cette rentrée littéraire, tout en laissant  le lecteur sur sa faim: humour noir ou sincérité ou les deux à la fois?

Brigitte Clavel

 

 

 

 

 

 

 

 

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23 octobre 2010 6 23 /10 /octobre /2010 10:10

 

Editions : Albin Michel

Parution : Septembre 2010

169 pages

15,90 €

 

 

Autant Amélie Nothomb était passée inaperçue lors de la rentrée littéraire de Septembre 2009, autant cette année son  nouveau livre fait parler d’elle. Plaidoyer contre la guerre  en Irak, apitoiement sur le sort des troufions habillés en XXXXL qui seront les derniers renvoyés au pays, ce livre est comme une supplique , non seulement de la part de ceux qui partent à la guerre, mais aussi  de ceux qui font l’objet de mépris, de non-reconnaissance sociale devant lesquels la narratrice sait s’arrêter. Amélie Nothomb s’est toujours fait une gloire de répondre à tout le courrier qu’elle recevait. Le lecteur suit alors sa correspondance avec un soldat américain à Bagdad, Melvin Mapple, qui, à cause d’une vie meurtrière, ne trouve consolation que dans un excès de nourriture  et son épanchement auprès de l’auteur dont il connaît tous les romans. Celle-ci, au lieu de le dissuader, sublime son excès de poids qu’elle encourage à poursuivre comme « un projet d’art » et à  montrer aux médias comme une action purement politique. Car tous deux sont d’un commun accord : « il s’agit d’exprimer à la face du monde l’horreur sans précédent de cette guerre ». Ainsi le succès d’Amélie Nothomb s’explique clairement par une littérature engagée sur un ton sarcastique de jeune femme libre et spontanée, même si ce soldat  n’était qu’une pure chimère…, prétexte à son combat… politiquement correct.

Brigitte Clavel

 

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